Un Ènervant cimetiËre pas mixte

plaque de rue pavÈe d'andouillesDans la vie ya un truc qui míÈnerve, cíest les noms de rue. Regarde, ‡ cÙtÈ de chez moi, il y a la rue Henri-Barbusse. Et aussi la rue Henri-Martin. En fait, cíest la mÍme rue : elle change de nom au milieu, mais pas de prÈnom. TrËs commode. A deux cents mËtres de chez moi, il y a encore la rue Henri-Barbusse. Oui, mais cíest pas la mÍme. Parce que jíhabite ‡ la lisiËre de deux villes. Le nombre de gens, en essayant de venir me voir, qui síemmÍlent les Barbusse… Sans compter ceux qui se confondent les zHenri.

A 99,99 % des patronymes de mecs morts

Je dis pas que ce soient pas deux gars trËs bien, Barbusse et Martin, le genre de gars qui mÈritent des rues. DíaprËs WikipÈdia, Barbusse Ètait un Ècrivain du type prolÈtarien ñ l‡, tías tout de suite compris que, si ma chaumiËre se trouve entre deux communes, cíest pas Boulogne et Neuilly. Quant ‡ Martin, normal quíil ait un tas de rues, parce que des Henri Martin cÈlËbres, líencyclopÈdie en compte sept, autant que de garÁons dans la famille Poucet. Un instant, je rÍve que M. et Mme Martin, parents plaisantins, ont prÈnommÈ leurs sept fils Henri. Mais penses-tu, les gens ne sont pas si rigolos. Les zHenri Martin illustres naquirent entre 1793 et 1949, donc vraisemblablement pas des mÍmes gÈniteurs. Ils furent dompteur, historien et homme politique, peintre, joueur de rugby, membre Èminent du groupe díextrÍme droite de la Cagoule, dirigeant du Parti communiste connu pour avoir luttÈ contre la guerre díIndochine, et enfin maire de Port-la-Nouvelle, l‡-bas, tout en bas, ousquíil fait beau, en Languedoc-Roussillon.

Si les six premiers ont toutes leurs chances díavoir cÈdÈ leur patronyme aux deux rues de mon voisinage et ‡ quelques centaines díautres dans le bel hexagone de France, le dernier, l‡, comme il respire encore, est il peu probable quíil ait dÈj‡ sa plaque.

Parce quíil y a un truc, avec les noms de rue, cíest quíils portent ‡ 99,99 % des patronymes de mecs morts. Et tu noteras que, dans ´ patronymes de mecs morts ª, il y a trois termes : patronymes, mecs et morts. En effet, jíai pas fait un calcul sÈrieux parce que cíest pas mon genre (dans ´ calcul sÈrieux ª, il y a deux termes, et aucun des deux níest mon genre), mais bon, disons, pour Ítre s˚re de ne pas exagÈrer, que plus de la moitiÈ des rues de France portent des noms de trÈpassÈs. On croirait circuler dans les allÈes díun cimetiËre, mais alors un cimetiËre pas mixte, rÈservÈ aux cadavres de sexe masculin. Ben oui, parce que quand on donne un nom ‡ une rue (au fait, minute culturelle, un nom de rue, je líai appris aujourdíhui, est un ´ odonyme ª), un odonyme, donc, cíest forcÈment le nom díune personne importante. Et ki cíest ki est important, dans la vie ? Ben, pas les femmes, Áa cíest s˚r. Tías quí‡ jouer les plaques de rue filles contre les plaques de rue garÁons, le match est perdu díavance. Et l‡, tu la ramËnes plus, tías compris qui cíest Raoul.

Mais, le pire, cíest que cíest partout le M ME cimetiËre pas mixte. Parce quíil níy a pas que mes zHenri. Descartes, Pasteur, MoliËre, Mermoz, Marat, Rouget de Lisle et les marÈchaux Juin et De Lattre de Tassigny, cíest líinvasion. Ils sont dans toutes les villes ! Comment tu veux tíy retrouver ? Moi, pauvre handicapÈe du pÙle Nord (1), je suis incapable de me souvenir si cíÈtait avenue Charles-de-Gaulle ou avenue Georges-Pompidou quíil fallait tourner, rue Robespierre ou rue Camille-Desmoulins quíÈtait le cordonnier auquel jíai laissÈ mes bottes.

Mieux que rue Victor-Hugo, rue du Chat-qui-pÍche

Et díabord, ‡ quoi Áa rime de donner aux rues des noms de gens ? Si encore cíÈtait les noms díanciens habitants de la rue. Mais non. Rien ‡ voir. Et si encore cíÈtait pour leur faire plaisir. Mais non. Ils sont morts !

Une rue, cíest un truc qui se trouve quelque part, et qui va de quelque part ‡ ailleurs. Avant quíon imagine de leur donner des noms de types, les noms de rues avaient un sens. Les gens donnaient ‡ chaque rue un nom qui permettait de la dÈfinir : la rue du Ch‚teau, la rue des Bouchers, la rue du Four, la rue de líEglise, ou mÍme la Grande Rue ou la rue de Paris, Áa veut dire quelque chose. Et quand par hasard ces noms sont aujourdíhui devenus mystÈrieux, cíest encore mieux. Cíest pas mieux que rue Victor-Hugo, peut-Ítre, rue du Chat-qui-PÍche ? Rue aux Ours ? Rue de la GlaciËre, rue de Paradis, rue des Filles-du-Calvaire, rue des Reculettes, rue du Pont-aux-Choux, sentier des Herbeuses, place de líOrme-au-Chat, ou rue PavÈe-díAndouilles ? Si, elle existe. A Saint-Gengoux-le-National, en SaÙne-et-Loire. Le jour o˘ le maire la rebaptise avenue Marcel-Dassault, ou mÍme Marcel-Marceau, jíachËte un revolver. Rh‚‚‚‚, les noms de rue, míen parlez pas, Áa míÈnerve.

Allez, bande de vingt et uniËme siËcliennes et -iens, collectez les jolis noms de rue (2), et ne vous Ènervez pas.

© Muriel Gilbert

(1) Les Alzheimer et les petits nouveaux iront utilement consulter ‡ ce sujet dans les archives la chronique qui síappelle ´ Sans lui, je suis perdue ª (il faut cliquer sur líonglet ´ Chroniques ª, l‡, au-dessus, puis sur ´ La vie, (o˘ est le) mode díemploi ( ?) ª.

(2) Cliquez en bas de líarticle, l‡, et indiquez vos ´ odonymes ª prÈfÈrÈs, avec leur ville. On va les collectionner.

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  • danielle 3 février 2011 at 20 h 34 min

    Remarque que « rue des frËres d’Astier de la Vigerie » ( paris 13) Áa en impose sur une enveloppe.
    mais rue de la Soupane , du pont de l’hÍtre ou de l’Ècoute s’il pleut que je ne vais pas tarder ‡ photographier, c’est quand mÍme plus choucard!
    Et que dire du bd du crime?

  • Sophie L 6 février 2011 at 19 h 35 min

    C’est pour Áa que j’aime les amÈricains avec leurs rues qui portent des numÈros. Au moins, t’es ‡ peu prËs s˚re qu’aprËs la first street, il y a la second street…

    • Muriel Gilbert 6 février 2011 at 22 h 36 min

      @ Sophie L. : C’est vrai, pas trËs poÈtique, mais sacrÈ avantage pour les handicapÈs de la boussole comme moi.