Jíme suis lavÈ ya pas longtemps

On vient de me raconter quíil y a des garÁons de moins de 10 ans qui aiment se laver. Certains se brosseraient les dents sans quíun adulte ait ‡ intervenirÖ Heureux parents. Personnellement, je porte une lourde croix : mon fiston fait partie des cracra.

Pour Èviter tout malentendu, je dois prÈciser quíil a toujours entretenu díexcellentes relations tant avec líeau glacÈe des piscines municipales quíavec les vagues salÈes de líocÈan. Cíest le concept de toilette, ‡ mon avis, qui est mal passÈ dËs le dÈbut. Un traumatisme prÈcoce, ‡ níen pas douterÖ A tous les coups, cíest la faute ‡ sa mËre.

Mais remisons prÈcieusement notre culpabilitÈ pour les nuits sans sommeil, et revenons ‡ notre savonneuse actualitÈ. Jíai un atout : pour quelques annÈes encore, mon rejeton est plus petit que moi, donc relativement propre, si vous voyez le rapport de cause ‡ effetÖ Quant ‡ líavenirÖ Mais ne dÈsarmons pas :
– ChÈÈÈriiiiiiiii, cíest líheure de ton bain !
– Oh non, síte plaÓt, jíme suis dÈj‡ lavÈ ya pas longtemps.

La crassophilie infantile, certes dÈsagrÈable, constitue aussi líoccasion díÈchanges de vues enrichissants qui doivent faire dÈfaut dans les familles dont la progÈniture se vautre dans líhygiËne. Car nous avons ensuite abordÈ líhistoire de la propretÈ :
– La maÓtresse a dit que, dans líancien temps, les gens et mÍme les rois se lavaient jamais.
– ChÈri, au XXIe siËcle, ‡ moins díhabiter sous les ponts ou au beau milieu du dÈsert, les gens se lavent une fois par jour. Au moins.
– MÍme síils sont en grand danger ? Par exemple, mÍme si un monstre les poursuit ?
Je reconnais que, ‡ ce stade de la nÈgo, jíai perdu avec ma patience le fil de mes objectifs didactiques :
– Personne ne te poursuit ‡ part moi. Et cíest si tu ne plonges pas dans cette baignoire ‡ la seconde que tu vas te trouver en grand danger.
ObtempÈrant, le philosophe a grommelÈ :
– La preuve que Áa sert ‡ rien : demain, je suis s˚r que tu voudras encore que je me lave.

Depuis le printemps dernier, il y avait tout de mÍme une chose dont je ne pouvais plus me plaindre : líhygiËne dentaire. Un beau matin, au petit dÈjeuner, la dÈclaration suivante Ètait tombÈe des lËvres barbouillÈes de confiture de mon rejeton :
– Pour mon anniversaire, che veux une broche ‡ dents Èlectrique.
Jíen avais laissÈ tomber ma tartine beurrÈeÖ et couru faire líemplette du bidule. Depuis, le brossage des dents semblait si bien fonctionner que jíenvisageais líacquisition díun zinzin Èlectrique pour bain ‡ remous. Mais tout compte fait, je me demandeÖ Pas plus tard que tout ‡ líheure, tandis que le ronron de líappareil míapportait, comme chaque soir, líassurance auditive du nettoyage en cours, jíouvris inopinÈment la porte de la salle de bains.
Que vis-je ? LíhÈritier, les coudes nonchalamment appuyÈs au lavabo, líúil rÍveur, le menton dans la main gauche, la droite brandissant bien au-dessus de sa tÍte la fameuse brosse ‡ dents ronronnant tout ce quíelle savait.
– Tu te moques de moi ?
– Non, je me repose, rÈtorqua mystÈrieusement mon garÁon.
Bizarrement, moi aussi, tout ‡ coup, je me suis sentie lasseÖ

Allez, salut, bande de parents !

© Muriel Gilbert

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  • Michou 8 janvier 2012 at 10 h 38 min

    Que Áa fait du bien de ne pas se sentir seule ….

  • Muriel Gilbert 8 janvier 2012 at 14 h 17 min

    @ Michou : Bienvenue au club des mËres lasses 🙂