´ La piscine, cíest nuuuuuuul ! ª

Enfants chahutent en maillot de bain dans une fontaine– De mon temps, les enfants s’amusaient avec rienÖ, a remarquÈ ma grand-mËre dimanche dernier, pour la deux cent quatre-vingt-troisiËme fois de son existence.
Il faut dire que, ‡ sa proposition de descendre faire un tour au parc, son arriËre petit-fils venait de rÈpondre par un enthousiaste : ´ Au parc AstÈrix ? ª
J’ignore avec quoi les enfants s’amusaient de son temps ; ce qui est s˚r, c’est que mon fils ‡ moi n’oublie pas qu’il est nÈ ‡ l’Èpoque du loisir en boÓte. Pas plus tard qu’il y a deux heures :
– A la piscine ? C’est nuuuuul ! Moi, ce que je veux, c’est aller ‡ l’AquaboulevardÖ
Vous connaissez cette copie sous cloche de paradis tropical ‡ 20 euros la demi-journÈe, ‡ une demi-encablure de la Seine, avec vagues et cascades, jacuzzis, chaises longues, et mÍme possibilitÈ de coups de soleil (aux UVA) en dÈcembre ?
Fesses en avant
Ce qui rend l’endroit paradisiaque, aux yeux de mon hÈritier, ce sont ces toboggans ‡ eau infinis et emberlificotÈs qui vous balancent en fin de course, fesses en avant, dans un bac o˘ vous dÈgustez une bonne tasse d’eau javellisÈe – ‡ moins d’avoir la chance d’atterrir au sec sur le glisseur prÈcÈdent, qui n’a pas compris qu’on n’est pas l‡ pour lambiner. La premiËre fois, j’avoue que c’est assez rigolo, pour peu que vous ne soyez allergique ni aux ecchymoses ni ‡ la foule – ce que n’est aucun lardon de ma connaissance.
– Ecoute, chÈri, on ne peut pas aller tous les jours dans des trucs comme Áa. La piscine, elle, est juste en face de chez nous, il fait super beau, vraiment, tu ne trouves pas que c’est une bonne idÈe ?
– Moi, je veux bien aller ‡ l’Aquaboulevard. Sinon, je prÈfËre encore jouer aux jeux vidÈo.
La sonnette de l’entrÈe m’a ÈvitÈ de rÈpondre. C’Ètait son copain Joachim. Il s’ennuyait. Áa tombait bien.
– Si on allait faire un petit tour, suggÈrai-je, avec un enthousiasme communicatif.
– Bof, dit mon fiston.
– Bof, dit Joachim.
Mais comme ils n’avaient rien de mieux ‡ faireÖ
Mon rigolo en slip
Nous marchions le long d’un de ces boulevards parisiens luxurieusement plantÈs d’horodateurs et de feux rouges, lorsqu’un soupÁon de verdure a attirÈ notre attention. Figurez-vous que c’Ètait un parc tout jeune, qui s’appelle AndrÈ CitroÎn, ce qui ne lui va pas trËs bien. Un parc o˘ on a le droit de s’allonger sur les pelouses, qui sont nÈanmoins aussi vertes que fournies, un parc surtout o˘ trÙne une fontaine fabuleuse : un plan trËs lÈgËrement inclinÈ de 100 ou 200 mËtres carrÈs, percÈ de dizaines de trous d’o˘ giclent sporadiquement des jets d’eau de puissances diffÈrentes atteignant parfois plusieurs mËtres de hauteur. Scrupuleusement marquÈe ´ interdite ª, la fontaine Ètait bourrÈe d’enfants rigolards plus ou moins trempÈs et dÈnudÈs.
– Oooooh maman, on peut ?, a fait mon fiston, dont le sourire gigantesque attestait la subite disparition du blasÈ de tout ‡ l’heure.
Le temps que j’hÈsite, leurs vÍtements n’Ètaient dÈj‡ plus que deux petits tas vides abandonnÈs ‡ mes pieds.
– C’est mieux que l’Aquaboulevard ! a criÈ mon rigolo en slip en courant sous les jets d’eau froide.
En plus, je suis s˚re que Mamie approuverait : Áa, c’est du loisir pas cher.
Allez, salut, bande de parents !

© Muriel Gilbert

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