«a vit longtemps, un moucheron ?

Je viens ici faire úuvre de dÈculpabilisation ‡ líÈgard des parents citadins, petitement logÈs, allergiques aux poils de chat ou farouchement hygiÈnistes qui rÈsistent vaillamment aux assauts de leur progÈniture et des publications en tout genre garantissant quíun animal au foyer est un gage díÈquilibre affectif pour les bambins.
Peut-Ítre, mais je dis : est-ce un gage de bonheur pour líanimal ? Rien níest moins s˚r.

Comme tous les enfants, mon fils aime les animaux. Moi aussi. La seule diffÈrence, cíest que lui les rapporte ‡ la maison. Pourtant, je le rÈpËte, je níappartiens pas ‡ la respectable bande des animauxphobes ÈvoquÈe plus haut : nous hÈbergeons un matou aussi mitÈ que peu amËne, le nourrissons et ramassons les poils quíil sËme par touffes de la moquette du salon ‡ mes pulls prÈfÈrÈs, en passant par nos assiettes, parfois. Et cela en tout dÈsintÈressement, car sans mÍme obtenir en Èchange la plus infime marque díaffection. Par pure charitÈ et sens du devoir. Et, depuis longtemps, mon hÈritier a compris que je considËre quíil ne peut y avoir place, dans notre vie, que pour un animal de compagnie unique et (relativement) peu encombrant.

Pourtant, notre demeure abrite parfois díautres trucs. VariÈs. Qui ne síachËtent pas dans les animaleries, et que mon rejeton se procure gratuitement, par ses propres moyensÖ et introduit sous notre toit de diverses maniËresÖ
– Maman, cíest gentil, un moucheron ?
– BenÖ
– «a mange quoi ?
– Je ne sais pasÖ, dois-je reconnaÓtre, abaissant la manette du clignotant.
– Si on demande ‡ un vÈtÈrinaire, on peut savoir ce que Áa mange ?
– Mais quíest-ce qui te prend, avec tes moucherons ?
Et soudain, sous mon nez, son index jaillit, au risque de me faire percuter la voiture qui nous prÈcËde :
– Parce quíil y en a un qui mía apprivoisÈ depuis que je suis sorti de líÈcole.
– EnlËve ta main de devant mes yeux !
– Il síest posÈ sur mon doigt, tu vois, et il veut plus síen aller. Je pense quíil míaimeÖ «a vit longtemps, un moucheron ? Oh, maman, síte plaÓt, síte plaÓt, on peut le garder ?
Ce soir-l‡, mon fils a dÓnÈ en regardant amoureusement son index tendu. On a gardÈ le moucheron jusquí‡ líheure du bain.

La semaine passÈe, il avait rapportÈ du jardin de sa grand-mËre deux douzaines díescargots. AprËs avoir provoquÈ une crise de dÈsespoir aigu en essayant de le convaincre quíils seraient bien plus heureux de brouter les troËnes du square, jíai condescendu ‡ líinstallation des gastÈropodes dans un vieil aquarium, fermÈ par un film plastique alimentaire.

Les escargots sont des Ítres Ètonnants : telle est la rÈflexion qui mía frappÈe le lendemain matin en entrant dans la chambre du gastÈrophile et observant les restes díun gros pÈpËre aplati sous mon chausson ñ d’ailleurs, quelle judicieuse idÈe, díen avoir enfilÈ, ce matin. Un deuxiËme bavait au milieu de la piËce, tandis quíun dernier veillait au pied du lit de son jeune maÓtre. Les autres, plus calmes, Ètaient restÈs dans líaquarium. Avant díaccepter de les rendre ‡ la vie sauvage ñ quelque peu refroidi dans son affection par la perspective díavoir Èventuellement ‡ partager son oreiller avec les mollusques restants ñ, mon fils dÈclara doctement :
– Maintenant, je sais pourquoi je veux jamais manger díescargots : cíest parce que cíest mes amis.
Tandis que jíen dÈduisais que les Èpinards devaient aussi faire partie des intimes de mon rejeton, il ajouta :
– Et maintenant, puisquíon va avoir plein díanimaux en moins, on pourrait avoir un hamsterÖ
– Tu sais trËs bien que tant que nous aurons le chatÖ
Líami des bÍtes mía interrompue :
– «a vit longtemps, un chat ?

Allez, salut, bande de parents !

© Muriel Gilbert

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  • Lucky Sophie 24 janvier 2011 at 17 h 53 min

    l’adoption du moucheron c’est quand mÍme gÈant ! 😉

    • Muriel Gilbert 26 janvier 2011 at 14 h 09 min

      @ Lucky Sophie : Celle des escargots a ÈtÈ plus pÈnible pour moi…