Petite fille embrasse petit garçon

Mon fils, il veut pas faire l’amour

Mon fils, il veut pas faire l’amour. C’est ma bru qui me l’a dit hier. Il faut préciser que, jusque-là, nous nous entendions très bien, ma belle-fille et moi, une véritable complicité, ce qui mérite d’être souligné puisqu’il paraît que c’est rare. J’étais peut-être la seule belle-mère adorée par sa bru, mais bon, vous voyez bien que ça existe.

Enfin, c’est ma future, seulement, parce qu’ils ne sont encore que fiancés, mon fils et elle. ça n’avait pas l’air de trop la perturber, elle rigolait en me claironnant cette information. J’ai quand même appris qu’elle le trompe avec Matthias, mais c’est juste pour faire l’amour. Mon fils est au courant. ça ne le dérange pas. Il ne fait pas semblant d’être indifférent, ça ne lui fait ni chaud ni froid, du moment que c’est lui qu’elle aime. La nouvelle génération, vraiment, j’admire.

Moi, pour répondre quelque chose, j’ai rétorqué qu’il était peut-être un peu jeune, que ça viendrait…

– Mais on a le même âge ! s’est insurgée Elodie. Même que c’est pour ça qu’on est des amoureux !

C’est vrai qu’ils ont le même âge : “5 ans presque et demi” tous les deux, mais chacun sait que les filles sont plus précoces, plus mûres que les garçons.

Entre nous, je me demande même de temps en temps si les enfants ne sont pas plus mûrs que les grandes personnes : essayez donc de demander à un adulte pourquoi il est amoureux d’un autre… Invariablement, la réponse débutera par un silence sidéré, suivi d’un “Je ne sais pas…”, lui-même précédant une énumération de qualités qui caractérisent la plupart des amis du spécimen interrogé, donc n’expliquent en rien l’apparition du sentiment amoureux. Bref, il ne sait pas.

Mais revenons à nos enfants… Depuis cet aveu de ma bru, il y a quand même un truc qui me turlupine, je vais vous expliquer. Mon fils, avec qui j’entretiens également des rapports relativement étroits, m’avait déjà appris ses fiançailles, avant les vacances, non sans regretter ce défaut de la promise : elle voulait “tout le temps faire l’amour”.

Là, je l’avais pris sur mes genoux et, après avoir respiré un bon coup, je lui avais demandé, l’air de rien, ce que c’était que “faire l’amour” Comprenez-moi bien : je savais que je n’en étais pas à devoir lui détailler les atouts du latex, mais justement, je tenais à m’informer. (Si mon fils m’a appris un truc, c’est que, dans la vie, il ne faut jamais être trop sûr de rien. Et surtout pas de lui. C’est un petit gars qui m’étonnera toujours.)

Donc, avant tout, s’informer, l’air de ne pas y toucher. Résultat : faire l’amour, c’était s’embrasser sur les lèvres au lieu de sur la joue. Ah bon. Mais depuis la rentrée, justement, chaque soir, quand je récupère mon héritier dans sa classe de maternelle, j’ai remarqué qu’il dépose un bécot sur la bouche en cœur de sa fiancée. Et s’il fait mine d’oublier, croyez-moi, elle ne se gêne pas pour le rappeler à l’ordre. J’en avais conclu, naïvement, que cette débauchée d’Elodie était arrivée à ses fins.

Mais hier, en écoutant ma bru, l’atroce réalité m’est apparue : à l’école maternelle Eugénie-Cotton, “faire l’amour”, ce n’est pas seulement un petit baiser sur les lèvres, comme me l’avait raconté mon fils. Depuis hier, je sais qu’il m’a menti, que la confiance entre nous, c’est fini, à se demander si je suis encore sa mère… En tout cas, je ne sais toujours pas ce qu’ils appellent faire l’amour. Si ça se trouve, ça veut dire mettre la langue dans la bouche de l’autre, ou lui montrer sa culotte, ou pire que je n’ose même pas imaginer…

Je suis bien contente que mon fils ne veuille pas. Lui au moins, n’est pas un dépravé. Ce qui est sûr, c’est que je m’opposerai formellement à ce mariage ! Enfin, vous l’aurez compris, la précieuse complicité qui m’unissait à ma belle-fille a volé en éclats hier à l’heure du goûter, sous le perfide pavé de la trahison. Je dois me rendre à l’évidence : la sagesse populaire avait raison. Les relations belle-mère/bru sont un long chemin semé de ronces, de tessons de bouteilles et de clous rouillés. Mais vous êtes témoins : ce n’est pas moi qui ai commencé !

A part ça, j’ai un autre truc à vous raconter.

J’ai une copine, sa fille a 8 ans. L’année dernière, Maya aussi avait un amoureux, un gars dont toutes les filles de la classe étaient amoureuses, mais lui, il n’aimait qu’elle. Un jour, sa maman a demandé à Maya pourquoi, à son avis, elle était l’élue. “C’est facile, a-t-elle répondu, c’est parce que moi, je fais semblant que je l’aime pas.”

La nouvelle génération, vraiment, elle manque pas d’avenir…

Allez, salut, bande de parents !

© Muriel Gilbert

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