Vacances, valises, vapeurs

–         Chéri, tu sors la chienne, tu l’amènes chez les voisins… ah, n’oublie pas de prendre ses croquettes, son panier et son nounours.
[Oui, le chien chez nous a un ours en peluche. Et alors ?]
–         Je croyais, maman, que je t’avais dit de ne pas m’appeler ché…
–         Chéri, oui je sais mais là j’ai pas le temps. Regarde-moi ça, ça rentre pas dans la valise. Je vais tout recommencer, tout mettre dans le sac de voyage rouge. Comment tu veux que je t’appelle, d’abord ?
–         Mon prénom, ça m’irait.
–         Ah ?
Je m’interromps une seconde, émue par tant de sobriété, puis replonge dans la confection de cette fichue valise, qui est en train de se transformer en sac. Partir au ski, ya pas pire. Avec toutes ces couches de fringues à emporter. Et partir en train, ne pas pouvoir bourrer un coffre de voiture de toutes les inutilités qui peuvent servir. Et quand on s’y prend la veille à 21 heures – ben quoi, tu travailles pas, toi, bande de parents ?

Faire les valises, j’ai toujours trouvé ça stressant. Depuis que c’est une sorte d’ado qui me tient lieu de fils, j’ai pu m’affranchir d’une partie du problème en lui confiant sa propre moitié du problème. Tiens, au fait :
–         Tu en es où de tes bagages ?, m’enquiers-je, alors qu’un héritier maugréant, sac de croquettes et panier matelassé sous le bras, attache la chienne de sa main disponible tout en essayant d’ouvrir la porte d’entrée avec le menton.
–         Faudrait savoir ce que tu veux, râle-t-il. Que je fasse ma valise ou que j’emmène Madame Zaz chez les voisins ?
Pure mauvaise foi. C’est hier qu’il devait faire ses bagages. Comment ça, « et les miens ? » Mêle-toi de ce qui te regarde, bande de parents ! De mauvaise humeur, moi ? Pas du tout. C’est juste l’effet « départ en vacances ». Bon, coupez.

Le lendemain matin, 6 heures, petit déj. :
–         Tu as pris tes après-skis ?
–         Oui, crachouille-t-il, la bouche pleine.
–         Et la brosse à dents ?
–         Dès que je me les serai lavées.
–         Tu as ton bonnet ? Tes gants ? De grosses chaussettes ? Ton masque, tes lunettes de soleil ?
–         Oui, oui, oui ! Maman, je te jure, tu me fatigues, je sais faire une valise quand même !

Moi grommelant, lui râlant (ou l’inverse)

Et nous voilà partis, lui sac au dos, moi sac rouge à roulettes en laisse, jusqu’au métro. Descente à la gare de Lyon. Fouille angoissée des poches et sacs divers. Quel enfer, les vacances. Trouvage du train, trouvage du wagon, quels numéros les places, déjà ?

Aaah, nous voilà enfin installés dans le charmant (mini) appart de location, fiston déjà en combinaison de ski, prêt au départ mais… l’air piteux.
–         ???, ne dis-je pas, me contentant de lui adresser un regard interrogatif.
–         Euh, je crois bien que j’ai oublié mes lunettes de soleil.
–         A… Paris ?!, incrédule-je.

Inutile de retranscrire mes jurons agacés, mon « pourtant, je t’avais bien demandé, non, si tu les avais prises, tes lunettes de soleil ?! », son « d’toute façon, c’est pas grave, on skie très bien sans lunettes », suivi de l’inévitable leçon sur les dégâts irréversibles causés par la réverbération des rayons solaires. Bref, nous voilà partis, moi grommelant, lui râlant (ou l’inverse) en quête d’une paire de lunettes de soleil au tarif station de ski, aka tarif bandit de grand chemin. C’est alors que l’astre solaire, sortant de derrière un nuage, est venu me démontrer, en pleine rétine, toute l’exactitude de la démonstration que je venais de faire. Fouille angoissée des poches et sacs divers… Mes lunettes de soleil ! Mes lunettes à moi !

Bon, on en a acheté deux paires, ya pas de quoi en faire un fromage de montagne. Que celui qui n’a jamais oublié deux paires de lunettes de soleil en bouclant ses valises me jette la première boule de neige. Aïe !
Allez, salut, bande de parents !

