Le vélo à Sue Ellen

Habitant du siècle numéro vingt et un – t’as remarqué ? – depuis quelques ans, une vélorution a frappé la capitale de l’Hexagonie : son macadam a fleuri de grappes de vélos en libre-service. Même pas 3 euros par mois, un vélo quand tu veux, et c’est pas toi qui trinques quand y faut changer la loupiote ou qu’un crétin te le pique ? Le beurre et l’argent du beurre, j’appelle ça. Depuis, dès que la météo le permet, j’enfourche l’animal jusques à mon turbin, à trente minutes de pédalage. Le rêve à roulettes.
Bon, quand la station du bout de la rue n’offre à ta convoitise que deux bécanes crevées, évidemment, tu ajoutes cinq minutes. Quand la suivante est vide, ça fait cinq minutes de plus, et quand le vélo que tu as choisi à la troisième perd une pédale au bout de 150 mètres, tu es loin du sourire de la crémière : tu es juste en retard au boulot. Garde une pincée de sang-froid, car il n’est pas impensable que tu rencontres encore l’option « pas de place pour garer mon Vélib’ à la station en bas du bureau ».

Cette bérézina à pédales, j’y ai survécu la semaine dernière.

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clique et régale tes oreilles

Arrivée en retard et en sueur le matin, je vélibais le soir direction maison depuis à peine deux feux rouges quand il m’a semblé que mon fessier se rapprochait dérangeamment de mes pédales.
Je m’arrête, rehausse la selle moyennant salissage et pinçage de deux à trois phalanges, remonte à cheval. A chaque tour de roue, lentement, elle s’enfonce derechef. Pestage. Recommençage de l’opération. Inexorablement, telle une boule de glace sur son cône, la selle refond. A l’arrivée, on aurait juré que j’avais volé le tricycle de mon petit frère, genoux cognant le menton à chaque coup de pédale avec torture des cuisses et transpiration collante incorporée. C’est là que j’ai pris ma décision : cette trahison avait fait déborder mon vase de céleste patience. Vélib’ et moi, c’était over.

Après huit jours de déprime totale avec tentative de suicide au ralenti par absorption vespérale et réitérée de nounours en gélatine colorée devant la première chaîne de télévision, j’ai entrevu le bout du tunnel.

Je suis a-mou-reuse

Mon bicloune à moi ! Depuis, c’est simple, je suis a-mou-reuse. L’emmerdant, c’est que mon Jicé veut pas qu’il dorme dans notre chambre. J’ai dû l’attacher dehors. La première nuit, tu penses, j’ai pas fermé l’œil. A 3 heures du mat’, je sautais dans mon pyjama en polaire et mes mules à pompon en plume pour sortir vérifier qu’il était encore là. Le lendemain, j’ai négocié qu’il dorme dans le séjour (« Cette nuit seulement », a dit mon Jicé. Dans notre couple, c’est lui qui fait l’homme.)

Bon, je te la fais courte : à force de pédaler de la cervelle, j’ai dégotté une planque dans la maison que je te raconterai même pas, au cas où des voleurs de vélos en chair et en perversité viendraient chercher l’inspiration sur la radio publique. Chaque matin, il est là, fidèle, prêt à me porter où je le conduirai. Je suis la reine de la cité. Il est plus beau qu’un Vélib’, il est moins lourd qu’un Vélib’, il est… plus cher qu’un Vélib’, mais je viens de découvrir à son arc une corde insoupçonnée. Vendredi matin, j’ai pas eu le temps de me sécher les cheveux après mon shampooing. Je suis néanmoins arrivée au turbin à l’heure, cheveux secs, brushing nickel. J’avais la raie au milieu et la coupe à Sue Ellen de Dallas des deux côtés. La classe. Mon bicloune fait coiffeur intégré.
Allez, habitant du siècle numéro vingt et un, fais sourire la crémière, et ne roule pas trop vite dans les descentes.

Chronique T’as remarqué, en direct sur France Inter chaque lundi à 5 h 50, dans la joyeuse émission de Brigitte Patient, Un jour tout neuf.
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coiffure annees 70

© Muriel Gilbert

 

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  • nauche michele 9 avril 2012 at 9 h 21 min

    c’est toujours un grand moment,le fait de poser son pied sur la pedale!!!!!et ça à tout AGE!!!!!
    bises

  • gazelle 9 avril 2012 at 9 h 41 min

    Oh oui les vélos libre service, ça pue! Moi la dernière fois, c’est la selle qui m’a lâché du haut de mon mètre 74 « en haut « en bas » « en haut » « en bas » (salope). Enrichissant.

