Mur de Berlin du cheveu

Dans la vaste gamme des thèmes propices à l’antagonisme intergénérationnel, le poil occupe une place de choix. Des Elucubrations d’Antoine à l’année 12 du siècle n° 21, le monde semble avoir été divisé entre amateurs de poils courts et fans de poils longs. Personnellement, j’ai dû militer, enfant, pour le droit aux cheveux longs. Ma mère les préférait courts. Mais j’avais pas mal de copines qui vivaient le conflit inverse. Plus tard, mes potes de lycée tendaient à arborer un pelage nettement plus luxuriant que ne l’auraient souhaité leurs géniteurs.
Mais pourquoi je te raconte tout ça, moi, bande de parents ? Sans doute pour dédramatiser. Replacer dans son contexte la tragédie présente. Car, oui, l’héritier et moi traversons actuellement une sorte de drame. Nous qui étions toujours parvenus à garder le contact, eh ben, ça y est. C’est le mur de Berlin. Le silence. L’incommunicabilité. La cata. La Grèce antique.

Mon ado, avec qui jusqu’ici je devais négocier pour maintenir quelque intervalle entre deux séances chez le coiffeur – depuis le CP, c’était un maniaque de la coupe en brosse bien rase –, a cessé, depuis deux ans environ, toute fréquentation des salons capillicoles. J’ignore s’il s’agit du résultat d’une décision. Si c’est le cas, je n’en ai pas été avertie. J’ai simplement constaté l’allongement simultané de ses cheveux et de l’espacement des coupes, d’abord non sans quelque satisfaction d’ordre porte-monnaitique. Puis, au moment opportun, j’ai suggéré que, peut-être, maintenant, il était temps de prendre rendez-vous. Et réitéré la suggestion. Et ré. Et ré. Et un beau jour, enfin, renoncé à le faire.

L’héritier avait changé de camp. Du parti des militants du poil court, il était passé à celui des défenseurs du poil long. Je m’y étais résolue. D’autant qu’il avait obtenu le soutien, dans cette entreprise, de quelques traîtresses parmi mes copines qui le déclaraient charmant ainsi. Admettons. Du moment qu’il se les lave, me consolais-je. Finalement, c’est réversible et pas dangereux. Mille fois préférable au piercing ou à ces vomitifs tatouages qui épidémisent dangereusement en ce siècle n° 21.

Choucroute hirsute qui monte, qui monte

Là où je tique, c’est que, depuis le début de cette année, il semble avoir également décidé de ne plus se coiffer. A sa décharge, mon garçon n’a jamais vraiment eu l’habitude de frayer avec la brosse à cheveux, la coupe du même nom (en brosse, tu suis, oui ?) en ayant rendu l’usage superflu. Mais je l’ai vu rentrer de week-end un dimanche soir avec, sur le crâne, trois ou quatre de ces horreurs qui ressemblent à des tresses sans en être et qui, selon le Petit Larousse 2012, constituent la « coiffure traditionnelle des rastas ».

Depuis, elles se multiplient. Et comme, manque de pot, ses cheveux sont d’une nature si lisse qu’ils paraissent relativement disciplinés, même quand ils n’ont pas ressenti la morsure du peigne depuis plusieurs jours, maintenant, il se les emmêle exprès.
De jour en jour, je vois cette choucroute hirsute qui monte, qui monte sur sa tête. A toutes mes remarques, il se contente de répondre par un « houmpf » de mauvaise humeur. Si j’insiste, il sort promener sa choucroute. Bref, le sujet est devenu tabou.
–       C’est joli, hein, grosse maligne ?, faisais-je remarqué avec quelque Amora dans la voix à l’une de ces traîtresses qui trouvaient si seyante jusqu’ici sa chevelure à la Chabal.
–       Boh, c’est réversible ! et pis, c’est la mode.
Et elle a sorti de sa besace un de ces abrutis de magazines féminins (une franche insulte aux femmes, l’adjectif, ici, si tu veux mon avis), qu’elle a ouvert à la page des derniers défilés. « La mode homme est aux cheveux longs, emmêlés et légèrement salis », déclarait un artiste capillicole. WHAT ?! Non. Tu ne rêves pas. Le gars commercialise même de la « poussière pour cheveux ». Une poussière tout ce qu’il y a de propre, évidemment.
Bon, l’héritier n’est pas un cas isolé, il est à la mode.  C’est déjà ça. En revanche, pas question que je finance la poussière. S’il pousse un jour la distinction jusqu’à arborer une crinière élégamment salie, que ce soit avec de la crasse naturelle et pas chère. Restons bio.
Et chez toi, bande de parents, les cheveux, ça va comment ?
Allez, salut, bande de parents !