(Et sinon, je te rappelle que tu peux gagner tes lunettes à toi, de soleil ou même de vue, en jouant ici : http://www.murielgilbert.com/bons-plans/concours-lunettes-soleil-lunettes-vue-pas-cher/

© Muriel Gilbert

 

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  • Cambroussienne 10 mai 2012 at 9 h 34 min

    Je hais la préparation des valises pour les vacances (puisqu’elle m’incombe). Fort heureusement, depuis que nous habitons la cambrousse, les trajets se font en voiture et nous avons toujours la possibilité de rebrousser chemin… dans la limite du raisonnable. Quant à l’oubli des lunettes de soleil, cela ne nous est jamais arrivé (le fait que les enfants ont plusieurs paires n’est que pure coïncidence).

  • Pierre 10 mai 2012 at 10 h 26 min

    Bravo pour le verbe « incréduler », jolie invention.

  • MamyS 10 mai 2012 at 13 h 44 min

    C’est de les défaire qui me soûle!

  • April 10 mai 2012 at 13 h 59 min

    JAMAIS ! Quoi , mon nez s’allonge ??
    Je déteste la préparation des valises, avant d’avoir des chats, j’entassais mes fringues sur un bout de canapé pendant (au moins) 1 semaine avant pour être sure de ne rien oublier. Si je continue à le faire, j’amène les poils de chats en vacances, si je ne le fais pas, j’oublie un truc genre les chaussettes, le slip du maillot de bain… ou n’importe quoi sauf les lunettes ! (quoi ? C’est toujours pas crédible)
    Allez bonnes vacances !! Hein !

  • Filo 10 mai 2012 at 17 h 44 min

    Soluce n°1: ne pas partir en vacances; bon pas la meilleure..
    Soluce n°2: faire comme Ira de Furstenberg et emmener 7 ou 8 valises sans se soucier de détails aussi mesquins que le prix de la surcharge -même dans le train ça se paie- ni du préposé au roulage des dits bagages…ça fait pas non plus, hélas…
    Soluce n°3: avoir un marin, un vrai dans ton entourage qui-roule-son-sac sur tous les continents et t’explique en deux minutes et trois pantalons comment embarquer l’indispensable, et l’utile et le futile en 60cmpar 35, allez hop!
    Soluce n°4, pars en vacances aux Seychelles, tu mets les lunettes sur ton nez pour ne pas les oublier et la valise est bien plus réduite…
    Bon si avec toutes ces idées tu ne trouve pas ton bonheur! Mais qu’est ce que j’ai ri!!!

  • electromenagere 11 mai 2012 at 11 h 12 min

    Dans un monde idéal, on vivra là où sont les vacances.

  • Poulette Dodue 11 mai 2012 at 13 h 50 min

    Je me fais des penses bêtes NPO !!!!! (ne pas oublier)
    Une année j’avis oublié les slips de mon grand , zoom rachat !
    Globalement je suis OR-GA-Ni-SEE sinon !

  • cathy 13 mai 2012 at 11 h 24 min

    moi j`ai aime  » trouvage  » . Muriel c`est vraiment chouette de partir en vacances de ski avec toi et on p`tit gar.merci

  • Muriel Gilbert 14 mai 2012 at 19 h 50 min

    @ Cambroussienne : C’est vrai, c’est moins angoissant quand on part en voiture : on emporte TOUT. Enfin, il m’est quand même arrivé d’oublier les brosses à dents ou le démaquillant.
    @ Pierre : Merci. Vous en êtes un autre !
    @ MamyS : Pour moi aussi, le pire, c’est de les défaire.
    @ April : J’ai plus de chats mais j’ai une chienne : le problème est (presque) le même…
    @ Filo : J’hésite entre les soluces Furstenberg et Seychelles. Mmmh…
    @ Electro : Voilà ! C’est ça la meilleure solution !
    @ Poulette : Moi aussi, je me fais des pense-bête. Sinon, je pense que j’oublierais les valises elles-mêmes.
    @ Cathy : Tu reviens avec nous quand tu veux, c’est un plaisir 🙂