Tu veux colo ou tu veux pas colo ?!

– Maman, pour ces vacances, je voudrais aller en colo.
– Tu ne veux plus aller chez PÈpÈ et Mamie ?
– Chez eux, ya pas la mer, pis j’y vais tous les ans, je connais tout l‡-bas, j’en ai marre de la CorrËze. Mathias va au bord de la mer avec la colo du travail de son pËre, il va faire du cheval et tout Áa. Pourquoi Mathias aurait le droit d’aller faire du cheval et moi je serais obligÈ d’aller ‡ Perpezac o˘ ya que des vaches, hein ? C’est pas juuuuuuuuuuuuuste !
(Je rÍve ? Il est au bord des larmes !)
– Eh, stop ! Tu m’as entendue refuser ?
– Ben non.
– Je serais ravie que tu partes en colo.
Áa, Áa lui a drÙlement clouÈ le bec. C’Ètait au mois de juin. Un dÈtail calendaire qui prÈsentait quelques difficultÈs, comme je l’ai compris assez vite :
– Je voudrais savoir ce qu’il vous reste comme places en colonie de vacances pour le mois de juillet.
– De l’an prochain ?
La dame du service municipal des vacances entendait sans doute suggÈrer habilement par l‡ que je m’y prenais tardivement. J’ai expliquÈ que je serais venue plus tÙt, que c’Ètait pas ma faute, que mon hÈritier ‡ moi venait seulement de dÈcider de partir, vous savez comment sont les moins d’un mËtre cinquante, et j’Ètais en train de repasser la porte en marmonnant qu’il serait trËs bien avec mes grands-parents et les vaches quand la dame m’a rappelÈe, prise de pitiÈ :
– Allez, venez, on va vous inscrire sur la liste d’attente.

´ DÈpart le 2 juillet, 8 heures du matin, place de la mairie. ActivitÈs : voile et randonnÈe pÈdestre. ª C’est ‡ peu prËs la prÈcision du message que j’ai reÁu aux alentours du 25 juin.
– Je voulais chevaaaal, chouine-t-il.
– Bon, Ècoute, m’agace-je, tu veux colo ou tu veux pas colo ? DÈj‡ ya la mer.
– OK, colo.
J’ai eu ‡ peine le temps de terminer le marquage au stylo indÈlÈbile de la garde-robe nÈcessaire (Ècrire sur les chaussettes, tu fais comment toi ?), que le jour du dÈpart est arrivÈ.
Une bande d’adultes sur la pointe des pieds entoure le car bourrÈ d’enfants surexcitÈs. Mon fiston, quant ‡ lui, fixe obstinÈment le plafond en faux bois. Je frappe ‡ la fenÍtre entrouverte pour attirer son attention et lui tends ma carte de tÈlÈphone.
– Je connais personne, chuchote-t-il. Si jamais on s’ennuie, on a le droit de rentrer ?

J’avais encore la gorge un peu serrÈe quand, plusieurs heures plus tard, le tÈlÈphone a sonnÈ :
– Maman ?
– ChÈri ! Tu es arrivÈ ? Áa va ? C’est chouette ? Tu as vu la mer ?
– Oui. Il y a une cabine tÈlÈphonique dans la colo. Tu sais, je connais personne.
– C’est normal, au dÈbut.
– Dans ma chambre, les trois autres, ils se connaissent tous. Ils Ètaient ‡ la mÍme colo l’annÈe derniËre et il y en a un qui saute tout le temps sur mon lit.
Il a appelÈ trois fois dans la journÈe. Puis plus rien, en dÈpit de mes lettres, jusqu’au courrier de ce matin : ´ Maman, le moniteur nous oblige a Ècrire, alors j’Ècrit. J’ai des copain. La voile c’est bien, mais randonÈ pÈdestre Áa veut dire marcher. Tu aurai pu me le dire. A bientÙt.
PS : Non, j’ai pas perdu ma carte de tÈlÈphone. J’ai pas le temps de tÈlÈphonÈ. Envoit (e ?) moi des tisanes. ª
Ce qui me rÈjouit, c’est que le moniteur n’a pas la cruautÈ d’obliger lÈzenfant ‡ respectÈ l’ortograf. Pour les mystÈrieuses tisanes, je me suis exÈcutÈe, mais si quelqu’un sait ce qu’on en fait en colo, j’accepte tous les indices.
Allez, salut, bande de parents !
© Muriel Gilbert

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  • sandrine 30 août 2011 at 11 h 26 min

    Incroyable ! D’une pour l’absence de commentaires (je ne puis y croire… ton blog aurait-il dÈmÈnagÈ ?), de deux pour la rÈflexion de ton loupiot pour la randonnÈe pÈdestre et la tisane (what ????).

    • Muriel Gilbert 30 août 2011 at 11 h 33 min

      @ Sandrine : Mon loupiot Ètait trËs fort, en effet. Tisane et autres. Pour ce qui est de l’absence de commentaires sur cette chronique, oui, le blog a dÈmÈnagÈ il y a pas loin d’un an, je crois, et les commentaires ne pouvaient suivre que si je les copiais/collais. Je dois avouer que j’ai commencÈ… et puis j’ai eu la flemme de continuer.