ANTOINE – Les Elucubrations par djoik

© Muriel Gilbert

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  • brenda 26 novembre 2012 at 12 h 42 min

    Ca héberge aussi des petites bêtes ces coiffures là?

  • Carole Nipette 26 novembre 2012 at 13 h 56 min

    Pareil que Brenda, j’ai toujours le sentiment que la coupe rasta c’est bien dég quand même 🙂
    ici une fille à cheveux longs parce que c’est joli quand même et qu’on peut faire des queues, des nattes, des chignons… la galère c’est le shampoing par contre !

  • missrelie 26 novembre 2012 at 13 h 56 min

    héhé strategiquement je te conseille dinviter un enfant avec piux chez toi afin quil en refile a ton fils histoire de tondre tt ça et deradiquer lenvahisseur mouarf!
    sinon ds ma famille ya aussi des justin bieber!
    aurelie maman de roxane 6 ans et camille 4 ans( deja testé le poux sur elle ouiin) et yann 18 mois (donc pas encore de soucis!!)

  • missrelie 26 novembre 2012 at 13 h 56 min

    oups mal ecrit poux madame!!

  • FoxyMama 26 novembre 2012 at 15 h 36 min

    Ha Ben moi j’aime bien les dread donc je ne peux que l’encourager 😉

  • Cambroussienne 26 novembre 2012 at 17 h 08 min

    Nous avons un merlan qui périodiquement passe à la cambrousse pour gérer les tignasses laissées en jachère . Une sorte de pêche au gros si tu veux aller par là. Cependant, l’an dernier NumberOne , mécontent de l’attente avait « corrigé » quelques mèches qu’il jugeait rebelles. L’état d’urgence fût déclaré et notre figaro fit un passage éclair.

  • Poulette Dodue 26 novembre 2012 at 22 h 53 min

    Hoyé !!

  • GILBERT 27 novembre 2012 at 10 h 16 min

    Peut-être trouve-t-il le coiffeur trop cher. Pour ce qui me concerne, c’est mon cas!
    Alors, je peux lui indiquer à l’héritier l’adresse d’un coiffeur qui fait la coupe pour 8 €, Bd Rochechouart dans le 18ème, quartier éminemment coloré et vivant.
    Bien sûr pour ce tarif y a pas de shampoing! Faut pas exagéré!

  • Cathy 27 novembre 2012 at 12 h 05 min

    Le salon de coiffure est ici aussi un sujet tabou. Je ne vais jamais chez le coiffeur, j’ai horreur de ça. Aurais-je filé le virus à mon fils ? je ne sais pas. Toujours est-il que sa première rébellion capillaire, il l’a faite à 10 ans. Il avait les cheveux aux épaules.Depuis, il a alterné la coupe Hippie 70’s et la coupe Marines intemporelle jusqu’à février dernier où il a décidé de ne plus aller se frotter à une paire de ciseaux. Résultat, j’ai un Yorkshire à la maison. Un jour il se réveillera avec un petit noeud rose dans la crinière. Foi de désespérée !

  • Clarabelle 27 novembre 2012 at 12 h 41 min

    Vive la crasse bio !

  • Muriel Gilbert 28 novembre 2012 at 11 h 34 min

    @ Brenda : C’est bien ce qui m’effraie. Des souris ?
    @ Carole : Et à l’adolescence…. surprise ! Boule à Z, bleu canard ou… rasta !
    @ MissRelie : Je note l’idée 😉
    @ FoxyMama : Mais le pire c’est que c’est même pas des dreads ! Juste un tas de foin.
    @ Cambroussienne : Il se déplace sur la région parisien, le merlan ?
    @ Poulette : Aïe.
    @ Gilbert : Je note l’adresse…
    @ Cathy : 😀 Tiens, le coup du petit noeud rose, je vais essayer sur l’héritier.
    @ Clarabelle : C’est la meilleure.

  • Cambroussienne 28 novembre 2012 at 14 h 44 min

    Non, c’est une espèce endémique cambroussienne.

  • les cafards 29 novembre 2012 at 22 h 43 min

    chez nous c’est plutôt le genre « aérodrome à mouches »

  • dominimes 19 décembre 2012 at 1 h 20 min

    Alors, le petit noeud rose a redonné le sourire à ton fils ?
    C’est bientôt Noêl, tu pourra accrocher des boules ….