20 décembre 2007
Au secours, mon fils m'apprend la vie ! > Chroniques
Je commenÁais ‡ regarder les dames…
- «a va ? «a a ÈtÈ un peu longÖ Tu ne tíes pas inquiÈtÈ ?
- Ben, tu sais, je commenÁais ‡ regarder les damesÖ
Et fl˚te !… Non, mon gamin de 5 ans níest pas frappÈ de lubricitÈ prÈcoce ñ ou en tout cas, elle ne síÈveille pas pour ce quíil appelle les ´ dames ª. La petite Elodie, je ne dis pasÖ Mais je vous en parlerai une autre fois, de celle-l‡Ö
La scËne, cíest tout simple : il est quatre heures et demie et des poussiËres, je viens de le rÈcupÈrer ‡ la maternelle. Comme souvent, on passe par la boulangerie pour son go˚ter pain au chocolat. Pas de place pour se garer devant, je dÈpose la voiture une rue plus loin, en stationnement interdit. Je suis pressÈe.
- Tu míattends dans la voiture, OK ? Comme Áa, jíirai plus vite.
- OK, fait le petit gars, courageux.
Je sais quíil a le trouillomËtre ‡ zÈro ‡ chaque fois que je lui fais ce coup-l‡, mais cíest la vie, quoi, je fonce.
A la boulangerie, une file díattente díune dizaine de personnes. Jíai dÈj‡ vu moins mais, en gÈnÈral, Áa se dÈgage assez vite. L‡, entre les deux mÙmes qui choisissent un par un les bonbecs ‡ dix centimes, histoire de vraiment en avoir pour leurs sous, et la grosse dame qui en fait autant pour les petits fours, sauf quíelle dÈtaille entre deux sa rÈcente opÈration des varices, quand je suis finalement arrivÈe ‡ la voiture avec son croissant (il níy avait plus de pains au chocolat), Áa devait faire un quart díheure que jíÈtais partie.
La sueur dÈgoulinait sur sa bouille ñ jíai oubliÈ de vous dire que, ce jour-l‡, il faisait trËs chaud, que ma voiture est noire et quíelle Ètait garÈe en plein soleil, que celle qui nía jamais pÈchÈ me jette la premiËre pierre ñ et mon petit mÙme, on aurait dit líun de ces chiots qui dÈpriment dans leur cage sur le quai aux Oiseaux. DÈj‡ Áa, Áa mía fait drÙle au ventre.
L‡, je vous entends díici marmonner que bon, díaccord, elle a fait cuire son fils mais o˘ cíest quíelle veut en venir ? Et díabord o˘ sont passÈes les ´ dames ª du dÈbut ?
Jíy viens. Elles arrivent.
Donc, fin du flash-back. Je míinstalle au volant.
- «a va ? «a a ÈtÈ un peu longÖ Tu ne tíes pas inquiÈtÈ ?
- Ben, tu sais, je commenÁais ‡ regarder les damesÖ
Et fl˚te !… Oui, parce que quíest-ce que Áa veut dire, quíil regardait les dames ? «a veut dire que, quelques jours avant, en essayant de bien faire ñ jíessaie toujours de bien faire, líinconvÈnient cíest que la plupart du temps, le rÈsultat níest pas ‡ la hauteur de mes espÈrances ñ, je míÈtais encore mal dÈbrouillÈe, ‡ líÈvidence.
Jíavais failli le perdre dans un supermarchÈ. Failli, seulement, mais jíen avais tirÈ líidÈe quíil fallait que je lui explique quoi faire au cas o˘ Áa arrive vraiment :
- Si on se perd, dans la rue par exemple, díabord tu restes o˘ tu es, parce que sans doute que je pourrai te retrouver. Si, au bout díun moment, je níarrive pas, tu regardes bien partout si tu ne vois pas un policier, OK ? Síil y en a un, pas de problËme, tu vas le voir, tu lui dis ´ Jíai perdu ma maman ª et tu lui dis ton nom, comme Áa, il me retrouvera, OK ?
- Il va pas me mettre une amende, le policier ?
- Non, les policiers sont toujours gentils avec les petits enfants.
(Comment mon fils voit la marÈchaussÈe, Áa aussi, je vous en parlerai une autre foisÖ)
- Et si je vois pas de policier ? Cíest souvent quíil y en a pas !
- Si tu ne vois pas de policier, tu regardes bien les gens autour de toi. Tu choisis une dame qui a líair díÍtre gentille, qui a une tÍte qui te plaÓt, peut-Ítre une dame avec des enfants. Tu prends tout ton temps pour la choisir, et quand Áa y est, tu vas la voir, tu lui dis ´ Jíai perdu ma maman ª et tu lui demandes quíelle tíemmËne ‡ la police pour quíils me retrouvent, OK ?
- OK, fait le mÙme, ‡ moitiÈ rassurÈ, parce que, quíil puisse me perdre vraiment, je ne suis pas s˚re quíil y ait jamais songÈ avant que je ne lui en injecte líidÈe.
Alors voil‡, síil transpirait si fort, síil ´ commenÁait ‡ regarder les dames ª, cíest quíen plus díÍtre cuit comme un cake, il Ètait aussi mort de trouille. Deux beaux coups dans ma journÈe de mËre.
Je me demande encore si je níaurais pas mieux fait de ne rien lui expliquer. En tout cas, jíaurais sans doute d˚ míy prendre autrement. Je ne sais pas pour vous, mais moi, mÍme en y rÈflÈchissant bien, je crois quíil ne se passe pas une journÈe sans que je me dise que je suis nulle, comme mËre.
Cíest Freud qui me console, la seule de ses phrases que jíaie rÈussi ‡ retenir. Il líavait adressÈe, paraÓt-il, ‡ une jeune mËre dans tous ses Ètats qui lui demandait conseil : ´ Madame, quoi que vous fassiez, vous ferez mal. ª
Il y en a qui trouvent Áa dÈprimant. Moi, Áa me rassure.
Allez, salut, bande de parents !
© Muriel Gilbert
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