On síembrasse, oui ou non ?!

Bebe, la bouche en coeur pour faire un bisous– SolËne va venir passer le week-end ‡ la maison.
– C’est qui, SolËne ?
– Tu sais bien, la petite fille de Mme Joset. Celle qui a 8 ansÖ
– Je suis d’accord.
C’est heureux, parce que j’ai dÈj‡ acceptÈ de la garder. Mon fiston a Áa de pratique qu’il s’entend avec toutes sortes d’enfants. Sans doute parce qu’il est unique, il ne fait pas le difficile. Plus grands, plus petits, filles ou garÁons, tout lui va. Et puis, elle tombe bien, cette SolËne : j’ai pas mal de travail ‡ abattre d’ici ‡ dimanche soir, des tas de trucs ‡ Ècrire et pas le temps de sortir mon garÁon de l’ennui qui lui saute dessus dËs qu’il n’y a ni Ècole ni copain en vue.

A l’arrivÈe de l’invitÈe, l’atmosphËre est un peu fraÓche. Elle refuse poliment le jus de fruits que je lui propose, sans cesser de serrer contre son ventre le sac qui contient son pyjama. C’est mon hÈritier qui a l’idÈe de gÈnie :
– Tu veux jouer aux jeux vidÈo ?
– Chez moi, j’en ai une aussi, de console, remarque-t-elle.
Mais elle suit sans rechigner son hÙte, qui la guide mollement, traÓnant les pieds pour se donner l’air relax, comme ‡ chaque fois qu’il est intimidÈ. Sans dire un mot, il insËre un jeu dans le trou prÈvu ‡ cet effet et enclenche le zinzin, tandis que je m’Èclipse en direction de mon bureau.
A peine assise, j’entends :
– Allume le robinet !
– J’arrive pas ‡ sauter, comment on fait ?…
– Vite, tape-lui dessus ! Pas comme Áa, avec le bouton vert !
– Monte sur mon dos, monte sur mon dis ch’te dis !

Ils ne se sont pas dit bonjour. Peut-Ítre qu’on devrait installer des consoles de jeux vidÈo ‡ la place des boissons alcoolisÈes pour dÈtendre l’atmosphËre dans les pince-fesses mondains. Sans compter que ce serait meilleur pour le foie.
Bref, lorsque j’ai ÈmergÈ de mon bureau, ‡ peine une heure plus tard, la chambre de mon fils montrait tous les indices de l’Èclosion d’une amitiÈ sincËre – c’est-‡-dire un bordel rappelant les bombardements de Berlin ‡ la fin de la guerre, avec au centre une tente d’Ètat-major ‡ base de chaises de cuisine et de couette Mickey.

C’est au milieu de l’aprËs-midi du dimanche que, toujours scotchÈe ‡ mon ordinateur, j’ai entendu un silence, et subitement rÈalisÈ qu’il durait depuis dÈj‡ un bon moment, sans Ítre capable de dire si c’Ètait dix minutes ou une heure. InquiËte – tous les parents, mÍme de peu d’expÈrience, le comprendront : le silence enfantin est souvent signe de catastrophe -, je me lËve, parcours l’appartement en tous sens, ne les vois nulle part, puis comprends qu’ils doivent Ítre sous la ´ tente ª. Je m’approche pour m’en assurer, lorsque j’ois ce chuchotis impatient :
– Bon, alors, on s’embrasse oui ou non ?!
C’est l’invitÈe. J’en reste comme deux ronds de flan. D’autant plus que la seule rÈponse est un nouveau silence, dont je prÈfËre ne tirer aucune conclusion. Instinctivement, je retourne m’asseoir ‡ mon bureau, comme prise en faute d’Ècoutage aux portes (des tentes Mickey), puis m’Ègosille :
– Áa va, les enfants ?
La voix de mon hÈritier produit un ´ oui, oui ª ÈtouffÈ par l’Èpaisseur de la couette.
– Qu’est-ce que vous faites ?
– On joue dans la cabane.
– Vous Ítes drÙlement silencieuxÖ
– C’est normal, qu’on fait pas de bruit, intervient SolËne : on fait la sieste.
Je n’ai trouvÈ qu’une chose ‡ dire :
– EuhÖ c’est l’heure de go˚ter.
Ce jour-l‡, le go˚ter a ÈtÈ exceptionnellement servi ‡ 15 heures.

Allez, salut, bande de parents !

© Muriel Gilbert

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