« Eh ? Tu dors ? »

« Mmm… maman, s’te plaîîîît, sois sympa…
–         Oui, oui…
–         Maman, chuis fatiguéééé, éteins la lumière.
–         Allez, sois gentil, encore cinq minutes, OK ? »

Ça te semble improbable, ce dialogue, bande de parents ? Exceptionnel, je te l’accorde. En 16 ans de vie commune, rares ont été les soirs où nous n’avons pas eu, l’héritier et moi, l’échange inverse, à base de « Chéri, il est tard, va te coucher » et de « Mais non, il est pas tard, demain j’ai cours qu’à 10 heures… » et de « Je-te-dis-que… » et de « Oh là là bon le prends pas comme ça j’y vais dans cinq minutes ! »

Parent débutant, éleveur d’enfants en bas âge, ne va pas pourtant te réjouir à mauvais escient : tes marmots qui récalcitrent aujourd’hui au pied du lit ne se transformeront pas demain en accros du dodo qu’il faudra ficeler à table pour les empêcher de se précipiter au lit avant le dessert. Que nenni. Il s’agit là d’une situation exceptionnelle.

Il y a des moments comme ça, dans la vie, où les valeurs s’inversent. Des moments de crise grave. En cas de guerre. Ou de réveil  intempestif à une heure du matin par un congrès de rongeurs percussionnistes. Ouiiiiii ! Des grignotages sous mon lit, dans les cloisons, tout autour ! Ah, j’arrête d’en parler, ça me redonne le frisson.

Safari souris

Illico, je cours chercher secours dans l’antre filial.
« Mais t’aimes les animaux, d’habitude », grommelle le filial pâteux après quelques vigoureuses secousses maternelles sur son épaule assoupie et ma suggestion qu’il se lance tout sommeil cessant dans un safari souris.
–      J’adore les petites souris. Mais pas quand je dors. Et pas sous mon lit. Et tiens, maintenant que j’y pense, plutôt en dessin animé qu’en chair et en poils.
–      Bon. Si tu veux, pffff, je vais dormir dans ta chambre », maugrée le pâteux.

Comprenant que mon intention de le transformer sur-le-champ en exterminateur souricier était sans espoir, j’ai accepté ce compromis avec quelque soulagement. Un instant, j’ai eu un flash-back qui m’a ramenée une dizaine d’années au moins en arrière… Je l’ai vu, lui, dans son petit pyjama en mousse, venir me réveiller pour que je chasse, moi, ses frayeurs nocturnes.

Et aujourd’hui, le voilà qui ronchonne :

« Maman, mais enfin quoi, il est 2 heures du matin ! Je vais au lycée, demain, moi, j’ai besoin de sommeil !
–      Je ne t’empêche pas de dormir…
–      Oh la menteuse ! Eteins la radio, déjà. Et la lumière.
–      Aah ! Là ! Tu as entendu ce bruit ?!
–      Meuh nan.
–      Si-si-si ! Pas question d’éteindre ! Eh, fiston, tu dors ? »

Cata. S’il dort, qui va faire le guet ?
Et maintenant voilà qu’il ronfle. Toute lumière et radio allumées ! Ingrat, va. Bon. Les grands moyens :

« Madame Zaz, grimpe ici ! »

Mon lit, c’est Fort Apache

Ravie, la chienne n’en revient pas. La dernière fois qu’elle a eu le droit de dormir dans ma chambre, c’est quand elle avait cet horrible entonnoir post-opératoire autour du cou qui l’empêchait de rentrer dans son panier. Mais SUR mon lit ? Jamais !
Bon, maintenant, qu’elles y viennent, les rongeuses. Avec mon fils, mon chien, ma radio et mon ampoule halogène qui crache ses 300 watts, mon lit, c’est bien simple, c’est Fort Apache.

famille et chien au lit

Quand le réveil a sonné, j’avais la paupière un rien lourdingue. Les deux autres, mes gardes du corps, ronflaient de concert dans les pattes l’un de l’autre, bienheureux, aussi indifférents aux souris qu’à mes affres.
Dans la matinée, j’ai dû aller faire l’emplette de blé empoisonné, bien que ça me brise le cœur (pauvres petites souris !). Mais la cohabitation n’était pas envisageable. J’ai réparti les petits sachets dans la maison avec amour, comme si c’était des œufs de Pâques.

Conséquence funeste et inattendue de l’aventure nocturne : l’héritier passe désormais son temps à se moquer de moi, à glousser bêtement en me regardant en coin et à raconter à qui veut l’entendre que je l’empêche de dormir. Est-ce que je me gaussais, moi, quand c’était lui qui nuisait au sommeil des autres ? Ingrat, je te dis.

Allez, salut, bande de parents !

© Muriel Gilbert

 

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  • missrelie 19 octobre 2012 at 16 h 17 min

    mouhahaha!
    jessaie moi meme de me controler devant mes zenfants lorsque je vois une araignee histoire de ne pas transmettre cette peur! mais parfois c’est impossible!
    alors tu les as eu au moins?
    bises

  • Zette 19 octobre 2012 at 17 h 34 min

    J’imagine le tableau et désormais, je ne te lis plus comme avant, avec ton ampoule, ton chien, ton fils et un lit ravagé, tout comme le blanc de tes yeux.

