Le curé, sa mère et la cultophobique

« Le siècle numéro vingt et un sera religieux ou ne sera pas », avait dit en substance un gars qui – t’as remarqué ? – n’avait pas tort. Ce qui ne l’empêche pas d’être entièrement mort aujourd’hui, habitant du siècle numéro vingt et un, comme quoi, avoir raison, c’est très surfait.
Personnellement, ça ne fait pas mon affaire, cette histoire, car je souffre d’un sévère handicap du culte. Aussi loin que je me souvienne, depuis les temps antédiluviens où j’aurais pourtant bien aimé être photographiée comme ma cousine en robe blanche de communiante, qu’avec un peu d’imagination on dirait un déguisement de princesse, les églises m’ont toujours collé la chair de poule. L’odeur de moisi poussiéreux mêlé d’encens refroidi, la température glaciale, l’obscurité, le silence… un genre de caveau avant l’heure avec comte Dracula plus ou moins en option.

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Si ça se trouve, c’est à cause de mon baptême. Il paraît que ma marraine a oublié de venir. Des bras de rechange ont dû me porter sur les fonts baptismaux. Bref, métaphoriquement, j’ai été lâchée dans le bénitier, limite noyée. Le genre d’eau bénite dont on fait les plus belles névroses.
Résultat, jamais je ne pousserais seule la lourde porte de chêne amoureusement cirée par la bonne et le fan-club du curé d’une église, aussi truffée de trésors Renaissance soit-elle, l’église. Pas de jaloux, j’entre tout pareillement à reculons dans une splendide mosquée ou un épatant temple tibétain.

Quand je croise une religieuse, je sors ma gousse d’ail

Quand je croise une religieuse, je sors ma gousse d’ail, idem pour la version mollement testostéronée que représente le curé en sandales et chaussettes. Ou tout Homo sapiens affichant des signes extérieurs de religiosité tristoune, foulard islamique et perruque religieuse compris. Me jette pas la pierre, c’est une maladie, ch’te dis, la cultophobie.
Tout ça pour te dire quoi, habitant du siècle numéro vingt et un ? Tout ça pour te dire que je suis tombée par terre de surprise en tombant en amour pour ce documentaire qui raconte sept ans de la vie d’un type qui rêve de devenir… curé.

Stefano veut devenir cure

Stéphane/Stefano, il veut devenir curé...

Stefano et sa mère

... mais sa maman, euh, non.

Année après année, mois après mois, le réalisateur, Ariel Camacho, a suivi le chemin de Stéphane et celui de sa mère, aux convictions opposées. Sans aucune démonstration ni commentaire, tu comprends comment, dans cet environnement favorisé par les dieux du flouse et de l’intelligence, la vie et ses accidents vaches a fait naître cette vocation aussi irrévocable pour lui que difficile à accepter pour sa famille. Une histoire de convictions inébranlables, de dialogue, de respect et d’amour à te faire rire aux larmes et pleurer aux éclats.
Stéphane n’est qu’en début de carrière, pourtant il est déjà en bonne voie pour devenir une sorte de « gros bonnet au Vatican », comme l’exige sa grand-mère ritale au début du film, non sans lui assener un énergique « Que cretino ! » quand il lui avoue n’avoir jamais couché avec une fille. Amour spécial quand même à sa mère, qui, dès le début du docu, se demande, avec un sourire si fin et plein de tendresse « pourquoi on veut des enfants » alors que c’est « si compliqué ».
C’est ce soir, lundi 16 avril, à 0.05 sur France 3 (oui, c’est trop tard, ya même des rediffs dans la semaine à 3 heures du mat).
« 7 ans de conviction », enfin un film de c…ulte pour toute la famille.

"Que cretino !"

"Que cretino !"

Sinon, pour ma cultophobie, habitant du siècle numéro vingt et un, j’ai trouvé une solution sur Internet : je vais mettre un cierge à sainte Gertrude de Nivelles, il paraît que son intercession est efficace contre la peur des souris et les maladies mentales. Ça peut pas rater.

Chronique T’as remarqué, en direct sur France Inter chaque lundi à 5 h 50, dans la joyeuse émission de Brigitte Patient, Un jour tout neuf.
Ou alors, en cliquant plus haut, sur le logo France Inter, on écoute en podcast quand on veut, youpi.

© Muriel Gilbert

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  • Mme Statler 16 avril 2012 at 9 h 34 min

    ma mère a faillit m’étouffer à coup de dragées le jour de mon baptême… je comprends mieux maintenant d’où je tiens ma cultophobie

  • Gaëlle 16 avril 2012 at 9 h 59 min

    Sinon les religieuses, en pâtisserie, dis-moi que tu les aimes bien quand même celles-là ?

    • Céquiaile 16 avril 2012 at 14 h 31 min

      ça existe ne version light?

  • Poulette Dodue 16 avril 2012 at 10 h 37 min

    L’agnostique que je suis devrait apprécier ce film .
    Je vais l’enregistrer tiens !
    Merci sainte Mumu .

