Des filles, des ‚nes, des sacs et des chameaux

-Tiens-moi ce sac, l‡Ö Non, líautre ! Vooooil‡, attends, jíouvre mon parapluie et je tíabrite.

Vingt et uniËme siËclienne ou ien, je sais pas chez toi, mais ‡ Paris, les averses commencent pile au moment o˘ tu sors du boulot. L‡, ma copine agrippe ‡ grand-peine le plastique que je lui tends, embarrassÈe quíelle est de son sac ‡ main et de deux ou trois sachets de supÈrette, sans compter ce truc ‡ bretelles qui ne quitte jamais son dos. Moi, je míescrime ‡ dÈmÍler le pÈpin automatique de líanse díun x-iËme cabas. Deux baudets du Poitou chargÈs de grappes de contenants de tout poil qui avancent cahin-caha sous un parapluie trop petit et une pluie glaciale. Il ne nous manque quíun Jerrycan.

Ya que les filles qui traÓnent plus díun sac

Ridicules. On est ridicules. Coup díúil circulaire, histoire de vÈrifier quíon est bien la risÈe de la foule. Tiens, petit youpie, la foule nous ignore. Elle se contente de passer. Tiens tiens, les autres passantes charrient autant de colis que nous deuxÖ Et les passants ? Rien. Mains frileusement enfoncÈes dans les poches, les passants, ou solidement accrochÈes au pÈpin. Ben merde alors.

Dans le mÈtro, díinstinct, je poursuis le sondage. SoupÁons confirmÈs : ya que les filles qui traÓnent plus díun sac par individu. Vingt et uniËme siËclienne, vingt et uniËme siËclien, tu me connais dÈsormais suffisamment pour avoir compris quíun tel dÈcalage ne pouvait quíÈveiller mon insatiable curiositÈ scientifique.

Prenons un cobaye au hasardÖ

Justement, me voici qui pousse de líÈpaule la porte de la maison, rompue par une journÈe de dur labeur aux champs et prËs díune heure de transport. Hop, analysons mÈthodiquement le chargement qui, ouf, dÈgringole ‡ mes pieds dans líentrÈe. «a nous fait, voyonsÖ un, deux, trois, quatre sacs. En tout, un peu plus de, voyonsÖ, 6 kg sur la balance Èlectronique de la salle de bains. DÈtaillons. Ce petit plastique blanc contient 1 kg de raisin. Ben quoi, fiston adore Áa. Le sac ‡ dos en acrylique rouge ? Mes affaires de yoga, pardi. 1,5 kg de T-shirt, pull doudou et pantalon mou ad-hoc. La pochette en papier glacÈ immaculÈ ? Une adorable chose rouge toute simple, la seule quíÈtait pas soldÈe chez Zara, mais elle pËse ‡ peine 500 g. Ah, et ce truc en cuir noir, l‡ ? «a, cíest mon sac ‡ main. Le pompon : 3,100 kg. Quand mÍmeÖ

Míencombrerais-je superfluement ?

Quand je pense que la moitiÈ du pays se balade mains dans les poches, tout juste un portefeuille sur le cúurÖ Míencombrerais-je superfluement ? Je devrais me priver de yoga, peut-Ítre ? Pas question. De shopping impromptu ? No way. Bon, OK, jíarrÍte de rapporter des petits desserts agrÈables pour le dÓner. 1 kg de gagnÈ. Et, re-OK, je me passe de sac ‡ main. Mon porte-monnaie, ma carte bancaire, mes clÈs et basta : demain, je suis light comme un gonze (´ lÈgËre comme un homme ª, for ze francophones).

[Ici, fondu au noir, petite musique de film muet avec panneau : ´ Le lendemain soirÖ ª]

Girls, heureusement for you quíil y a des pionniËres like me qui sont prÍtes ‡ prendre des risques inconsidÈrÈs pour faire avancer la fÈminine condicheune. ´ Voyage au bout de líenfer ª, vous avez vu ? Je vous rÈsume. Des lËvres qui tiraillent dËs 10 heures du matí (pas de rouge ‡ lËvres), des mains gluantes aprËs le sandwich vietnamien de midi (pas de lingettes), un Èternuement mÈmorable sur le clavier (pas de mouchoirs en papier), un poil obsÈdant sur la mallÈole droite (ma pince ‡ Èpiler !) et (peut-Ítre) une haleine de goÈland au moment de reprendre le mÈtro bondÈ (mes cachous Lajaunie !), sans compter líennui abyssal de voyager sans bouquin, obligÈe de me farcir la ´ Pravda ª (´ 20 Minutes ª). Seule une femme au caractËre díacier pouvait survivre ‡ pareille expÈrience. Bref, vingt et uniËme siËclienne, le coup du sac ´ ‡ la homme ª, níessaie mÍme pas, cíest un calvaire, un chemin de croix, un supplice.

Mon sac, cíest ma coquille díescargot, ma caravane de camping, ma maison sur líÈpaule. Comment ils font, les autres, qui ne portent que leurs chromosomes XY ? MystËre. Vingt et uniËme siËclien, quel est ton secret ? La preuve est faite : les hommes ne sont pas des gonzesses comme les autres.

Líaxiome de Gilbert

En tout cas, aprËs m˚re rÈflexion, accroche-toi, car voici ma thËse, Ègalement connue sous le nom dí´ axiome de Gilbert ª. Pouf-pouf : le transport de contenants multiples, au nombre desquels un sac principal (appelÈ ´ ‡ main ª mais qui peut Ítre ‡ dos) pesant approximativement le poids díun chameau crevÈ, fait partie des inconvÈnients inhÈrents ‡ la condition fÈminine, au mÍme titre que les variations hormonales et líattente interminable aux toilettes publiques face ‡ des toilettes pour hommes libres de tout occupant (1). CQFD.

Allez, bande de gens du siËcle XXI, ramassez vos cabas ou enfoncez confortablement vos mains dans vos poches (rayez la mention inutile), il est temps de regagner vos pÈnates.

© Muriel Gilbert

(1) On en recausera, de Áa, fais-moi confiance.

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  • Angie91 8 mars 2011 at 17 h 49 min

    Je me suis reconnue!!!! Rire!!! J’ai toujours des sacs hyper chargÈs!! Il faut parer ‡ toute ÈventualitÈ!!!

    L’homme, lui,il r‚le!! « Mais pourquoi tu t’encombres avec tout un tas de trucs inutiles? Regarde MOI!!! Je me dÈbrouille trËs bien sans sac!! »

    Mais qui vient vous demander :
    « T’aurais pas un mouchoir? »,
    « T’as un coupe-ongles? »,
    « Tu as l’adresse de Machin? »,
    « On est libres le 16? »… Etc… Etc…

    Et l‡… pas de problËme… Il suffit d’ouvrir la caverne magique!!!! LE SAC!!!

    Bisous ‡ toutes celles qui ont un sac!

    • Muriel Gilbert 9 mars 2011 at 8 h 31 min

      @ Angie91 : Exactement ! On transporte la maison sur notre Èpaule, et yen a des qui ont des raisons d’en Ítre satisfaits.