  • Lydie 19 octobre 2012 at 18 h 47 min

    Et dans ton imaginaire débordant de scénarios catastrophe, la petite souris, elle te faisait quoi pendant ton sommeil ?

    Dans mon ancienne maison, après les inondations en 2000, j’avais des souris dans la maison et à l’époque pas de chat. Je me suis laissée convaincre par mon entourage qu’il fallait les éliminer, ces pauvres petites bestioles étant d’après eux de terribles destructrices d’on ne sait pas bien quoi…

    A contre coeur, j’ai acheté ce blé que tu évoques, en me disant Ok, mais la mort doit être instantanée !

    Horreur : j’ai retrouvé une de ces petites choses agonisante !!! J’ai passé plus de 4 heures avec Minnie sur mes genoux, dans une petite boîte en plastique, enfouie sous une petite « couverture de draps »… Je l’ai caressée pendant tout ce temps en lui murmurant « ne meurs pas, ne meurs pas… ». Elle s’est réveillé d’un coup, en pleine forme !! Elle n’avait à priori fait qu’une indigestion de croquette pour chien…

    Je l’ai relâchée dehors, heureuse !!! Et j’ai jeté ce p***** de blé !!! J’ai cohabité en paix avec ses copines qui ont fini par partir, toutes seules comme des grandes…

    Il faut savoir qu’à l’époque, je dormais sur un matelas lui-même posé sur un sommier à lattes et que je me suis faite réveiller une nuit par l’une d’elle, affairée à faire sa toilette la dessous… pas plus gênée que ça d’être découverte ! La moins digne de nous deux a été cette demoiselle qui a continué à se toiletter en public…

    Tout ça pour dire… Mais t’es une chochotte !!!!!

  • les cafards 19 octobre 2012 at 19 h 51 min

    et la petite souris a déménagé ?

  • Céquiaile 20 octobre 2012 at 9 h 28 min

    Les illustrations sont craquantes à souhait!

  • Fabienne 20 octobre 2012 at 10 h 06 min

    Formidable chronique et formidables photos, quel bonheur de dormir avec des enfants et des animaux! Pensons à l’heureux temps où nous serons grands-mères et où ce sera à nouveau possible!

  • MamyS 20 octobre 2012 at 13 h 03 min

    Il y a bien longtemps, au moment de préparer mon cartable pour la rentrée (mi-septembre à l’époque) qu’elle ne fut pas ma joie, et la terreur de ma mère, d’y découvrir non pas une souris, mais toute une famille!…. Maman n’a jamais voulu que je change de cartable pour laisser le clan souris en paix…. j’en pleurerais bien un peu encore!

  • Poulette Dodue 20 octobre 2012 at 14 h 32 min

    Les gnomes me tirent du pieu à des heures indues week -end compris !
    Pas de rongeurs qui s’incrustent au Poulailler…OUF !!
    Bises

  • Muriel Gilbert 28 octobre 2012 at 12 h 28 min

    @ MissRelie : Je les ai entendues encore une fois ou deux… et puis plus jamais… mais je crois qu’elles se sont juste sauvées, parce que je n’ai jamais vu disparaître mon blé empoisonné. Tant mieux !
    @ Zette : Un « lit ravagé comme le blanc de tes yeux ». Tu es pouète, toi, Zette.
    @ Lydie : Ouiii, je suis une chochotte ! J’adore ton histoire. J’ai quand même déjà sauvé une souris coincée au fond de ma baignoire en la sortant de là avec une boîte à sucre… mais dans mon lit… je PEUX PAS ! (pardon les souris)
    @ Les cafards : Ouiii, heureusement, elle a déménagé toute seule apparemment.
    @ Céquiaile : Oui, hein ? J’adore celle de la famille (élargie) au lit.
    @ Fabienne : On n’est pas obligées d’attendre aussi longtemps. Personnellement, je suis marraine de petiots… je vais avoir des occases, j’espère !
    @ MamyS : Je comprends ton chagrin…
    @ Poulette : Pourvou qué ça doure, comme disait Laetitia.

  • Mme Statler 12 novembre 2012 at 11 h 25 min

    c’est le monde à l’envers, empêcheuse de dormir en rond 😉

  • Hélène & Mahélia 15 janvier 2013 at 8 h 58 min

    Ohlalala … Non seulement je ne me moque pas, mais j’adore ton style d’écriture ! … Comme je me suis marrée, j’en ai mal au ventre encore ! … Et moi, pareil, en train de fondre devant une petite souris dans mon ancien appart’, semblable à Mr Gingle (La Ligne Verte), mais a moment où elle a commencé à cavaler, réflexe, genoux sous menton !!!

    bisous … Hélène

    • Muriel Gilbert 16 janvier 2013 at 17 h 34 min

      @ Hélène : Merci ! Bienvenue ici…