  • Béatrice 16 avril 2012 at 12 h 48 min

    Sainte Gertrude de Nivelles ….. !!! 😉

  • Céquiaile 16 avril 2012 at 14 h 27 min

    « Le XXIème siècle … religieux … », dixit Dédé M. Comprends pas l’étonnement sur sa mortitude. Manquerait plus qu’il soit encore debout, lui et tous ceux qui ont dit des choses vraies (ou qui se sont avérées vraies à la longue … et même si on évite de citer Jésus et ses copains malgré cette période pascale par manque de preuves).
    Manquerait plus! Déjà qu’il y a pléthore d’humains, surpopu ta race, alors où irait-on?

  • prettyzoely 16 avril 2012 at 15 h 10 min

    bonjour chroniqueuse du vingt et unième siècle 😉
    soit dit en passant, je vais à l’église de l’ile saint-louis de temps en temps car je trouve cet endroit tellement apaisant…et je ne suis pas catholique 😉

  • Muriel Gilbert 16 avril 2012 at 17 h 39 min

    @ Mme Statler : On va créer un club des traumatisés du baptême.
    @ Gaelle : Au chocolat, oui. Mais je préfère les éclairs, c’est plus facile à manger 😀
    @ Céquiaile : L’éclair ?
    @ POulette : C’est un film pour tous. Je suis sûre qu’il plaira aux croyants comme aux agnostiques.
    @ Béatrice : Tu l’as jamais priée ?
    @ Céquiaile : C’est juste mon style d’humour, c’est pas grave.

  • Béatrice 16 avril 2012 at 18 h 09 min

    Nan, moi je suis abonnée à Sainte Rita en ce moment (les causes perdues …) 😉

  • peache 17 avril 2012 at 10 h 48 min

    les religions, que d’aucuns ont accusées d’être l’opium des peuples, en sont parfois la consolation. En tout état de cause, la liberté de chacun de croire en ce qu’il veut est indiscutable. Mais vous en parlez avec un humour …miraculeux! allez en.. paie, dit le dieu des sous

  • Dame Petunia 17 avril 2012 at 12 h 52 min

    « L’odeur de moisi poussiéreux mêlé d’encens refroidi, la température glaciale, l’obscurité, le silence… » : C’est tout ce que j’aime dans les églises !!! Je sais, je suis bizarre…

    Et puis j’adore les « vrais curés », j’entends par là ceux qui sont lookés à l’ancienne avec robe, grosse corde/ceinture, sandales, et gros ventre ! (oui, un curé gros, c’est mieux). J’en connais un qui chante drôlement bien et qui te guérirait de ta cultophobie !

  • Muriel Gilbert 17 avril 2012 at 16 h 04 min

    @ Prettyzoely : Ma dircom ! Je sais, c’est moi qui suis pas normale. Tiens, je t’imaginais pas à Paris…
    @ Béatrice : Des fois, faut essayer des saints plus rares. Yen a pas un pour les causes pas tout à fait perdues ?
    @ Peache : L’opium aussi est souvent utilisé comme consolation… Mais pour être sérieuse, en effet, pour moi, une seule chose est essentielle : que chacun puisse croire ou non à ce qu’il veut ou à rien, en toute liberté.
    @ Dame Petunia : Stéphane a déjà quasiment réussi. Et avec tous les cierges que je mets à Ste Gertrude de Nivelle, tu verras, bientôt, je vais entrer dans les ordres 😉

  • unehistoire 18 avril 2012 at 10 h 41 min

    D’Unehistoire de convictions inébranlables à l’aveu de  » n’avoir jamais couché avec une fille.  » doit-on le prendre homo ?

  • Muriel Gilbert 18 avril 2012 at 17 h 24 min

    @unehistoire : Ya les hétéros, ya les homos, et ya aussi les ni-ni. C’est peut-être un ni-ni.

  • unehistoire 18 avril 2012 at 17 h 28 min

    Mon curé chez les ni-nistes ?

    Ou bien est-ce Mélanchon qui se prend Mitterand
    dans un remake de
     » Heureux qui commu ni-niste ? « 

  • Le curé 18 avril 2012 at 23 h 45 min

    @Muriel Gilbert: Le curé et sa mère attendent la cultophobe à St Paul ou à Rome.
    Pour ma part, je vais mettre un cierge à Sainte Monique qui a tant priée pour son fils Augustin… qu’il est devenu prêtre, évêque, docteur de l’Eglise et saint… Bientôt le titre « Muriel G. : de cultophobe à cultophile. »
    don Stefano, ministre du culte.
    ps: Il n’y a que les anges qui sont des ni-ni, mais il existe encore des fous qui couchent après leur mariage (et sinon tant pis…).

  • Muriel Gilbert 19 avril 2012 at 15 h 17 min

    @ Le curé : Comme je suis contente de recevoir don Stefano, ministre du culte, en ces (presque tout) roses lieux ! Bienvenue. Je boucle ma valise pour Rome, et j’arrive, via Saint-Paul (je voudrais pas rater la maman). Pas impossible que je finisse le voyage du « phobe » au « phile » 😀