    J’ai mon vélo à moi (dont je suis amoureuse également) depuis presque un an (il dort sur le balcon), et c’est lé révolution. Sauf que je me tape encore les vélôb (bin oui Toulouse) le soir et la nuit, parce qu’il y a pas moyen d’attacher mon vélo dehors dès que la nuit est tombée, impossible.

  • Béatrice 9 avril 2012 at 10 h 03 min

    Bravo Mumu !!!
    Mon très très très vieux Motobécanne pourrit à la cave … Moi j’aime pas le vélo 😉 (et chez moi il n’y a que des montées et des descentes, c’est moyen … excuse bidon, je sais !)

  • Céquiaile 9 avril 2012 at 12 h 05 min

    Le pédalage au ras du bitume a ses vertus: il permet de fortifier des muscles oubliés qui nous le rappellent!

  • Pierre 9 avril 2012 at 12 h 06 min

    J’aime beaucoup le pyjama en polaire et les mules à pompon en plume…

  • Poulette Dodue 9 avril 2012 at 17 h 26 min

    Acheté samedi un biclou par gnome ! Papa se charge des cours et moi des boissons et bisous.
    Je suis une non pratiquantes es biclou !!!

  • Alain 9 avril 2012 at 18 h 14 min

    Et comment il fera E.T pour prendre un vélib lorsqu’il descendra de sa planète ???

  • Fabienne 9 avril 2012 at 19 h 00 min

    Tordante, ta chronique, et euphorisante pour mon petit marchand de vélos en bas de chez moi (« OK ça roule », rue Pernety), dont je craignais la prompte disparition : ils vont faire un chiffre d’enfer grâce à tous ces Vélib pourris!

  • Muriel Gilbert 9 avril 2012 at 19 h 08 min

    @ Michèle : Tu le fais souvent, toi ?
    @ Gazelle : Vélib, Vélob, Vélub, même combat alors ?
    @ Béatrice : Ah si ya trop de côtes, j’admets l’excuse (je ne suis pas une furieuse du sport quand même…)
    @ Céquiaile : Oui, je l’ai bien senti, ça…
    @ Pierre : Je me change avant d’enfourcher le vélo, oeuf corse.
    @ Poulette : Les bisous, c’est en cas de chute ?
    @ Alain : Il lui faudra obligatoirement une carte bancaire. Ca va pas être facile…
    @ Fabienne : Mon marchand de vélos à moi, dont je ne ferai pas la pub pour ne pas gâcher celle de TON marchand de vélos ( 😉 ), m’a dit que les Vélib lui avaient amené plein de nouveaux clients, qui ont recommencé le vélo… puis eu envie d’un meilleur cheval, comme moi, quoi.

  • Gaëlle 9 avril 2012 at 20 h 27 min

    J’ai malgré tout toujours une excuse de pas sortir le mien. Tiens aujourd’hui par exemple, on devait sortir en faire, et… oh bein zut alors, il pleut !

  • Filo 10 avril 2012 at 9 h 17 min

    Très très drôle!!Chronique de Mumu de bonmatin= rigolage toute la journée!
    Mais le vélo (le quoi?) non pas pour moi, j’habite un endroit très en pente (pour de vrai: 113 mètres au dessus du niveau de la mer, et la mer je la vois de ma fenêtre) et puis les voitures roulent bien trop vite dans ma ville!

  • peache 10 avril 2012 at 9 h 59 min

    ah ces villiens ! ce matin, sur le ponton, là, juste au dessus de la Baie, j’ai essayé de vous imaginer
    et toc, c’est parti tout seul… J’ai donc essayé de vous imaginer, suants, soufflants, fessebaissant derrière un bus, et je me suis dit : cré vains guieux, la Mouette, fait meilleur chez les nous aut’…

  • Muriel Gilbert 10 avril 2012 at 12 h 08 min

    @ Gaelle : Moi non plus, j’en fais pas quand il pleut ! Donc je me vante, mais enfin faut vraiment que la météo soit i-dé-ale !
    @ Filo : Je suis jalouse ! Une photo de la vue de ta fenêtre, Filo !
    @ Peache : Ca c’est sûr ! Mais c’est quoi tous ces gens qui vivent au paradis ? Ou alors c’est le cohabitant de Filo ? Une photo de la baie !

