Quaaand je pense à Fernande-euh…

Habitant du siècle numéro vingt et un, une histoire d’amitié, ça commence parfois comme une histoire d’amour : un coup de foudre sur fond de violons. On se reconnaît. On s’est toujours connu(e)s. On ne se quittera jamais. Et puis d’autres fois – t’as remarqué ? –ça commence plutôt comme un spectacle de Jean-Marie Bigard.

Flash-back. On est quelque part dans les années 70 du siècle numéro vingt. J’ai 7 ans. Les parents sont de sortie. La grande personne de 20 ans et quelques broutilles qui va me garder vient de débarquer en Hexagonie. D’Amérique, dis donc. Du coup, elle parle bizarre. Avec un accent. Elle dit « Le sonnette ne marche pas » et « Vous rentrez à quelle heure de la cinéma ? »
Bref, j’aurais bien aimé aller à la cinéma, moi aussi, mais, quitte à être baby-sittée, cette Suzanne-là me semble une Mary Poppins tout ce qu’il y a d’acceptable.

[On peut écouter cette chronique au lieu de la lire, youpi, en cliquant sur le logo France Inter ci-dessous]

Cliquer là

La mémoire étant un appendice sélectif, de cette soirée j’ai gardé un seul souvenir. Et elle aussi. Et le voici.

Comment, pourquoi, c’est un mystère, mais à un instant T, ou X plutôt, le dernier Brassens atterrit sur la chaîne hi-fi. Et le jovial Sétois d’entonner son envoûtante mélopée « Quand je pense à Fernan-deuh… » Au bout d’un certain nombre de refrains, ta serviteuse matutinale du lundi, déjà spécialiste ès-questions opportunes, s’enquiert :

– Ça veut dire quoi, « je bande » ?

Tu reconnaîtras, habitant du siècle numéro vingt et un, que le terme revient souvent dans la chanson : si tu ne le comprends pas, tu ne comprends rien.

Je bande-euh, je bande-euh…

– Mmmh, well, je ne sais pas exactement, bafouille Suzanne, qui manque encore de vocabulaire spécialisé en langue gauloise… même si elle a une idée du champ sémantique concerné, qu’elle juge prudent néanmoins de ne pas partager avec une gonzesse de moins de 1,30 mètre.

– Moi, je crois que ça veut dire qu’il l’aime bien, interviens-je, index en l’air, fière de ma supériorité linguistique.

La baby-sitteuse, soulagée, ayant rétorqué qu’elle aussi pensait que c’était une truc de cette genre-là, c’est probablement cette ahurissante convergence de vues qui explique que, plusieurs décennies plus tard, nous soyons toujours copines.

Suzanne, qui a perdu son accent et fabrique maintenant pas très loin de Sète des bijoux en argent et en or que quand tu les portes t’es une princesse du siècle numéro vingt et un, raconte cette histoire à chaque fois qu’elle me présente quelqu’un – après ça, essaie de te faire inviter aux soirées de l’ambassadeur pour bouffer des chocolats. De mon côté – t’as remarqué ? – je suis restée experte en interrogations cruciales et, je te rassure, l’une comme l’autre, nous avons considérablement enrichi notre lexique. On pourrait aujourd’hui t’expliquer des tas de mots, et même des plus cochonno-savants que ceux de la Fernande à Georges.

Bijoux de princesse du siècle numéro XXI par Suzanne Otwell

Remarquons quand même en passant la supériorité du siècle numéro vingt et un, comme son nombre l’indique, sur son prédécesseur numéro vingt : les petites filles de 2012 n’ont plus à embarrasser leur baby-sitter de questions de vocabulaire. Elles tapent « je bande » dans Google. L’inconvénient, c’est qu’elles risquent une réponse – disons – imagée. Et aussi de ne pas se faire une copine pour la vie.

Enfin, voilà, maintenant, habitant du siècle numéro vingt et un, tu sais pourquoi quand je pense à Suzanne, il n’est pas rare que je pense également… à Fernande.

Chronique T’as remarqué, en direct sur France Inter chaque lundi à 5 h 53, dans la joyeuse émission de Brigitte Patient, Un jour tout neuf.
Ou alors, en cliquant plus haut, sur le logo France Inter, on écoute en podcast quand on veut, youpi.

© Muriel Gilbert

 

 

Lire aussi...

