Jíai fait un rÍve un peu… porno

C’Ètait un de ces chauds dimanches ensoleillÈs comme Paris sait les concocter ‡ la fin du mois d’ao˚t pour vous faire regretter que les cartables soient dÈj‡ dans les rayons des hypers et que l’ÈtÈ ait ÈtÈ aussi pourri. Mon fiston ‡ moi venait de dÈbarquer de colo, et j’Ètais rÈsolue ‡ en profiter – de lui, et des rayons du soleil. Ses acolytes favoris Ètant encore au vert, j’Ètais parvenue ‡ le convaincre de mettre sur ´ pause ª l’exploration virtuelle d’un tombeau inca, et nous nous baladions dans une quiÈtude toute dominicale, moi marchant tranquillement et lui faisant des allers-retours ‡ toute allure sur ses rollers, escaladant les murets, sautant les trottoirsÖ
– Eh, regarde m’man, t’as vu, t’as vu, j’roule en arriËre !
(Euh, moi, c’est justement dans ces moments-l‡ que je ferme les yeux trËs fort.)
– Eh, m’man, l’aut’ jour, tu m’avais promis un coptail de fruits et on n’a pas eu le temps, tu t’rappelles ?
– On dit cocktail.
– Oui, ben tu m’avais promis. Toute faÁon, faut qu’on s’arrÍte, j’ai un truc que je voudrais te dire, qui s’est passÈ en colo.
Par chance, j’Ètais assise lorsque, sur cette terrasse proche de la place de la RÈpublique, il a dÈclarÈ, grave et rougissant :
– Ce que je voulais te dire, c’est qu’en colo, j’ai fait un rÍve un peuÖ porno.
A 11 ans ?! Over, la paix dominicale : faut rÈagir. J’avale ma salive. Je rÈponds quoi ? En tout cas, c’est fini, je l’envoie plus en colo. Heeeelp, bande de parents ! Au secours, Dolto, Brazelton, Dr Spock !
– J’ai rÍvÈ que Sonia m’embrassait, reprend-il.
– AhÖ etÖ euhÖ c’est tout ?
(Pour ceux qui auraient le mauvais go˚t d’avoir loupÈ les Èpisodes prÈcÈdents, Sonia, c’est sa fiancÈe).
– Ben ouais, juste aprËs, je me suis rÈveillÈ. Ce que je me demande, c’est si c’est normal.
OufÖ D’un seul coup, me revoil‡ en pleine possession de mes moyens, je maÓtrise ‡ fond, et j’explique que mais bien s˚r que c’est normal mon chÈri t’en fais pas.
– Ah, super, alors on y va ?, rÈpond-il, absorbant le fond de son verre dans un grand bruit de paille pleine d’air.
Le temps que, encore lÈgËrement interloquÈe, je chope le garÁon pour payer la note – la ruine, ces coptails de fruits -, il a dÈj‡ roulÈ jusqu’au bout de la rue.
Je commenÁais tout juste ‡ me dÈtendre, lorsque :
– Tiens, m’man, si on prenait cette rue o˘ ya plein de monde ?
J’ai un instant d’hÈsitation – je pressens que ce bel aprËs-midi pourrait bien s’avÈrer tout ‡ fait Èreintant : cette rue porte le joli nom de Saint-Denis (dois-je prÈciser, ‡ l’intention des rares provinciaux qui ignoreraient tout des merveilles culturelles de la capitale, qu’en cet endroit s’exerce un mÈtier auquel d’aucuns ont cru devoir dÈcerner le titre de ´ plus vieux du monde ª ?).
L’hÈritier s’est dÈj‡ engagÈ dans la rue. Je lui emboÓte les roues. Peut-Ítre qu’il faudrait que j’explique ce qui se passe ici. Et puis non, Áa suffit pour aujourd’hui, on verra bienÖ
Et en effet, je ne tarde pas ‡ voir :
– M’man, ya un truc bizarre dans cette rue.
– Ah oui ? Quoi ?, fais-je, aussi naÔvement que possible.
– Ben oui, pourquoi ici toutes les vendeuses sont DEVANT les boutiques ?
AprËs une seconde d’hÈsitation entre franche rigolade et dÈsespoir, j’ai optÈ pour la premiËre solution. Finalement, c’est sans doute pas plus mal de traiter toutes les questions embarrassantes le mÍme jourÖ
Allez, salut, bande de parents !
© Muriel Gilbert

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  • danielle 3 février 2011 at 20 h 21 min

    T’as pas senti ce jour- la le moment venu pour lui expliquer l’histoire de la petite graine? Je sens que nan.
    Des vendeuses, peut Ítre oui? Ya des endroits o˘ les vendeuses faudrait mieux les mettre DERRIERE la boutique.
    Par ex: certaines fois ‡ la vente de tickets ‡ la RATP, ou ‡ La Poste ou… (j’en rajoute pas) :on finirait par regretter « et la p’tite dame elle veut quoi? » et le fameux: « et pour Mme EUH, c’est quoi? ». Et puis dans les services au tÈlÈphone yauraitd’quoi +++ Èpiloguer! Alors aprËs seulement on peut discuter de la juste place dans la boutique
    MoralitÈ: faut voir ‡ l’arrivÈe la qualitÈ du rendu du travail .

  • danielle 5 février 2011 at 13 h 49 min

    Je m’y suis rendue et j’ai appris plein de choses!