I feel trop good !

La condition humaine, vingt et uniËme siËclienne et ien, pas la peine díÍtre un futur ex-ministre de la culture pour savoir que cíest pas du g‚teau. Ben voui. La condition humaine, cíest que, par exemple†:

1/ tu nais,

2/ tu grandis,

3/ tu vieillis,

4/ pis tu meurs.

La condition humaine, cíest pas du g‚teau

Comme je suis un grand mÈdium de mËre en fille, puissant au-del‡ du concevable (dÈsenvo˚tement, retour de líÍtre aimÈ, rÈsultat du prochain OM-PSG), je devine que, toi qui me lis, tu transites actuellement dans líÈtape n∞†3. Sauf si tíes ma niËce Hanna (ma seule lectrice de moins de 12 ans ñ coucou ma beautÈ, cíest qui la meilleure tante de la galaxie, hein, cíest quiiiii†?), auquel cas tu as encore devant toi quelques annÈes n∞†2.

Bon, quand tíes dans ton n∞†1, la condition humaine, cíest pas trop ton problËme. Tíes plutÙt dans le trip dÈgagez-moi ce foutu placenta, et o˘ donc crËche ce tÈton dont jíai ouÔ tant díÈloges. Quand tíes en plein 2, tu voudrais Ítre en fin de 2, histoire de pouvoir aller te coucher aprËs minuit sans ranger ta chambre ni finir tes carottes r‚pÈes. Mais rares sont les originaux qui bouillent díimpatience ‡ líidÈe díarriver au cúur du n∞†3. Sans parler du 4. Líennui, cíest que tías pas le choix, tu passeras par les 4 Ètapes. Cíest Áa, la condition humaine.

La zone la plus longue Ètant la troisiËme, tu ferais aussi bien díen prendre ton parti. Au dÈbut, elle est díailleurs plutÙt confortable, et il serait dommage, sous prÈtexte de quelques rides et dÈfauts de fermetÈ, díoublier díen profiter. NÈanmoins, plus tu sens, faÁon ´†Intervilles Ch‚teauroux-Limoges†ª 1976, la pente savonneuse síincliner inexorablement vers le n∞†4, plus tu trouves que la condition humaine, ben faut síla faire. Et tías pas tort.

Síil síagissait seulement díeffectuer un rapide et gracieux plongeon final, aprËs tout, cíest quíun mauvais moment ‡ passer, comme disait le sentimental bourreau ‡ son client anxieux. Malheureusement, dËs lors que tías eu la chance díÈchapper ‡ la mort subite du nourrisson, ‡ líaccident de scooter, ‡ líÈlectrocution par changement díampoule en baignoire et ‡ líempoisonnement par conjoint crispÈ, ben te vl‡ un beau jour obligÈ de te coltiner le bout du bout du n∞†3. L‡ ousque les dames ont du poil au menton et les messieurs des mamelles, pour rÈsumer. Reconnaissons que cíest une perspective qui ne mÈrite pas trois Ètoiles au Michelin.

Sauf que siiii

Sauf que.

Sauf que siiiiii, vingt et uniËme siËclienne ou ien†! Si, car je viens de faire une dÈcouverte qui change tout. Un truc magique, qui te colle une furieuse envie de te prendre toutes affaires cessantes un demi-siËcle dans les dents (tu me connais, je míenthousiasme). Cette dÈcouverte, cíest un film. Le DVD traÓnait ingÈnument sur líÈtagËre ´†nouveautÈs†ª de la DVDthËque de mon boulot. Par ces temps qui courent lÈgËrement de traviole, un truc qui síappelle ´†I Feel Good†ª peut pas me faire de mal, je me suis dit.

Tu vas pas me croire. Le film qui a changÈ ma vie, quíest illico devenu mon prÈfÈrÈ de tous les temps, et mÍme sans doute de toute líannÈe 2010, cíest un film o˘ ya QUE DES VIEUX. Attention, pas des ´†seniors†ª bronzÈs qui font le tour de la grande pyramide díEgipe en autocar climatisÈ. Nan, des vieeeuuuux, chíte dis. Des vieux tellement vieux que mÍme leur langue est vieille. Que mÍme leur voix est vieille. Qui marchent avec des tas de cannes, quand ils marchent. Qui traÓnent leur bouteille díoxygËne comme un vieux chien asthmatique. Des vieux en bout de bout de phase n∞†3, quoi. Normalement, tu vois un reportage sur des gonzes de cet ‚ge, tu te dÈpÍches de tíinscrire ‡ un cours de núuds coulants, histoire de jamais atteindre líÈtape cruciale†: celle o˘ tu ne peux plus changer tes couches toi-mÍme.

Líune des premiËres images du film, tu te prends pleine poire une bouche grande ouverte, gros plan sur une langue fendue díusure qui pousse un grand cri†: ´†AAAAAAAAAAAAhhh†ª. Puis ´†Darliní you gotta let me know, Should I stay or should I go†ª Et te voil‡ embringuÈ, irrÈmÈdiable, pour une heure de tubes punk, soul et hard, appris en toute douleur et joie puis interprÈtÈs par une meute de nonagÈnaires fous remuants, hurlant leur Ènergie, leur bonheur de vivre, et le partageant, nom de dieu, avec quelle force. Sans dÈflorer le truc, amour spÈcial au chef de chúur, si magnifiquement dÈnuÈ de pitiÈ, aux trois lascars (deux gars, une fille) beuglant ‡ líunisson dans leur bagnole pourrie, au spectacle dans la cour de la prison qui tire des larmes aux tatouÈs, au show final, apothÈose. Ya de líamour, de la vie, du suspense, des morts (oh que oui, des morts), et des tonnes de plaisir dans ce film. Tu Èteins la tÈlÈ, tu chantes encore, et tías envie díÍtre vieux, de vivre, de chanter jusquí‡ ce que mort síensuive, comme eux, les Young@Heart. Le mode díemploi de la vie, finalement, je me demande si ce serait pas de chanter. En chúur. A louer voler tÈlÈcharger†toutes affaires cessantes.

Va voir†le site du film, la bande annonce, tu vas tout comprendre. I feel good†! Waow.

Allez, vingt et uniËme siËclienne ou ien, feel good avec les Young@Heart, et vieillis de plaisir.

© Muriel Gilbert

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