To bise, or not to bise ?

´ Je líembrasse, celle-l‡, ou je líembrasse pas ?… Si je líembrasse et quíelle pense quíon doit pas síembrasser, elle va me trouver bizarreÖ Oui, mais si je líembrasse pas alors quíelle pense quíon doit síembrasser, elle va me trouver bÍcheuseÖ Allez, je líembrasse ! Ben, o˘ elle est passÈe ? ª

Les bises, cíest un genre de spÈcialitÈ franÁaise. Cíest un des trucs exotiques qui Èpatent le plus les estrangers en visite, ces FranÁais qui síembrassent sans cesse, les uns les autres, les uns les unes, les unes les unes, et mÍme les uns les uns. Ils y comprennent rien, les estrangers.

Tente un peu cette expÈrience, vingt et uniËme siËclienne ou -ien : introduis un estranger fraÓchement Èmoulu de sa patrie dans une piËce pleine díinconnus franÁais. Deux fois sur trois, il se met en devoir de les embrasser tous, histoire de se conduire poliment, comme les indigËnes, croit-il, le naÔf.

Un copain rosbif mía avouÈ avoir eu le sentiment, la premiËre fois quíil avait traversÈ le Channel, díaccoster sur une terre de sensualitÈ dÈbridÈe. Et tu sais quoi ? Je me demande si ce níest pas ‡ cette insolite coutume que nous, Hexagonaux, devons cette rÈputation internationale Ètonnamment persistante díÍtre de hot rabbits. Une hypothËse ‡ creuserÖ OK, les bises, les baisers, les embrassades, Áa fait plutÙt partie du bon cÙtÈ de la vie. NíempÍche que cíest super-rÈglementÈ.

Le bisou au garagiste, Áa ne se fait pas

Ainsi, revenons ‡ notre camarade rosbif qui, se remÈmorant les sages paroles de sa mother (´ When in Rome, do as the Romans do, my son ª), accomplit moult efforts contre sa nature frisquette pour bisouiller gÈnÈreusement ton PDG (voisin de palier, garagiste, etc., biffer la mention inutile), que tu viens de lui prÈsenter. Tu ne sais plus o˘ te mettre, le PDG (voisin, garagisteÖ) est gÍnÈ. Pourquoi ? Parce que «A NE SE FAIT PAS.

Ce qui se fait, alors, cíest quoi ?

Euuuuh…

Cíest Ècrit o˘ ?

Nulle part.

Qui nous líapprend ?

Personne.

Depuis sa naissance, le petit Hexagonal regarde, et puis il fait comme les autresÖ dans la mesure du possible. Car si le rituel des bises plonge les estrangers dans des abÓmes de perplexitÈ, il ne faut pas croire que tout aille de soi pour les FranÁais : cette pratique, dans notre verte patrie, est ‡ peu prËs aussi complexe que celle de líorthographe. Il y a des rËgles, mais autant díexceptions.

Le Bescherelle du bisou, cíest moi

NÈanmoins, vingt et uniËme siËclienne ou -ien, tu es verni(e) : une fois de plus, je míen vais te tirer de líorniËre. Le Bescherelle du bisou, cíest moi.

CommenÁons par le plus facile. A priori, en France, on embrasse sa famille et ses amis. Ainsi, le matin, dans la plupart des foyers, on se fait la bise, Èchangeant les miettes humides du petit dÈjeuner. Ensuite, tu conduis Toto ‡ líÈcole. L‡, Áa se g‚te. En principe, ‡ líÈcole, ni le petit ni toi níembrassez personne. En principe. Les autres mamans et papas díÈlËves, tu níembrasses que si vous Ítes amis (ou famille), si vous vous frÈquentez par ailleurs, quoi. Attention toutefois : ce níest pas parce que líon úuvre de concert avec les autres membres de líassociation des parents díÈlËves quíon les embrasse. Tout au plus, on leur serre la pince.

Te voil‡ parti(e) pour le bureau (la boutique, líusineÖ). En principe, au travail, on a beau avoir des amis, on níembrasse pas. Parce quíil serait impraticable díembrasser tous ses collËgues (cinquante personnes tous les matins ?!), et quíembrasser ceux qui, parmi eux, se trouvent Ítre tes copains, ce serait Ècarter les autres de maniËre fort discourtoise. Si tu partages ton bureau avec díautres, tu peux envisager un bisouillage matinal, puisquíil síopÈrera hors de la vue díÈventuels exclus.

La situation se complique díun cran si tu es un homme. Un homme franÁais, en principe, níembrasse pas ses congÈnËres. A moins que. A moins quíils ne fassent partie de sa famille (fils, pËre, frËre, cousin ñ euh, pas absolument obligatoire, le bisou au cousin, ‡ qui on peut choisir de serrer une paluche virile, surtout síil est souvent mal rasÈ et quíon níest pas trËs intimes). A moins aussi que tu ne travailles dans le show-biz, quíon devrait renommer show-bises, tant on síy embrasse, chÈri-chÈri. A moins itou que tu ne passes la soirÈe dans un bar gay. A moins encore que tu ne fasses partie de ces hommes ñ jíai líimpression que cíest tendance ñ qui aiment ‡ montrer ainsi leur affection ‡ leurs vieux copains.

Qui, quand, combien ?

Voil‡. On a vu qui et quand. Reste la question cruciale du combien, car tous les Hexagonaux savent ‡ quel point il est dÈplaisant díoffrir sa joue dans le vide, escomptant un bisou qui ne vient pas. Selon les rÈsultats díun sondage rÈalisÈ auprËs díun Èchantillon absolument pas reprÈsentatif de six personnes lors díun dÓner organisÈ chez moi, il ressort que le nombre de bises varie en fonction de la latitude. Ainsi, dans líHÈrault et les Bouches-du-RhÙne, on se ferait trois bises, on irait jusquí‡ quatre en Eure-et-Loir, les Chítis et autres Belges se contenteraient díune, tandis que la plupart des Franciliens voteraient pour la paire. Prenez garde nÈanmoins : Paris pullule díimmigrÈs de tous les coins de líHexagone, susceptibles (ou non !) díavoir conservÈ leurs coutumes rÈgionales. Je ne saurais trop recommander au voyageur l’examen attentif prÈalable des coutumes autochtones pour Èviter toute initiative malheureuse.

Une derniËre prÈcision, ‡ la demande de Nadia, líune des sondÈs susnommÈs, concernant líhygromÈtrie de la bise : ´ Il y en a qui embrassent en mouillant, souligne-t-elle. Cíest dÈgo˚tant. ª A bons entendeursÖ

Allez, vingt et uniËme siËcliennes et iens, embrassez-vous sur les deux joues en caoutchouc sans faire de trous, et allez en paix.

© Muriel Gilbert

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