C’est qui, le PËre NoÎl ?

pËre noÎl qui fait peur– Tu sais pas ce quíelle mía dit, ElÈa, elle est bÍte, elle mía dit que le PËre NoÎl existe pas, et que cíest les parents qui achËtent les cadeaux et qui passent par la cheminÈe, níimporte quoi, hein ?
– Ben Áa oui, alors, níimporte quoi, mon chÈri. Comment ils feraient, les parents, pour passer par la cheminÈe ? Tu míimagines, sur le toit ?

Pourquoi Áa me met toujours tellement mal ‡ líaise, ces questions ? Pourquoi ai-je tellement h‚te quíil níy croie plus, ‡ tous ces trucs ñ le PËre NoÎl, les cloches de P‚ques, la petite souris ? Et pourquoi, malgrÈ cela, est-ce que je continue de les lui raconter, ces sornettes ? Je pourrais lui dire la mÍme chose que pour Dieu : que moi, je níy crois pas, mais quíil peut y croire síil en a envie. Oui, mais il y a une diffÈrence : ce níest pas moi qui lui ai parlÈ de líexistence de Dieu, tandis que ces faribolesÖ

Par nature, mon fils est plutÙt le genre de type ‡ avoir les pieds sur terre. Il venait díentrer en petite section de maternelle quand il a commencÈ ‡ trouver bizarre cette histoire de PËre NoÎl.
– Maman, cíest qui le PËre NoÎl ?
– Tu sais bien, cíest un vieux monsieur, avec une barbe blanche et un manteau rouge, qui habite dans les nuages et qui apporte des cadeaux ‡ tous les enfants.
– Il rentre chez nous la nuit ?
– Oui, pendant quíon dort.
– Pourquoi pendant quíon dort ?
– Pour quíon ne le voie pas.
– Pourquoi il veut pas quíon le voie ?
– Eh bienÖ parce quíil est timide.
– Et il vient chez tous les enfants ?
– Bien s˚r !
– MÍme si tu lui dis quíil vienne pas ?
– Ö
– Maman, je veux pas quíil vienne dans notre maison, le PËre NoÎl ! Je veux pas quíil entre chez nous pendant quíon dort, dis-lui quíil vienne pas !

Figurez-vous que mon garÁon Ètait proprement terrorisÈ. Il fallait que je fasse quoi ? Jíai expliquÈ que, síil ne venait pas, le PËre NoÎl, il níy aurait pas de cadeaux, mais il síen fichait pas mal, des cadeaux, ce jour-l‡. Et puis, en y rÈflÈchissant, je me suis aperÁue que moi non plus, Áa ne me chanterait guËre, quíun vieux type barbu pÈnËtre chez moi pendant mon sommeil. Dites, si on vous informait ‡ br˚le-pourpoint quíun octogÈnaire mal rasÈ, que vous ne connaissez ni díEve ni díAdam, va síintroduire chez vous cette nuit, et mÍme si on vous racontait quíil va laisser un chËque sur la table de la cuisine, vous croyez que vous vous endormiriez líesprit tranquille ?
Cette annÈe-l‡, nous sommes tout de mÍme arrivÈs ‡ un compromis avec líinquiÈtant vieillard, qui a acceptÈ de dÈposer les cadeaux devant la porte díentrÈe, et depuis, mon fils et lui entretiennent díexcellents rapports. Finalement, il est pas chien, le PËre NoÎl.

PrÈcisons que, quelques mois plus tard, Áa a ÈtÈ la mÍme histoire avec les cloches de P‚ques : de terreur, ‡ líidÈe des cloches gÈantes que jíavais cru bon de lui dÈcrire, mon garÁon a vomi avant mÍme de go˚ter le moindre des goujons de chocolat rÈcupÈrÈs dans le jardin. MalgrÈ mon malaise, je níai pu me rÈsoudre ‡ lui expliquer que tous ces trucs níÈtaient que des fables. Le croirez-vous ? Jíavais conscience que mon fils vivait un cauchemar, pourtant je craignais, en lui disant la vÈritÈ, de le frustrer de tous ces rÍves merveilleux qui rendent magiques les annÈes díenfance. Ne me demandez pas de vous expliquer, moi-mÍme je níy comprends rien.

Quant ‡ la petite souris, on a ÈvoquÈ son cas, mais pour líinstant, mon hÈritier a encore toutes ses dents. De toute faÁon, la nuit o˘ je glisserai la main sous son oreiller pour y dÈposer le rituel petit cadeau, je suppose que je ne devrais pas míÈtonner si je dois líen retirer bien vite, les doigts ‡ demi ÈcrasÈs par une tapette.

Allez, salut, bande de parents !

© Muriel Gilbert

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