Pamela, Einstein des merlans

Après le poil de gars et le poil de zyeux, habitant du siècle numéro vingt et un, nous allons aujourd’hui ouvrir un nouveau chapitre velu de notre thèse en détaillologie de la vie.
Du poil, – t’as remarqué ? –, Homo sapiens en a moins que d’autres mammifères, mais plus que d’autres animaux (moins qu’un chien, plus qu’un poisson). Chez l’humain, le poil est lo-ca-li-sé. Et, selon sa localisation, il est plus ou moins le bienvenu (le premier qui apparaît au menton d’un garçon, c’est la fête à Neu-Neu ; sur celui d’une femme, c’est le début de la pente savonneuse vers la vieille tata qui pique). Mais laissons là les poils au menton, causons poils au carafon.

Poil au menton ou poil au carafon

Car figure-toi que j’avais un problème de coiffeur. Dans la vie, des fois, tu trouves un coiffeur ou feuse (souvent feuse) que tu sens que vos esprits, ça connecte. Le signe qui ne trompe pas, c’est que, contrairement à ce qui se produit avec ses congénères, quand tu sors de chez elle, tu te trouves plus belle qu’en entrant. Tu files pas direct sous la douche pour aplatir son brushing.

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Mais un  jour, tu déménages, ou elle déménage, et tu erres pendant une durée indéterminée dans un no-man’s-land éprouvant de coiffeurs qui comprennent pas ta conception de ton toi profond capillaire. J’étais perdue dans ce purgatoire depuis des mois, quand j’ai fini par avouer mon problème à ma copine Nelly.
– Tu veux vraiment mon avis ?, qu’elle me fait avec une tête de condoléances.
OK. Ya urgence. Et elle me convainc d’essayer la sienne, de capillicultrice. « Depuis l’temps que chte l’dis. Tiens, vlà le numéro. Tu demandes Pamela. » Illico, je visualise la pétasse à crinière blonde bouclée et poitrine gonflée à l’hélium.

Quand j’ai vu le salon, j’en ai mené relativement peu large. Il faut dire que, Nelly et moi, on habite une banlieue pas glamourissime. La boutique était comme ça : pas glamourissime, avec une faute d’orthographe en devanture (tu sais comme je suis sensible en la matière). Tu pousses la porte, une petite pièce farcie de mémés en état de décomposition plus ou moins avancée sous les séchoirs, et deux paires de béquilles (DEUX !) dans le porte-parapluies. Il fait une chaleur d’hosto, mais tu ne songes même pas à maintenir la porte ouverte, tu sens bien qu’au moindre courant d’air deux ou trois clientes pourraient y laisser leur peau.

Une cliente de partie, une paire de béquilles en moins

Les jambes en coton et néanmoins tentée de les prendre à mon cou, je cherche du regard la péroxydée à forte poitrine. Ya qu’une brune en pyjama à rayures et à lunettes moches, cheveux courts permanentés, pas un poil qui bouge, qui m’installe gentiment avec un tas d’hebdos-catastrophe. En parcourant les images de tremblement de terre tandis que la couleur infuse sur mon crâne dans une odeur âcre, je me raisonne : même si je sors violet-bleu, comme la rombière qui boîte présentement vers la porte, allez, courage, yaura pas mort d’homme. Et pis, une cliente de partie, ça fait toujours une paire de béquilles de moins.
– Vous avez trouvé un modèèèèèèle ?
– Euh, nan. Mais, euh, j’ai une photo, là, je peux vous montrer ?

Eh ben, Pamela, elle m’a posé toutes les questions ultrapertinentes sur la longueur, la forme, tout ce qu’elle avait besoin de savoir en plus de la photo, et, tu le croiras pas, je suis sortie avec pile poil la toison que je voulais. Pamela en pyjama, c’est l’Einstein des coiffeuses. Pamela, je t’aime. J’aime ton pyjama. J’aime tes clientes barbues.
Allez, habitant du siècle numéro vingt et un, va en paix chez le merlan, laisse tes a priori dans le porte-parapluies et ne coupe jamais les cheveux en plus de quatre, sauf à la lune montante.

Chronique T’as remarqué, en direct sur France Inter chaque lundi à 5 h 50, dans la joyeuse émission de Brigitte Patient, Un jour tout neuf.
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© Muriel Gilbert

 

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  • Béatrice 30 avril 2012 at 8 h 46 min

    La coiffeuse et la dentiste, une fois que j’ai trouvé la bonne (fait pour les deux), je ne change plus …
    T’as pas mis de photo (de toi) (enfin j’espère 😉 ), dommage !!

  • Cathy 30 avril 2012 at 12 h 16 min

    Non mais tu sais quoi ? J’ai vécu la même chose. Je déteste aller chez le coiffeur, ils ne me comprennent jamais et ont la fâcheuse manie de me raconter leur vie pour connaitre la mienne et vu que je suis antisociale … Je me suis retrouvée chez la coiffeuse de mon père ( 84 ans) et de sa concubine ( 78 ans) au fond d’un impasse d’un bled de Vendée et tu sais quoi ? J’en suis sortie RA-VIE !!!!

