L’intelligence farceuse des choses

Hier, habitant du siècle numéro vingt et un, j’ai fait tourner la machine à laver. Yen a qui diront que je fanfaronne. Tant pis. C’est la vérité.
Comme il faisait beau, figure-toi que j’ai lavé la housse de couette à fleurs roses qui pourrissait en toute quiétude depuis le mois de janvier au fond du panier de linge sale. Parce que disons-le honnêtement, autant c’est la plaie, de laver une housse de couette quand il fait moche – ça met une éternité à sécher et ça sent la coulemelle –, autant c’est un bonheur qui confine au péché que d’étendre ces grosses dondons au soleil. Tu pendouilles ta housse humide sur la rambarde du balcon, et au bout de deux heures, ça sent divin le linge propre et sec. Mais bon, cette fois, tout n’est pas allé comme sur les roulettes habituelles.

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T’as remarqué ce truc que font les housses de couette ? Il suffit que tu en mettes une dans le tambour de ta machine pour que, quand tu rouvres le hublot, la moitié des autres bidules que tu y avais fourrés soient planqués à l’intérieur de la housse. Ce qui se passe là-dedans, quand ça tourne, crois-moi, ça relève du paranormal.

Marcel Gotlib avait dessiné une BD intitulée « La méchanceté des choses » – la tartine qui tombe du côté du beurre, la bille qui roule sous le seul meuble de la pièce, les agaceries classiques. Si Gotlib avait lavé des housses de couette, il aurait forcément évoqué le mystère contrariant de leur voracité. A l’évidence, Gotlib ne lavait pas les housses de couette. Ne lui jetons pas la pierre, la couette et sa housse n’ont probablement envahi l’Hexagonie qu’après que Gotlib a commis ce crime contre le bon goût et la bonne humeur d’arrêter la BD.

Ma théorie à moi, n’en déplaise à Marcel, c’est que les choses sont plus blagueuses que méchantes. Evidemment, si tu n’es pas rompu à l’humour de housse de couette, par exemple, t’es un peu mal barré(e) dans ta vie de ménagère (ou ger). C’est ce qui arrive quand tu débutes en lave-linge : tu t’aperçois au bout de trois jours que, si elle sèche pas, dans le coin en bas à droite, ta housse, c’est parce qu’elle a gobé deux culottes, qui moisissent planquées en boule en empestant la salle de bains. Ne le prends pas pour de la méchanceté, c’est une blagounette.

Splash, mon petit veau !

Ma couette à fleurs, vu que je commence à avoir une bonne pratique de ses clowneries, a dû estimer que j’étais prête à passer au niveau supérieur. Quand, ouvrant le hublot, j’ai voulu tirer sur le premier morceau de textile qui se présentait, un formidable grumeau de linge bouchait l’ouverture. Tu voyais que du tissu de couette. Par quel bout attraper le machin ? Je tire, ça résiste. Sous ma force herculéenne, la machine tangue, mais rien n’en sort. La housse avait gobé absolument tout le linge. Pas une socquette n’avait échappé à sa morfalerie. Comment tu expliques ça ? C’est de la magie, obligé. Du paranormal. Ya une intelligence là-dedans. Une intelligence farceuse.

Finalement, j’ai dû y enfoncer les bras jusqu’aux coudes, tirer, et… miracle, d’un coup j’étais un vétérinaire de campagne. J’étais en train d’accoucher une vache. Un vêlage, ça s’appelle. En plus propre.

La délivrance n’a pas tardé, je suis tombée sur mon gracieux séant et sur le tapis de bain, recueillant dans mes bras zémus un petit veau qui fleurait bon le Splash senteur printanière. Enfant, je rêvais de devenir vétérinaire. C’est fait. Merci, ma housse.

Habitant du siècle numéro vingt et un, je te laisse, faut que j’aille repasser mon petit veau.

Chronique T’as remarqué, en direct sur France Inter chaque lundi à 5 h 50, dans la joyeuse émission de Brigitte Patient, Un jour tout neuf.
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© Muriel Gilbert

draps blancs qui sechent

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  • maman est occupée 26 mars 2012 at 8 h 20 min

    Dans le même genre : le slip qui reste coincé dans le pantalon (la faute au petit qui enlève tout d’un coup) et que tu retrouves encore mouillé dans le pantalon au moment de le repasser…

  • Zette 26 mars 2012 at 8 h 42 min

    La chaussette dans la manche du pull qu’on met jamais en fait, mais qu’on lave parce que planqué au fond du panier.
    Et du coup, on retrouve ENFIN la chaussette-soeur.

    • Zette 26 mars 2012 at 8 h 42 min

      Mais si, souviens-toi, celle de la dernière fois!

  • Arkadia 26 mars 2012 at 9 h 26 min

    Je viens juste de mettre la housse de couette dans la machine et j’y pensais …….heureusement qu’il fait beau car je sais que je ne vais rien oublier dans la housse de couette qui va sécher dehors !

  • missrelie 26 mars 2012 at 10 h 04 min

    merci pour le sourire sur ma bouche!!
    jai la meme a la maison!!

  • Béatrice 26 mars 2012 at 11 h 47 min

    Faut laver les housses entre elles …. elles ne se mangent pas !!!