  • Dominîmes 27 février 2012 at 9 h 07 min

    jolie chronique et jolis bijoux, merci Muriel !
    Bonne semaine !

  • Béatrice 27 février 2012 at 10 h 03 min

    Que ces bijoux sont beaux !!!
    Jolie chronique qui me met le sourire aux lèvres (et Fernande dans la tête …) 😉

  • alex 27 février 2012 at 10 h 31 min

    je liiike !

  • Muriel Gilbert 27 février 2012 at 10 h 52 min

    @ Dominîmes : Ils viennent du côté de chez toi : Montpellier !
    @ Béatrice : Merci ! En cliquant sur l’image, tu arrives sur le site, yen a plein d’autres à voir 🙂
    @ Alex : Thaaanks !

  • unehistoire 27 février 2012 at 11 h 22 min

    http://www.viedemerde.fr/sexe/425562

  • Madame Sophie 27 février 2012 at 12 h 03 min

    En même temps, c’est une petit merveille, cette chanson! 🙂

  • Muriel Gilbert 27 février 2012 at 13 h 37 min

    @ unehistoire : Fort à propos !
    @ Madame Sophie : C’est vrai. Ca me fait toujours plaisir de réentendre Brassens…

  • unehistoire 27 février 2012 at 14 h 56 min

    @Muriel : as-tu appris ce que cela veut dire ?

  • Poulette Dodue 27 février 2012 at 20 h 52 min

    Comme quoi une belle amitié peut naître de bien des façons !
    Joli histoire, je t’imagine tant du haut de tes 7 piges !!!

  • anacoluthe 28 février 2012 at 10 h 49 min

    ah ah, j’adorais aussi chantonner Fernande quand j’étais petite ! Et puis, autre souvenir sonore que tu m’as rappelé avec ton « serviteuse matutinale » : Philippe Meyer du temps où lui aussi chroniquait le matin et attaquait de sa voix de baryton « Mademoiselle Martin Bonjour »

  • Fabienne 28 février 2012 at 15 h 03 min

    Bravo pour cette si jolie évocation d’un souvenir d’enfance et cette belle fidélité en amitié! C’est sûrement aussi grâce à cette Suzanna-là que tu es devenue une anglophone anglophile distinguée!!!

  • unehistoire 28 février 2012 at 15 h 06 min

    Il faut dire qu’on (l’)apprend beaucoup par la bande.

  • Anna 28 février 2012 at 17 h 10 min

    Anacoluthe, Philippe Meyer chronique toujours ; il le fait maintenant sur France Culture, ça passe juste avant 8h00 et ça se podcaste sans souci, je fais ça toutes les semaines.
    http://www.franceculture.fr/podcast/4291941

  • Bernard 28 février 2012 at 18 h 37 min

    C’est fou ce qu’il peut se passer quand tu t’absentes quelques instants 🙂

  • Muriel Gilbert 28 février 2012 at 22 h 24 min

    @ Poulette : N’est-ce pas ?
    @ Anacoluthe : Je crois bien que c’est lui qui m’a appris l’adjectif « matutinal » !
    @ Fabienne : Tu as raison, c’est une des raisons, c’est plus que probable.
    @ unehistoire : Ce genre de vocabulaire en particulier, oui.
    @ Anna : Tiens, je vais suivre le lien.
    @ Bernard : N’est-ce pas ? Tu n’avais jamais entendu parler de cette histoire ?

  • Céquiaile 29 février 2012 at 11 h 09 min

    N’est-ce-pas vers la même époque que ton petit frère questionnait « c’est quoi la femme adultère? » à cause du même mal embouché chantant avec son accent chanetang:
    « Ne jetez pas la pierre à la femme adultère, je suis derrière! »
    A savoir ce qu’il imaginait …

  • Muriel Gilbert 29 février 2012 at 14 h 28 min

    @ Céquiaile : Ahhhh, Georges Brassens, éducateur de l’enfance des années 1970… Faudrait apposer la plaque à Sète.

  • Anna 29 février 2012 at 21 h 14 min

    Pas que les années 70. J’étais enfant plus tard, après la mort de Brassens à vrai dire, et j’ai appris pas mal de vocabulaire dans ses chansons (et même des mots honnêtes !)

  • Ibtissem 14 mars 2012 at 15 h 05 min

    Ils sont splendides ces bijoux!