Le rat des villes, le rat des champs et le rat des banlieues

Habitant du siècle numéro vingt et un, t’as remarqué, depuis environ le siècle numéro vingt, en Hexagonie, ya trois races d’habitants : l’habitant de la ville, l’habitant de la campagne et l’habitant de la banlieue. Avant, comme en atteste la thèse en ratologie d’un obscur sociologue du nom de Jean de La Fontaine, yavait que deux sortes d’habitants, ceux des villes et ceux des champs.
Personnellement, si j’ai appartenu tour à tour à chacune des trois espèces, je fais partie, depuis un certain nombre d’années, de la numéro 3. « Tu habites en banlieue ?! », m’entends-je parfois interroger, avec comme une incrédulité dans le ton devant une aussi cruelle absence de bon goût.

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Qu’est-ce donc que la banlieue ? « Banlieue : Nom féminin, ensemble des communes qui entourent une grande ville et qui sont en relation étroite avec elle », dit mon ami Larousse, comme souvent pas hyperdidactique. On lui pardonne parce qu’il est tellement fort en orthographe.
Bon. Soyons pragmatique. Pour savoir si tu te trouves en banlieue, par exemple en banlieue parisienne, c’est facile : pars de Notre-Dame, et marche tout droit dans n’importe quelle direction, jusqu’à ce que tu croises une sorte de no man’s land assourdissant et cahoteux. C’est la frontière, généralement surplombée ou sous-plombée d’une autoroute périphérique qu’on appelle boulevard pour faire plus propre. En effet, entre la sortie de la capitale et l’entrée de la banlieue, il y a quelques mètres où les deux communes limitrophes se disputent l’économie de macadam, de balayage et de ramassage des matelas éventrés, ce qui est fort commode car ainsi tu sais, habitant du siècle numéro vingt et un, que tu es arrivé à bon port.
Alors, une fois là, tu pourrais te demander avec quelque raison pourquoi on a inventé la banlieue, vu que la banlieue, en moyenne, tu le constates, c’est beaucoup plus moche que Paris, beaucoup moins bien pourvu en transports collectifs, beaucoup plus loin du boulot des gens, et parfois même un rien craignos à la nuit tombée.
Ben oui, mais je vais te dire un secret : l’avantage, c’est que c’est moins cher. La capitale recrache ainsi à l’extérieur du périph tout ce qui a besoin d’un brin de verdure ou de mètres carrés à prix moins zyeuxdlatêtesques. Les pauvres, pour commencer.

La banlieue, une invention de l’ascenseur

Tiens, mais d’ailleurs, ils habitaient où, les pauvres, avant ? A Paris : il fallait bien des gens qui acceptent d’habiter les 5 et 6e étages, avant l’invention de l’ascenseur ! C’est bien connu, le pauvre a toujours eu de bonnes jambes, sinon il se serait payé un carrosse avec un cocher. Depuis l’ascenseur, les chambres de bonne ont été rassemblées en lofts élégants, tandis que les pauvres et les bonnes allaient s’empiler entre eux en banlieue. L’ascenseur a ainsi permis le passage du tri social vertical (par étage) au tri social horizontal (par commune). Tu reconnaîtras que c’est beaucoup plus commode pour répartir judicieusement les enseignes de luxe et les supermarchés discount.
Mais la banlieue, c’est aussi là qu’ont poussé au siècle numéro vingt des troupeaux de bicoques bizarres et hétéroclites avec des microterrains où les rats des villes peuvent se prendre pour des rats des champs à portée de terrier du métro. Bref, habitant du siècle numéro vingt et un, n’en déplaise aux arbitres du bon goût, la banlieue, elle a la saveur du beurre et de l’argent du beurre : c’est la ville à la campagne. D’où son attrait pour les artistes, les familles avec enfants au pluriel… et les serviteuses matutinales du lundi qui aiment bien les cocktails de gens et les jardins de la taille d’une salle de bains.