  • fannette 26 mars 2012 at 12 h 25 min

    Ah merci, ce matin, temps pourri, plein de gens contrariant, en retard donc entendu que la fin de ta chronique à la radio et enfin, un petit bout de temps et je peux enfin aller lire cette histoire de veau (note que j’ai mis un peu de temps à comprendre la chute que j’avais eu en premier…). Bref, j’ai de nouveau le sourire, j’ai même ri alors!!! MERCI!!

  • MamyS 26 mars 2012 at 15 h 30 min

    Rhalala, que tu dois être jeune et inexpérimentée! Ou farceuse? La housse ex-vorace, je la mets à l’endroit dans la machine mais je la mets à sécher à l’envers, accessoirement pour protéger ses couleurs mais surtout pour récupérer mes culottes!

    Et c’est ainsi que le Blog (presque) tout rose devint un blog de trucs de ménagères….

  • unehistoire 26 mars 2012 at 17 h 40 min

    N’empêche que pour la décoincer, il faut être
    housse costaud !

  • Poulette Dodue 26 mars 2012 at 20 h 19 min

    La housse est fourbe point barre ! Et aussi casse pied à mettre …

  • charlotte75 27 mars 2012 at 7 h 33 min

    Les housses de couette sont farceuses….tous les étés avec celles de mes petits enfants…..Pour moi, j’y suis hostile….rien de plus agréable, que les draps métis et lin qui vous grattent…et avec eux aucun problème de culottes coincées!!!!…

  • nouette 27 mars 2012 at 7 h 42 min

    La masse informe qu’il faut sortir d’un coup sec du lave linge avec tout le fatras à l’intérieur….Et comme je plie la couette et la repasse grosso modo, je retrouve quelques mois plus tard LA DEUXIEME CHAUSSETTE……Qu’il manquait à la première!!! Mais, la première lasse d’être seule n’est plus qu’un chiffon à reluire les chaussures….Bouhhhh!

  • Cathy 27 mars 2012 at 10 h 32 min

    Je me sens moins seule tout d’un coup, je ne pensais que j’étais la seule à avoir des housses de couette gloutonnes ! Ah merci Muriel,grâce à ta chronique qui m’a bien fait rire, je redeviens presque normale. Mais dis moi, ce que tu as repassé c’est le placenta de ton petit veau, non ?

  • dominimes 27 mars 2012 at 10 h 59 min

    housse de couette, housse d’oreiller même dévoreuses…

  • Alain 27 mars 2012 at 19 h 22 min

    Il m’est arrivé une pensée, celle d’aller porter sa couette à pied chez le blanchisseur … la tête enfoncée dans les plumes d’oie, ce serait bien marrant …

  • Cambroussienne 28 mars 2012 at 9 h 57 min

    J’ai en mémoire ce fameux jour où ayant mis la housse de couette, accompagnée de la housse de polochon, et de nombreux autres éléments du linge de maison, je me suis vue, également vétérinaire : extrayant des entrailles de la housse de couette, la celle du polochon qui avait également enfanté de nombreux slips & chaussettes. Un grand moment qui m’avait laissée quelque peu perplexe. Grâce à toi, je sais donc que le linge pratique l’humour à tiroirs.

  • Muriel Gilbert 4 avril 2012 at 19 h 12 min

    @ Mamanestoccupée : Tiens, pourquoi ça me rappelle quelque chose, ça aussi ?
    @ Zette : Tu veux dire que toutes mes chaussettes perdues sont dans des pulls que je mets jamais ? Mais je les donne, les pulls que je mets jamais, damned !
    @ Arkadia : Ayé, elle est bien sèche ?
    @ missrelie : Merci pour le témoignage, j’adore mettre un sourire sur la bouche des gens.
    @ Béatrice : Je reconnais bien là la mère de famille nombreuse organisée !

  • Muriel Gilbert 5 avril 2012 at 12 h 14 min

    @ Fannette : Merci de venir le raconter ici, j’imagine avec plaisir les sourires (et encore plus les rires !)
    @ MamyS : Je suis juste nulle en femme d’intérieurisme. C’est vrai ce que tu dis, dans les commentaires, je reçois un tas de bons conseils pour remédier à mes âneries !
    @ unehistoire : T’as peut-être un truc de ménagère pour ça 😀
    @ Poulette : Mais ouaiiiiis. Bon, l’avantage c’est que pour faire le lit, on n’a pas trouvé mieux.
    @ Charlotte : Aaah, nostalgique du bon vieux temps… Je sais pas si j’apprécierais des draps qui grattent, quand même…
    @ Nouette : Aah, les chaussettes. En ce moment, on est très linge sur le blog presque tout rose, hein ?

  • Muriel Gilbert 5 avril 2012 at 12 h 16 min

    @ Cathy : Welcome to ze clube. Nan nan nan, c’est pas le placenta, c’est le veau tout entier que j’ai repassé.
    @ Dominimes : Mais les housses d’oreiller ont l’estomac plus petit.
    @ Alain : Alors là ce serait le dormeur dévoré par la couette !
    @ Cambroussienne : Chez toi, c’est les poupées russes du linge 😀