Cíest pas vrai, la plus-bicitÈ ?

– Non-non-non, passe pas la plus-bicitÈ en accÈlÈrÈ, jíaime bien la plus-bicitÈ, reviens en arriËre !
Mon hÈritier et moi regardons un dessin animÈ enregistrÈ ‡ la tÈlÈvision par le papa de son copain Morgan. Il faut dire que, depuis deux ans, nous ne recevons plus la tÈlÈvision. Nous avons le poste, un lecteur de DVD etÖ les consoles de jeux vidÈo, of course. Mais mon pauvre enfant, je le sens bien, est frustrÈ de publicitÈ. Ai-je le droit de le priver ? Díen faire un martyr de líÈpuration publicitaire ? Mon Dieu, je ne sais pas. Je ne sais plus rien. Une fois de plus, je connais les affres de la maternitÈ coupable.

Bien. On síinfuse cinq pleines minutes de pub, alternativement dÈgoulinante rose bonbon adressÈe aux fillettes, et bardÈe de grosses dents, díÈclairs et de hurlements Èlectriques destinÈe aux garÁons. Mon fils adore. Il jubile, les yeux brillants díexcitation et de convoitise. Il prÈpare sa liste de NoÎl :
– Alors, tu vois, je commanderai le vaisseau lance-missiles qui vole et qui lance des Èclairs, et puis le capitaine Morbidos qui fait un rire mÈchant ha-ha-ha, et puis la planËte qui explose, mais est-ce que tu crois que quand elle aura explosÈ, je líaurai encore, sinon peut-Ítre que je la prends pasÖ

Il níattend pas les rÈponses. Il continue son catalogue. Personnellement, je dÈcroche. Il me secoue :
– Tu as bien retenu tout ce que je veux pour NoÎl ?
– Je te signale, dis-je mÈchamment, que tout Áa, cíest que des mensonges. Comment veux-tu quíun jouet pour enfants explose ? Ce serait bien trop dangereux ! La planËte níexplose pas vraiment, le vaisseau ne vole pas, il faut le faire voler avec les mains, et le capitaine Machinos ne rigole pas, cíest un mannequin.
– Mais pourquoi ils le montrent, si cíest pas vrai ?
– Parce que cíest de la publicitÈ, justement.
– Eh ben ?
– La publicitÈ, cíest fait pour te donner envie díacheter des choses.
– Ah oui ! «a me donne envie.
– Mais pour te donner envie, la publicitÈ montre les choses plus belles quíelles ne sont.
– Alors, tíes s˚re que cíest pas vrai ?
– Oui.
– Mais alors, la plus-bicitÈ, cíest jamais vrai ?
– Pas vraiment vrai.

Notre conversation est interrompue par la fin des spots, on regarde le reste du dessin animÈ, et on níen parle plus.
Mais líautre jour, passant rÈcupÈrer mon rejeton chez son copain Morgan, je les surprends tous les deux devant le tÈlÈviseur. Extrait du dialogue :
– «a a líair bon, ces petits fromages de toutes les couleurs, tu trouves pas ?
– «a a líair bon, mais cíest de la plus-bicitÈ.
– Oui, mais Áa a líair bon.
– Oui, mais je te dis que cíest de la plus-bicitÈ.
– Je le sais bien, que cíest de la publicitÈ. Tu míembÍtes, avec ta publicitÈ, je te dis que Áa a líair bon.
– Oui, eh ben tu te trompes. En vrai, cíest pas bon.
– Tías dÈj‡ go˚tÈ ?
– Nan, mais si la publicitÈ dit que cíest le meilleur des petits fromages, Áa veut dire que cíest le plus pire des petits fromages. La plus-bicitÈ, cíest que des mensonges.
– Alors, par exemple, la publicitÈ qui dit quíil y a un dessin animÈ drÙlement bien ‡ la tÈlÈ cítíaprËmí, cíest pas vrai ?
Mon fils me regarde, un peu perduÖ Soudain, il trouve la parade :
– Eh ben, par exemple, si cíest vrai que le dessin animÈ, il passe cítíaprËm, eh ben peut-Ítre, ce qui est pas vrai, cíest quíil est bien. Cíest un dessin animÈ qui est nul, hein, maman ?

O˘ est-ce que jíai encore ratÈ une marche, moi ?

Allez, salut, bande de parents !

© Muriel Gilbert

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