Halte au vieillissement de lardon

Je viens en cet hiver tout sombre vous apporter le fruit de ma rÈflexion sur une douloureuse rÈalitÈ ‡ laquelle se trouvent confrontÈs la plupart des parents : le vieillissement des enfants.
En effet, quíon síen rÈjouisse ou le dÈplore, il est dans la nature de líenfant de grandir, donc de cesser progressivement díen Ítre un ñ díenfant, je veux dire. Díun certain point de vue, avouons-le honnÍtement, cette tendance au vieillissement est regrettable, et ce díautant plus quíelle est, en líÈtat actuel de nos connaissances, irrÈversible. Prenez un dÈgingandÈ de 10 ans : o˘ sont les fossettes díantan ? Et les tendres c‚lins ‡ maman ?

Je me faisais cette rÈflexion il y a peu en examinant le mien, de bambin, qui arpente notre planËte bleue depuis guËre moins díune dÈcennie, et qui venait de rÈpondre ‡ ma naÔve sollicitation de bisou matinal : ´ Et si on se contentait díune bonne poignÈe de main bien franche ? ª Savoir quíil síagissait probablement díune citation directement tirÈe díun dessin animÈ japonais níallÈgea que faiblement le lÈgitime chagrin qui síempara alors de mon ‚me maternelleÖ

***Au bord de la crise walt-disneyique***

Mais revenons ‡ nos lardons. Puisque toute mÈdaille comporte son revers et inversement, cette inÈluctable Èvolution prÈsente, ‡ y bien rÈflÈchir, quelques avantages significatifs. Et je le prouve : plus de fossettes, díaccord, mais plus de couches ‡ changer, plus de braillements nocturnes, plus de jeux dÈbiles ñ mon fils ‡ moi, par exemple, vient díapprendre la belote, cíest toujours mieux que le jeu de líoieÖ Adieu aussi les films stupides. «a nía líair de rien, mais cíest un vrai soulagement :
– Je veux voir ´ Mission espionnage ª, a annoncÈ mon garÁon en consultant le programme de cinÈma mercredi dernier.
– Mais, mon chÈri, cíest un film de grandsÖ
– ´ Tout public ª, cíest Ècrit, Áa veut dire aussi les enfants.
Figurez-vous que jíai eu la surprise díÍtre ravie de son choix ñ insensiblement, cette derniËre dÈcennie mía poussÈe au bord de la crise walt-disneyique.

Lorsque, ‡ líissue de 25 minutes de queue, nous sommes parvenus sous le menton de la caissiËre haut perchÈe, elle a persiflÈ :
– Il lit les sous-titres, ce petit ?
Saperlipopette (1), jíavais pas pensÈ ‡ Áa. De líautre cÙtÈ de líavenue, le film passait en version franÁaise. Evidemment, on a manquÈ le dÈbut de la sÈance. Cíest peut-Ítre pour cette raison que je níai pas bien compris.
– Cíest qui, le hÈros, maman ?, síest prudemment renseignÈ mon hÈritier dËs que nous nous sommes assis.
– Le beau, l‡, avec les cheveux blonds.

***Les bisous, cíest obligÈ, que Áa síarrÍte ?***

Puis, alors que la vie du blond ne tenait plus quí‡ un fil :
– Maman, tíes s˚re que cíest lui, le hÈros ? Il peut pas mourir, alors ?
– Pas avant la fin, en tout cas.
– Et tíes s˚re que cíest pas la fin ?
Les spectateurs installÈs autour de nous ont profitÈ de mes explications embrouillÈes, mais jíaurais voulu vous y voir, le hÈros devenait traÓtre, et sa fiancÈe avait líair díÍtre traÓtre, mais en fait cíÈtait une gentille, mais elle le trahissait, lui, ce qui Ètait tout naturel puisque finalement cíÈtait un traÓtre. Enfin, je ne suis pas trËs s˚re. Je comprenais mieux les dessins animÈs. Toujours est-il quíen sortant mon fils Ètait ravi. Au point quíil mía aplati la joue díun bisou ravageur. Peut-Ítre que, au fond, cíest pas obligÈ que Áa síarrÍte en grandissant, les bisous ?

Allez, salut, bande de parents !

© Muriel Gilbert
(1) ´ Saperlipopette ª, quel joli mot en voie de disparition. Un mot qui a vieilli, lui aussi, quoiÖ Je jure de líutiliser une fois par jour ‡ compter díaujourdíhui pour lui redonner une jeunesse. Cíest quel mot, que vous voudriez sauver, vous ?

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