  • Zette 10 avril 2012 at 12 h 19 min

    Tant que la dame en bas du billet sera là, je ne reviendrai plus céans.

    Et en parlant de céans, depuis que j’ai mon bitouine, je ne rêve que d’une chose, des enfourchées sauvages.

    Et je ne fais qu’une chose tous les jours: une enfourchée sauvage.

    (je n’ai jamais autant consommé d’insectes de toute ma vie, je suis prête pour Koh lanta)

  • Muriel Gilbert 10 avril 2012 at 12 h 42 min

    @ Zette : Ben c’est ma coiffure ! Et pis, tu trouves pas qu’elle a la poitrine bien assortie à la coupe de cheveux ? C’est tout symétrique. (Bon ap’)

  • anacoluthe 10 avril 2012 at 15 h 56 min

    Certes, mais le Vélib’, il te faisait « marcheur » intégré et « muscleur d’abdos fessiers » intégré, ce n’était pas à négliger !

  • hotllywood 10 avril 2012 at 16 h 44 min

    Un copain fervent Gay Prider me disait l’autre jour qu’il adorait ces vélos à la selle farceuse
    [Hot’ t’as pas écrit ça!?][ben quoi?]

  • Muriel Gilbert 10 avril 2012 at 18 h 41 min

    @ Anacoluthe : Mais l’énerveur incorporé, quand on habite déjà la capitale, je t’assure que c’est pas nécessaire 😀
    Hotllywood : J’avoue qu’il reste des plaisirs homosexuels qui m’échappent…

  • Cathy 10 avril 2012 at 20 h 20 min

    Je n’ai jamais essayé les vélib’ car ils me font peur. Ils sont très lourds et quand je vois leurs utilisateurs débutants ou inconscients godiller à 2 millimètres de mon capot parce qu’ils n’arrivent pas à lancer la bête, je me dis que je préfère encore polluer que de me retrouver sous les roues d’un camion.
    Sympa ta coupe.

  • Dame Petunia 11 avril 2012 at 0 h 38 min

    Finalement, le vélib’, c’est plus un concept pour moi : la selle peut être capricieuse, avec mon mètre cinquante trois, pas de souci ! Elle sera de toute façon réglée au plus bas…

  • Muriel Gilbert 11 avril 2012 at 11 h 06 min

    @ Cathy : Tandis que des pros du vélo comme moi, tu verrais, c’est splendide à voir pédaler (merci pour la coiffure).
    @ Dame Petunia : Il faut que tu fasses du lobbying pour qu’on en installe chez toi.

  • unehistoire 11 avril 2012 at 11 h 53 min

    Non seulement le vélo fait les belles coiffures mais selon une étude de Cosmo, le frottement sur la selle permettrait également des économies en matière d’épilation du maillot ( jaune ? )

  • Muriel Gilbert 11 avril 2012 at 12 h 10 min

    @ unehistoire : Et si Cosmo publiait des conneries, ça se saurait.

  • unehistoire 11 avril 2012 at 12 h 58 min

    @Muriel : disons que Cosmo aurait pu publier ça …

  • parisiennette 16 avril 2012 at 22 h 02 min

    Avant, en d’autres temps et d’autres lieux, j’avais mon propre vélo à moi.
    Et j’en ai perdu 2 ou 3, sans doute volés…
    Et depuis que je suis à Paris, j’ai vendu mon dernier vélo. Parce que le vélib, c’est drôlement bien quand tu veux partir en vélo le matin mais rentrer en métro le soir, entre autres.
    Bon, c’est sûr, la selle qui descend, c’est moins drôle, surtout en montée et au milieu de la nuit sur un boulevard où tu ne sais pas où tu pourrais échanger ton vélib !
    (et aussi, parce que je veux pas perdre un autre vélo et que je refuse de le monter tous les jours au 4ème étage de mon appart-phare, j’aime le vélib !)

  • Muriel Gilbert 17 avril 2012 at 11 h 04 min

    @ Parisiennette : C’est vrai, le Vélib’, comme je dis au début, c’est le beurre et l’argent du beurre. Sauf que. 😉