Si tíes venu pour rigoler, tu tombes mal

un gros camion de kleenexVingt et uniËme siËclienne ou ien, si tíes venu pour rigoler, tu tombes mal. Chuis pas díhumeur. Cíest ‡ cause des amours contrariÈes de Francesca et Robert. Trois jours aprËs, je pense encore ‡ la scËne o˘ elle ouvre le carton quíil lui a adressÈ post-mortem, et jíai la gorge qui se serre díun cran, cíest comme un pantalon trop petit autour de mon cou, Áa me fait remonter les larmes jusquíaux yeux, du coup ñ pas du cou, du coup.

Trop bon public

Je le savais, quíil fallait pas que je le voie, ce film. CíÈtait pas un hasard si je líavais pas vu ‡ sa sortie, ni depuis. ´ RÙÙÙ, cíest magnifique, quíest-ce que jíai pleurÈÈÈÈÈÈÈ ! ª, quíy disaient, les gens, en se tordant les mains de bonheur. Je savais que, pour moi, ce serait une dÈshydratation pire quíun octogÈnaire dans la canicule aoutienne, et tout par les glandes lacrymales. Parce que tu vois, jíai un problËme, dans la vie : je suis trop bon public.

Les belles histoires tristes me rendent VRAIMENT triste, or je níÈprouve pas de plaisir particulier ‡ pleurer. Franchement, tu manques díoccases, dans le monde rÈel ? Comme quand ton hamster meurt, quand tu te rends compte que tes enfants seront plus jamais petits, quand tu dÈcouvres le rÈsultat des Èlections ñ je continue ?…

Le pire, Èvidemment cíest au cinÈ : tíes coincÈ. Les scËnes díhorreur míenvoient sous le siËge du voisin de devant, dont je mordille les chevilles pour apaiser mon angoisse, ‡ moins que je ne finisse debout sur les genoux de celui dí‡ cÙtÈ, ce qui est parfois mal interprÈtÈ. Huit jours aprËs la sÈance, il míest encore impossible de promener seule Madame Zaz ‡ la nuit tombÈe, et je continue de vÈrifier avant de me coucher síil níy a pas un mort-vivant dans le tiroir. Ou sous la descente de lit (yen a de relativement plats). Bref, je ne joue pas ‡ avoir peur, JíAI peur. Manquerait plus que ce soit payant !

Index dans les conduits auditifs

Les films violents, cíest pas davantage ma cup of tea, úuf corse. Quand je vois torturer un homme, je ne pense pas au talent de líacteur qui hurle sa douleur, ni ‡ celui du truqueur gr‚ce ‡ qui on croirait vraiment que líúil du suppliciÈ se balance sur sa joue au bout du nerf optique. Index ‡ fond dans les conduits auditifs ñ si jíois quand mÍme, je chantonne ñ, je fixe mon regard sur le dossier du siËge de devant. Des fois on distingue un numÈro de fauteuil, cíest distrayant.

Au-del‡ de Áa, je ne peux pas míempÍcher de míinterroger : comment faut-il Ítre c‚blÈ pour se prÈcipiter dans une salle sombre ‡ 10 euros les deux heures dans le but de regarder un type en dÈcouper un autre en lamelles, arracher des yeux en gros plan et les croquer au sel face camÈra tandis que líÈnuclÈÈ rugit sa souffrance ? Pire : comment faut-il Ítre c‚blÈ pour consacrer des semaines entiËres ‡ concevoir de tels scÈnarios ?

Si tu as envie de voir des horreurs, va ramasser les morceaux de gens dans un pays o˘ ils se massacrent, ya líembarras du choix. CrÈe une Ècole de filles au Pakistan. Va rendre visite ‡ MÈmÈ ‡ la maison de retraite. Rends-toi utile. Non ?

Ils dissertent, je renifle

Du coup, je sais, je rate des trucs ´ inratables ª. RÈcemment, dans le genre violent, pas question de voir ´ Un prophËte ª ou la serial sÈrie ‡ la mode, l‡, ´ Dexter ª (jíai failli perdre toutes mes dents en serrant les m‚choires pour tenir jusquíau bout de líÈpisode 1). Dans le genre sentiment, je níai jamais vu ´ Titanic ª (dont chacun sait que líend níest pas des plus happy).

Parce que voil‡, líautre problËme avec les films qui finissent mal, cíest que je suis une pleureuse : je mouche, je coule, je niagarate. Jíiguazuse. Quand les lumiËres se rallument, jíai les yeux en conjonctivite avec nez assorti, mon siËge est entourÈ de Kleenex en boule et jíai la honte. «a fait vraiment mauviette, tías líair de la dÈficiente mentale qui sait mÍme pas que cíÈtait pas du vrai, quía pas assimilÈ le concept de fiction, tout Áa. Tandis que les spectateurs intelligents dissertent sur la bande originale, la lumiËre ou les dÈcors, moi, je renifle.

´ Alors tu vas jamais au cinÈma ? Tu regarde jamais la tÈlÈ ? ª Meuh si. Díabord, il reste ´ Les Aristochats ª et ´ Mary Poppins ª ñ quoique, le dÈpart de Mary, dans la scËne finaleÖ Et puis il y a des films o˘ Áa canarde en tous sens, o˘ Áa tombe comme des mouches, mais sans que Áa compte vraiment, comme les vieux films de guerre, les westerns, ou mÍme ´ Six Feet Under ª, la meilleure sÈrie de líunivers, dont chaque Èpisode commence par un passage de vie ‡ trÈpas des plus rÈalistes mais sans terreur ni torture, donc trop cool.

Mon conseil : pense ‡ RenÈ

Bon, et jíai quand mÍme un truc qui marche parfois, quand le drame ne dÈpasse pas force 4, disons. Et, vingt et uniËme siËclienne ou ien sensible, tu commences ‡ me connaÓtre, je vais te faire profiter de mon invention. Voil‡. Quand la boule de pÈtanque te monte dans la gorge, il suffit de penser fort ‡ quelque chose qui fait douche froide du sentiment. Attention, Èvite díÈvoquer ton hÈritier, ton chÈri ou ton chien. Moi, par exemple, je songe ‡ un voisin, celui qui picole copieux et qui aime bien dÈraper de la bise. Si je me concentre, Áa me met líÈmotion ‡ zÈro, et normalement, jíarrive ‡ faire redescendre la boule avant quíelle níexplose en cascade lacrymale. Parfois, quand mon JicÈ me demande si un film mía plu, je rÈponds ´ ouais, enfin, jíai quand mÍme d˚ beaucoup penser ‡ RenÈ ª. Il sait ce que Áa veut dire.

Mais revenons ‡ Robert et Francesca. ´ Madison ª, quoi. Je líai regardÈ. Mardi. Toute seule, sur mon canapÈ. Impossible de dompter la boule de pÈtanque, mais je pouvais Ítre triste en toute hygromÈtrie. Un paquet de Kleenex et demi. Sans regrets. Et pis, personne saura que jíai braillÈ comme une madeleine.

Allez, salut, bande de mauviettes, le premier qui pleure, je lui envoie un Kleenex tout neuf, il míen reste cinq.

© Muriel Gilbert

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