Pourquoi on est les seuls qui z’ont pas la tÈlÈ ?

Eh oui, bande de parents, en cette Èpoque bÈnie o˘ chaque balcon fleurit joliment du disque blanc de son antenne parabolique, vous níallez pas le croire, jíai beau arroser mon bac ‡ plantes, il níy pousse aucun systËme de rÈception, hertzien ou autre. Comble de malchance, notre toit ne porte pas mÍme la classique et dÈsormais obsolËte grille de barbecue qui nous permettrait de recevoir lesÖ combien dÈj‡ ?… six chaÓnes de tÈlÈvision auxquelles donne droit le simple fait de rÈsider sur le beau sol de France ñ associÈ tout de mÍme au paiement des 100 et quelques euros de la taxe audiovisuelle. Bon, vous aurez compris, bien que je tourne autour du pot (du poste ?) de peur que vous ne nous preniez, comme cíest souvent le cas, pour une famille de handicapÈs hertziens, il va falloir que je líavoue : on nía pas la tÈlÈ. Eh ben non. Pas croyable, hein ? Je sais.

Le plus rigolo, cíest quíau dÈpart cette absence nía fait líobjet díaucune dÈcision philosophique. Dans notre famille, on a arrÍtÈ la tÈlÈ sans le faire exprËs, tout simplement en emmÈnageant dans un logement sans antenne. AprËs deux jours de tournage en rond dÈsolÈ, on a sorti nos livres, nos jeux de sociÈtÈ et nos jouets de toutes sortes, et on níy a plus pensÈ. DÈsintoxiquÈs. En deux jours seulement. InespÈrÈ. «a fait cinq ans. La moitiÈ de la durÈe de prÈsence sur la Terre de mon fiston. Et plus question de tÈlÈ chez nous : la vie est tellement plus vivante quand on la vit soi-mÍme. Enfin, l‡, je parle pour moi, comme vous allez le comprendre car, il y a trois semaines, entre deux fourchetÈes de coquillettes au ketchup :
– Maman, ‡ la tÈlÈ, pendant les vacances de NoÎl, ya plein de trucs pour les enfants.
– Hmmm (quand il entend le mot ´ tÈlÈ ª, mon instinct maternel sait que les ennuis approchent).
– Maman, cíest pas juste, tous mes copains vont regarder !
Grand bien leur fasse, pensÈ-je, tout en restant coite, avec la diplomatie qui me caractÈrise.
– Et ‡ la rentrÈe, ils vont tous en parlerÖ
Jíentends síÈtrangler un sanglot derriËre ses lËvres qui commencent ‡ trembloter tout en baissant des coins vers son menton.
– Et qui cíest qui aura líair bÍte ? Cíest encore moi-oi-oi-oi !

Ce níest pas de la blague, mon garÁon est au dÈsespoir. Tandis que je demeure interdite, il hoquËte, puis se reprend pour lever vers moi son visage baignÈ de larmes :
– Mais enfin, maman, pourquoi on est les seuls gens que je connais qui zíont pas la tÈlÈ ?…
– Ö
– Maman, dis-moi quelque chose : si un jour on dÈmÈnage, tu voudras bien quíon ait la tÈlÈ ?
– Euh, jíen suis pas s˚re…
– EgoÔste, sanglote-t-il de plus belle en courant síenfermer dans sa chambre.
En effet, quel ÈgoÔsme, songe-je. Cíest vrai, quoi, ce níest pas mes copains ‡ moi qui se moquent parce que je níai pas regardÈ le programme de la veille.

Mon ascÈtisme tÈlÈvisuel ne serait guËre condamnable si je ne contraignais un innocent (mon fils) ‡ partager ce dÈnuement tout juste vivable ñ DiogËne dans son tonneau, cíest nous ñ, au risque díen faire un frustrÈ hertzien.
«a va chercher dans les combien, ‡ votre avis, au pÈnal ?

Allez, salut, bande de parents !

© Muriel Gilbert

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