Patience, RenÈ, cíest une gonzesse

La petite bagnole de mes rÍves– On peut líaider, la dame ? Cíest quel modËle, qui líintÈresserait ?

– Ben, la pítite, l‡, chÈpu son nom.

– Essence ou diesel ? Quelle motorisation ? Trois ou cinq portes ? Version luxe, moyenne, ou cheap mochtingue ?

– ChÈpas, mais surtout, vous líavez en quelles couleurs ?

Il ne míÈchappe pas quí‡ cet instant, au-dessus de sa cravate de traviole, le vendeur automobilistique cligne des yeux rapidement trois fois en inspirant, style : ´ Patience, RenÈ, cíest une gonzesse ª.

– On a une laaarge gamme de couleurs. Vous voulez mÈtallisÈ ?

– Cíest plus cher ?

– Ah oui.

– Alors non. Je veux rouge ou jaune.

– On a un trËs joli bordeaux mÈtallisÈ.

– Bordeaux, cíest triste. Zavez pas carrÈment rouge ou jaune ?

L‡, il míattire dans son bureau tout en verre, comme Áa tu peux regarder les belles voitures qui rutilent ‡ travers, et il sort son nuancier. Sans mentir, il y a dix gris : anthracite, gris moyen, ardoise, gris rosÈ, gris ÈlÈphant, gris noir, gris p‚le, gris blanc, gris escargot de Bourgogne, gris-gris !

– Zíavez pas autre chose que gris ?!

– Siii, on a le joli bordeaux dont je vous ai parlÈÖ

– Moche.

– Ö et du blanc. Et mÍme du noir.

Bon, malheureusement, je crains de níavoir pas fait progresser considÈrablement líestime dans laquelle les vendeurs automobilistiques tiennent la gent fÈminine. Díun autre cÙtÈ, je sais maintenant pourquoi les embouteillages du pÈriph parisien sont si sinistrement et uniformÈment gris-noir. Jíen tire quelque satisfaction. ´ Je vous assure, les gens ne veulent que du gris mÈtallisÈ, il mía dit, le traviole : le gris, cíest pas salissant du tout, vous verrez. ª

L‡, vous vous dites : elle va laisser tomber, elle va garder sa vieille bagnole. Ou alors, elle va síen acheter une grise. Que nenni. Ce serait compter sans :

1/ líopini‚tretÈ de lÈgende qui me caractÈrise,

2/ le fait que le gentil gouvernement de la France hexagonale me propose 1 000 euros pour jeter ma vieille voiture ‡ la casse, mais ‡ condition que jíen achËte une neuve,

3/ le fait aussi que cíest une occase ‡ saisir, vu líÈtat de líengin qui me transporte, dont líintÈrieur a servi de chenil, et líextÈrieur díexutoire punchingballesque ‡ toute une tribu de chariots de parking de supermarchÈ.

Le problËme cornÈlien, cíest quíen plus de pas grise, je voulais quíelle soit petite, ma voiture (cíest meilleur pour le stationnement, pour la couche díozone et pour le portefeuille), MAIS avec un coffre suffisamment grand pour y trimballer Madame Zaz, la chienne overpoilue et mÈgaboueuse (je vous en reparlerai prochainement, de celle-l‡) qui avait copieusement pourri le siËge arriËre de ma Ford Ka, dans le coffre riquiquissime de laquelle cíÈtait mÍme pas envisageable quíelle y entre sans la couper en deux.

Mais revenons ‡ nos carrosses : donc, damnation, cíest alors que je dÈcouvre que petite voiture rime avec malle arriËre petite pointure. ´ Et ma chienne ? Je la mets o˘, une fois que jíai rangÈ mon stylo bille dans votre coffre, l‡ ? ª

Figurez-vous quíil mía fallu prËs de neuf mois, le temps díune gestation, pour dÈgotter mon nouveau cheval. Jíai ÈcumÈ toutes les marques, tous les concessionnaires de líouest et du sud parisiens. A la fin, cíest bien simple, mon JicÈ ne voulait mÍme plus entrer avec moi dans une concession. Jíai continuÈ seule, poor lonesome cow-moi.

Jusquí‡ ce que, enfin et tout inopinÈment, mon Koh Lanta des garages síachËve, il y a peu, quand jíai appris incidemment que mon boulot ‡ moi, allez savoir pourquoi, míoccasionnait une ristourne sympa chez un constructeur mÍme pÙ franÁais, constructeur qui justement avait la maligne idÈe de proposer une petite bagnole mignonne tout plein díun rouge-orangÈ que tías jamais vu plus vif, avec un siËge arriËre que tu peux glisser vers líavant pour te confectionner un coffre ‡ chien pile-poil, et mÍme un toit ouvrant en verre et tout ñ un luxe que jíai jamais eu de ma vie.

Comme quoi des fois, tout est bien qui finit bien.

Et pof, me voil‡ heureuse comme un assujetti ‡ líimpÙt sur la fortune.

Allez, bonne route, bande de vingt-et-uniËme siËcliennes et iens.

© Muriel Gilbert

PS : Juste l‡, jíÈtais arrÍtÈe ‡ un feu rouge. Il faisait beau, je bronzais par le dessus. «a, cíest dÈj‡ pas dÈsagrÈable. A peine le feu est-il passÈ au vert quíun excitÈ Parisien (OK, plÈonasme) a klaxonnÈ. Une impulsion soudaine, jíai levÈ le bras au-dessus de ma tÍte, jíai passÈ la main dehors et je lui ai fait ´ pouÎt-pouÎt ª vers líarriËre, avec mes doigts en forme de bec de canard par le toit ouvrant. Je sais pas pourquoi, Áa mía donnÈ une grande sensation de libertÈ. Cíest bon, díavoir un toit ouvrant.

PS-bis : Bonheur du jour : fiËrement, je prÈsente ma nouvelle acquisition ‡ ma mËre : ´ Elle est moche, ta voiture, elle est couleur minium. ª No comment.

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  • La MËre Joie 10 mai 2011 at 18 h 50 min

    ‘tÈ, moi aussi j’achËte la CorÈenne rouge pute pour remplacer ma Ford Ka ! 😀

    • Muriel Gilbert 10 mai 2011 at 18 h 58 min

      @ La mËre joie : ‘tention, moi c’est une ITALIENNE rouge pÈtasse, nuance.

  • Mentalo 10 mai 2011 at 21 h 22 min

    Moi je voulais une fiat 500, mais paraÓt qu’il faut que je noie mes gosses, avant. Donc j’ai un bus amÈricain. Pfff, quoi.

    • Muriel Gilbert 10 mai 2011 at 21 h 55 min

      @ mentalo : moi aussi, je la voulais, mais c’Ètait Mme zaz le chien que j’aurais d˚ ramener ‡ la SPA. Pfff.