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© Muriel Gilbert

 

 

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  • Dame Petunia 29 mai 2012 at 14 h 39 min

    J’habite la « banlieue » de Rouen. Pour le prix de ma maison d’à peu près 70/75 m2 avec un joli petit jardin et une terrasse, je pouvais à peine m’offrir un studio dans Rouen…

    Heureusement, les transports en commun Rouennais ne partagent aucune similitude avec ceux de Paris et sa banlieue !

  • MamyS 29 mai 2012 at 18 h 36 min

    J’habite la banlieue d’une toute petite ville de province! Autant te dire que, par rapport à Paris, c’est tout juste si c’est pas le proprio qui nous paie pour habiter là!

  • Béatrice 30 mai 2012 at 7 h 19 min

    Wahouuu, t’es réparée !! Youpi !!
    Je repasse te lire plus tard, là c’est taxi pour le lycée ! 😉

  • Mulautre 30 mai 2012 at 10 h 36 min

    Bravo ma belle, c’est toujours aussi remarquablement écrit, et bien vu… Oeuf corse !!
    Bizzzzou

  • FoxyMama 30 mai 2012 at 12 h 42 min

    Depuis que je vis en banlieue je ne risque plus de m’étaler dans une flaque de vomi en sortant de mon immeuble du vendredi matin jusqu’au dimanche soir !

  • Céquiaile 30 mai 2012 at 13 h 15 min

    la frontière avant ça s’appelait « la zone » , niveau quasi Pce d’It. pour le S.E. de Paris qui bouclait sa ceinture quelques crans + serrés ya pas si longtemps… (D’ailleurs ça sent presque encore la bouse de vache à la poterne des peupliers.)
    Mais quand tu causes « banlieue », tu sélectionnes: t’oublies Neuilly, St Maur et touti quanti pas donné-donné… Tu risques d’embrouiller ceux qui vont te prendre pour parole d’évangile immobilière (La Steph Plazette au blog tout rose) et se précipiter y faire des affaires…
    Au fait si M 6 te propose le Paris-Chépakoi, tu fais aussi comme Steph le roi de l’immobilier?

  • Fabienne 30 mai 2012 at 15 h 08 min

    Le tri social vertical remplacé par le tri social horizontal, mais c’est génial comme formule et digne des plus grands sociologues!!! Mumu, c’est aux PUF que tu dois faire éditer l’ensemble de ton oeuvre!

  • Pierre 31 mai 2012 at 19 h 42 min

    Oui, enfin, je dirai sobrement: ça dépend des banlieues…

  • Muriel Gilbert 31 mai 2012 at 22 h 10 min

    @ Dame Petunia : Et les tarifs de Rouen avec ceux de Paris…
    @ MamyS : Je me demande si je vais pas déménager dans la banlieue d’une toute petite ville de province, tiens.
    @ Béatrice : Alors ? T’es revenue ?
    @ Mulautre : Tu dis ça parce que tu t’appelles Muriel 😉
    @ FoxyMama : Tiens ? Ya plus de vomisseurs à Paris qu’en banlieue ?
    @ Céquiaile : J’avais fait un paragraphe sur les banlieues chères, mais j’ai pas eu la place de le garder… 3.30 min, c’est court ! Je comprends pas, le « Paris-Chépakoi » ?
    @ Fabienne : Je me demande si j’ai pas davantage de lecteurs ici que j’en aurais aux PUF 😀
    @ Pierre : Ouais, comme j’ai dit plus haut, j’ai pas eu l’espace de faire dans la dentelle. J’y reviendrai !

    • Céquiaile 1 juin 2012 at 13 h 44 min

      le Paris – PéKIN, histoire d’en baver comme pdt ton raid au pays de la chanteuse aux pieds nus: il y a participé le guignolo de l’immo d’M 6! Il fait tout avec la 6: l’immobilier (sauf les réparations qu’il laisse à Valérie) et le tourisme genre musclé et bien payé.
      Grosso m…, ya la banlieue chic et la pas. la chic étant en général mieux exposée que l’autre et surtout bcp moins étalée en kms et en nbre d’occupants ça va de soi…
      Mais cette fois-ci ta chronique prête le flanc à des pinaillages…