Vespa, mozza et corde à linge

du linge qui sèche au-dessus d'une rue de NaplesSi t’as tout bien suivi, vingt et unième sièclienne ou ien, t’es au jus que la semaine dernière, pendant que tu grelottais bêtement dans l’Hexagone, moi je me dorais la pilule en Ritalie méridionale, là ousque la mozzarella elle est di buffala, ousque Capri est pas fini et ousque Napoli étire langoureusement au soleil ses poubelles pas ramassées par la Mafia.

Le retour de Napoli, cíest brutal : díun coup, Paris semble tout bourgeois, feux de circulation et bâtiments au garde-à-vous tout pétants de pognon, passages piétons immaculés, avenues proprettes comme l’armoire à pharmacie d’un hypocondriaque. Et froid !

Traverser comme on saute à l’élastique

Bon, d’aaaaaccord, vu que tu n’es que zyeux zécarquillés et soif d’apprendre, je m’en vais t’espliquer Napoli. Pouf-pouf. Alors, Napoli (prononcer Naples), géographiquement parlant, c’est sur le tibia de la Botte. A Napoli, y fait beau (oui), chaud (très), les grands gamins escaladent les réverbères pour faire des concours de plongeon entre les bouteilles en plastoc qui flottent dans le port au grand soleil de midi, et les détritus exhalent leur fumet dans la moiteur du soir. A milieu des petites bagnoles surexcitées (1), des myriades de Vespa chargés de famille (papa en conversation téléphonique animée serrant l’appareil de la main qui ne cramponne pas déjà le guidon, bébé entre les jambes avec casque en option, maman solidement arrimée derrière s’expliquant énergiquement avec le chauffeur de taxi à qui papa vient de faire une queue de poisson) tentent de tailler des shorts de foot aux piétons qui ont l’impudence d’intentionner traverser. Ici, ni feux rouges ni passages protégés. Traverser, c’est pas prévu. Tu veux le faire quand même ? C’est à tes risques et périls. Tu te lances comme on saute à l’élastique, yeux fermés. Seule règle : surtout ne pas changer de rythme. Une fois que t’es parti, quoi qu’il arrive – à droite scooter portant trois filles hurlantes, lunettes de soleil imitation Dolce&Gabbana, string au vent, à gauche camion de chantier bringuebalant larguant ses vieilles caillasses sur le bitume déglingué, à contresens ambulance et voiture siglée Polizia toutes sirènes hurlantes -, tu ne t’arrêtes pas, tu continues à ton rythme (bon, traîne pas quand même). Ils ont l’habitude. Ils t’évitent. Si tu hésites, si tu reviens sur tes pas, si tu te mets à courir, alors tu es mort.

lessive sur fil à lingeAlors à part ça qu’est déjà cool, reconnais-le, ya un tas d’autres trucs chouettes, à Napoli. Déjà, ya une gare qui va à Pompéi, que si tu veux t’en prendre plein les mirettes d’une ville de 20 000 habitants qu’est restée juste comme à l’époque des Romains d’Astérix (OK, sans les toits), ben t’as qu’à y aller. Ya aussi des rafiots qui vont direct à Capri (d’où la preuve que c’est pas fini, tordons le cou à cette faridondaine – Capri, si tu veux une idée, c’est les boutiques et les clients de la place Vendôme téléportés en Corse, mais sans la délicieuse odeur du maquis, bref pas obligatoire). Heureusement, les rafiots vont aussi à d’autres îles, comme Procida, ousque les rues sont si étroites qu’elles ont pas de trottoirs et les voitures pas (plus ?) de rétros (piéton, recommande presto ton âme à la Sainte Vierge et accroche-toi au balcon quand elles déboulent, vitesse Grand Prix de Monza).