  • Izzie 30 avril 2012 at 13 h 05 min

    Mais elle m’a tout l’air de la coiffeuse miracle ta Pamela , je veux la même !
    Tu n’en connaitrais pas une sur Paris par hasard ? Non parce que là , j’erre moi aussi dans le No Man’s Land capillaire. Au secours !!!

  • MamyS 30 avril 2012 at 13 h 30 min

    Le coiffeur c’est un truc vachement difficile à trouver. En arrivant à N ickelcity, on a eu un coup de chance incroyable! Elle coupe les cheveux du Héros et sait faire une vraie belle nuque propre! Et quand j’ai voulu une frange, elle m’a écoutée et n’a jamais proposé de couper autre chose que ladite frange! Une perle! Et des tarifs que je te dis que ça: shampoing, coupe de la frange, brushing sur cheveux très longs bouclés (je les voulais lisses ce jour-là): 17 euros!
    C’est pas LE salon à la mode d’ici, mais je ne veux pas en connaître d’autre!

  • Cambroussienne 30 avril 2012 at 13 h 34 min

    J’ai renoncé à trouver le figaro dont rêvent ma tignasse. A défaut, j’ai celui qui me faire rire tant ses réflexions sont ingénues (imagine Eve Angelli coiffeuse)…

  • Poulette Dodue 30 avril 2012 at 13 h 51 min

    Ce billet m’a littéralement fais craquer !! Entendons j’ai mis 15′ a rire comme une hyène et autant à m’en remettre !
    RDV mercredi chez le coupetif, j’ai le gout du risque je suis cliente au CFA (centre de formation , ce sont des apprentis qui s’exercent donc !)

    • Céquiaile 2 mai 2012 at 13 h 48 min

      En vla une qu’est optimiste ou qu’a une sacrée tignasse

  • Dame Petunia 30 avril 2012 at 14 h 56 min

    C’est exactement ce que j’ai vécu en emménageant dans ma maison ! Je cherchais plutôt un salon « sans rendez-vous ».

    J’arrive dans un salon peint en bleu et jaune (beurk cette mode) et j’y apperçois une coiffeuse aux cheveux permanentés presque cramés… J’ai peur…

    Ca n’est pas elle qui s’occupe de moi (ouf !) mais une jeune et jolie jeune fille qui comprend exactement ce que je veux et qui me fait une coupe parfaite !

    Ma coiffeuse, je l’aime… Tellement que je me lève aux aurores le samedi matin pour pouvoir continuer à me faire coiffer par elle et dans ce salon alors qu’il serait plus facile d’opter pour un des salons de la rue où se trouve mon commerce…

  • maman est occupée 30 avril 2012 at 17 h 11 min

    Ne jamais se fier aux apparences… 😉

  • Zette 30 avril 2012 at 17 h 37 min

    Derrière chaque bas de pyjama, il y a une génie crânien qui dort.
    Imagine c’est son costume magique le pyjama.
    Et que sans lui, elle perd ses pouvoir capillaires magiques.
    Méfie-toi quand tu y reviendras, si elle porte effectivement le poitrail gazeux et tout le kit de la pétasse qui va avec.

    • Céquiaile 2 mai 2012 at 13 h 50 min

      ou la chemise de nuit de Wendy quand le pyg est dans la machine

  • Muriel Gilbert 30 avril 2012 at 19 h 13 min

    @ Béatrice : Mais moi j’avais changé de boulot, et la coiffeuse d’avant était trop loin maintenant…
    @ Cathy : Ca doit être la cousine de province de Pamela.
    @ Izzie : Celle-là est en banlieue, mais banlieue avec métro parisien. Si tu veux, je te donne l’adresse.
    @ MamyS : Alors là, pour les tarifs, elle est imbattable, la tienne !
    @ Cambroussienne : En effet, ça mérite d’y sacrifier ses cheveux 😉
    @ Poulette : Et en plus, jamais les mêmes ! Vraiment, tu es une kamikaze.
    @ Petunia : C’est ça, on s’attache, hein ?

  • Céquiaile 2 mai 2012 at 13 h 52 min

    Une petite question: tu lui as montré ton article à ta Pamella????????? Hum…

  • Fabienne 2 mai 2012 at 16 h 28 min

    Je confirme: tu es plus belle que jamais et j’aime beaucoup le nouveau blond cendré que tu arbores! Je ne te l’ai pas dit de vive voix parce que je te fais déjà beaucoup trop de compliments , mais bon, puisque tu en parles, je ne me censure plus!

  • Poulette Dodue 2 mai 2012 at 21 h 36 min

    Bilan : coupe et couleur au top, apprentie toute chouppi (et figures toi qu’elle m’avait déjà coupé en décembre !) et le tout pour 15 € . ravie ravie.
    Bises

  • Muriel Gilbert 4 mai 2012 at 18 h 56 min

    @ Céquiaile : Non. Et même j’ai changé son prénom (également évocateur de blondeur siliconée) pour qu’elle ne se reconnaisse pas.
    @ Fabienne : Les compliments, je m’en lasse pas. Un genre de boulimie. Un autre ?
    @ Poulette : Dommage qu’elle soit aussi loin de chez moi, j’aurais testé !