Fais prendre líair ‡ tes dents

Tu commences ‡ savoir, vingt et uniËme siËclienne ou ien, que le moindre des dÈsagrÈments de la vie ordinaire se transforme immanquablement chez ta serviteuse au blog rose en prÈtexte ‡ philosophie intellodÈcoiffante. Le BÈhachel du poil incarnÈ, cíest bibi. L‡, par exemple, telle que tu me vois, jíÈmerge de líascenseur de mon boulot, et je sens que me monte au nez une grosse grosse envie de philosopher. Voil‡.

Ou bien je suis en train de virer vieille bique†?

Tías remarquÈ, vingt et uniËme siËclienne ou ien, le nombre de gonzes qui disent pas bonjour†? Cíest moi ou cíest de pire en pire†? Cíest marrant, parce que cíest pourtant simple, tu pourrais croire. «a fait partie des premiers trucs quíon exige díun marmot†: dis bonjour ‡ la dame. Vers les 3, 4 ans, Áa devrait Ítre acquis, nan†? Ou je suis en train de virer vieille bique†?

Attention, chuis au courant†: ya des endroits, faut SURTOUT PAS dire bonjour. A Paris, par exemple, quand tu montes dans un bus, si tu dis bonjour ‡ la cantonade, premiËrement on ne te rÈpond pas ñ cíest la moindre des choses ñ, mais en plus on te regarde de traviole (´†Dangereuse perverse†? DÈbile mentale†? HmmÖ†ª) Bref, vingt et uniËme siËclienne ou ien de la verte province, si je peux te donner un conseil, au cas o˘ un jour tu tíapproches de la capitale, ne te risque pas ‡ ce genre de pratique. Lancer un grand bonjour joyeux en montant dans le bus, chez nous, cíest un peu comme montrer sa culotte†: cíest dÈplacÈ.

Comme si tu venais de dÈvoiler des penchants zoophiles

Et figure-toi que cíest pas trËs diffÈrent dans le voisinage de certains riants voisins de ma connaissance. Ou collËgues de boulot. L‡ o˘ je boulotte, par exemple, un bon quart des gens que tu croises dans les couloirs ne saluent pas. Les plus grands maÓtres du genre rÈsistent jusque dans les deux mËtres cubes de líascenseur, enfermÈs en tÍte ‡ tÍte, et y compris lorsque tu les salues. Ils lËvent un úil morne sur ton insignifiance, te toisent comme si tu venais de dÈvoiler des penchants zoophiles, puis se recoiffent en se regardant dans le miroir, comme si tíÈtais pas l‡. Tu me crois pas, tías quí‡ venir. Cíest pas les grosses lÈgumes qui pratiquent la chose avec le plus de talent.

Au dÈbut, tíes un peu glacÈ, mais tu me connais, pas du genre ‡ me laisser abattre sans rigoler un peu, je me suis fixÈ une espËce de challenge†: forcer les non-bonjouriens ‡ saluer. Cíest simple†: tu te plantes bien droit devant eux, tu fais ton sourire le plus plein de dents et tu trompettes un ´†bonjour†!†ª quíAchille Zavatta tíenvierait síil síÈtait pas dÈj‡ suicidÈ.

´†O˘ cíest que cíest Ècrit quíil faut sourire†?†ª

La premiËre fois, Áa marche pas forcÈment, ils sont pris de court, la surprise est trop grande. Ne rel‚che pas ton effort. Au bout díune dizaine de coups de trompette, si tu tíes pas tirÈ une balle avant, ils commencent ‡ rÈpondre. Ou mÍme ‡ anticiper líappel. Tu as gÈnÈrÈ une espËce de rÈflexe conditionnÈ, comme Konrad Lorenz avec les oies. Bref, tías gagnȆ!

Ö Que tu crois. Parce que voil‡. Parfois, tíes confrontÈ(e) ‡ un hic. Le hic, cíest le mec que, quand tu lui trompettes un ´†BONJOUR†!†ª plein de dents en pleine tronche, certes il se sent obligÈ de rÈpondre, mais juste un microbonjour de merde, tu vois, avec une tronche de porte de prison. «a síappelle un ´†salut†minimum syndical†ª, celui qui signifie ´†Jíai dit bonjour, je ne suis donc pas un goujat impoli. Jíai pas souri, OK, o˘ cíest que cíest Ècrit quíil faut sourire†?†ª Ceux-l‡, du type de celui que je viens de laisser derriËre moi dans líascenseur ñ quíil moisisse derriËre ses portes bloquÈes pendant tout le week-end ñ sont pires que les non-bonjouriens. Cíest des militants pratiquants extrÈmistes doctrinaires dogmatiques de la dÈsagrÈabletÈ. Face ‡ eux, une seule chose ‡ faire†: sourire, sourire encore et toujours, sourire ‡ dents dÈployÈes.

Pas pour les changer, juste parce que cíest bon pour tes endorphines ‡ toi, qui combattent les rides disgracieuses et les ulcËres ‡ líestomac.

Ah, et bande de parents, je suggËre quand mÍme une rÈforme radicale de líÈducation familiale†: ‡ partir de maintenant, on ne dit plus ´†dis bonjour ‡ la dame†ª mais ´†souris ‡ la dame†ª†: cíest nettement plus important.

Allez, vingt et uniËme siËclienne ou ien, souris ‡ pleins poumons, fais prendre líair ‡ tes dents†!

© Muriel Gilbert

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  • Daydreamer 23 mai 2011 at 19 h 46 min

    ah ouais, je vois… le hic majeur de ma boite, ce ne sont pas les non-bonjouriens (sauf quand tu dois te les colleter ‡ moins d’un mËtre pendant 3h30) ce sont les autres: les serre-moi-la-louchiens et les ici-on-se-fait-la-bisiens… Ma nouvelle chef, aujourd’hui, elle m’a accueillie par « on se fait la bise? » avec un grand sourire… 🙁