Buffala, c’est pas une ville

Et est-ce que je t’ai raconté la mozzarella di buffala ? Moi qui croyais que « buffala », c’était une ville. Que nenni, c’est une bestiole. Une bufflonne. Un genre de vache, en plus rital. Tellement qu’elle est délicieuse, la mozza di buffala di Napoli, tu la manges en entrée, comme ça, sans rien dessus. Evidemment, tu peux ajouter des tomates goûtues mûries au soleil, une feuille de basilic géant et de l’huile d’olive. Mais là, t’es pas loin du péché.

Ah, et surtout, ce que je voulais te dire, c’est qu’à Napoli, comme dans toute la Ritalie, ya du linge qui sèche aux fenêtres. Partout. Des fois, ya des fils à linge à poulie qui traversent la rue, d’un immeuble à l’autre ; la mama, elle tire sur le fil pour faire rappliquer ses draps. Faut pas qu’elle se goure et qu’elle repasse ceux de la voisine d’en face. Du linge qui sèche au vent, c’est la vie, je trouve. D’abord, c’est du propre en l’air, qui embaume la lessive – ça compense bien le dégueu de par terre, faut avouer. Et ça raconte une histoire. Trois grenouillères, une robe rose à volants pas bien grande, ah tiens, une salopette bleue de mécano, une nuisette qui a vécu, des culottes noires géantes. Tu la vois, la pendeuse de linge, son marmot en Pampers, sa petiote en Barbie, son homme en cambouis, sa belle-mère veuve aux grosses fesses. Et sa nuisette, elle a vécu quoi ? J’adore.

Pourquoi, en Hexagonie, tous les règlements de copropriété interdisent le linge aux fenêtres ?

Allez, vingt et unième sièclienne ou ien, résiste, étends ton linge dehors et boulote pas toute ma mozza.

© Muriel Gilbert

(1) Eh, ils ont tous ma petite merveille d’Ypsilon, là-bas ! – au fait, toujours vu aucune autre que la mienne de cette belle teinte rouge-orange-paf, ni en Hexagonie, ni en Botte. Si un jour t’en vois passer une, tu peux faire coucou : c’est bibi.

Lire aussi...

  • chocoladdict 4 avril 2011 at 11 h 30 min

    j’avais dÈj‡ envie de partir ‡ Naples maintenant j’ai encore plus envie, c’est malin )

    pourras-tu ajouter un lien vers le billet fais toi la belle en italie d’aujourd’hui? merci !

    • Muriel Gilbert 4 avril 2011 at 12 h 06 min

      @ Chocoladdict : Maintenant, tu seras obligÈe d’y aller, mais n’oublie pas tes baskets. Bien s˚r pour le lien !

  • electromenagere 4 avril 2011 at 12 h 17 min

    Marrant, hier j’ai trouvÈ un supermarchÈ italien prËs de chez moi, du coup on fait un repas aux antipasti ! 🙂

    • Muriel Gilbert 4 avril 2011 at 18 h 08 min

      @ Electro : J’espËre que tu avais suspendu une corde ‡ linge au milieu du salon pour la dÈco !

  • AnneLaureT 4 avril 2011 at 19 h 08 min

    Un rÈgal, ton article, on s’y croirait !!!
    Mais comment se fait-il que je dÈcouvre ton blog seulement maintenant…??? 😉

    Une belle soirÈe ‡ toi !

    *

    • Muriel Gilbert 4 avril 2011 at 21 h 42 min

      @ AnneLaureT : Ben chÈ pas, t’Ètais o˘ ? Bienvenue ici, Áa va me donner l’occasion d’aller me balader par chez toi !

  • Pacic 7 avril 2011 at 10 h 47 min

    J’avais moi aussi une Ypsilon (mÍme si j’habite en France… je reste une italienne!!)

    • Muriel Gilbert 8 avril 2011 at 18 h 27 min

      @ Pacic : Bienvenue ici, l’Italienne ! J’adore l’Italie, comme tu as vu, tiens, je mÈriterais d’Ítre italienne…