T’as rien à dire ? Cause météo

Habitant du siècle numéro vingt et un, t’as remarqué quel est le sujet de conversation favori de nos collègues hexagonais (et des autres humains aussi, sans doute, mais, faute de financement européen, notre étude s’est provisoirement arrêtée à nos frontières) ?
La mé-té-o.
Pas le réchauffement climatique, hein, nan-nan : le bon vieux temps qu’il fait, ici et maintenant. Le froid, le chaud, le mouillé, le vent.
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Le paradoxe, c’est que, en tant que sujet de conversation, la météo est plus méprisée encore que les sujets foot au masculin et chiffon au féminin. « Parler de la pluie et du beau temps », d’après le petit M. Robert, signifierait « dire des banalités ». Eh bien je m’élève contre ce jugement aussi partial qu’abusif. Le temps qu’il fait, c’est crucial, et en parler, c’est salutaire. Je m’en vais de ce pas te le démontrer.

C’est l’aube, tu sors du lit, avant même de radariser vers les lieux d’aisances, tu fais quoi ? Tu ouvres les volets et tu édites ton premier petit bulletin perso du jour :
–    Chiotte, il flotte encore.
Café avalé, tu sors de ton sweet home, les portes de l’ascenseur s’ouvrent sur le pochtron du 4e.
–    Ah là là, sale temps, hein ?
Et sans doute répéteras-tu ton flash météo en déposant Toto à la crèche et en arrivant au boulot.
Alors, c’est vrai, ton QI n’a pas fait des bonds. D’un autre côté, on ne peut pas toujours partager ses pensées profondes, à savoir comment diable on peut empester la vinasse à 7 h 25 du matin ou combien il est ahurissant que l’existentialisme soit un aussi fieffé humanisme.
Quand j’étais jeune, innocente et bête, au siècle numéro vingt, je croyais que, quand on n’avait rien à dire, le mieux, c’était de… la fermer.

On cause ou on s’épouille ?

Et pourtant c’est faux : il faut jamais se montrer pingre en bavardage. Pourquoi ? Parce que les gens, quand tu leur dis rien, ils ont peur. Ils se demandent ce que tu penses dans ta tête de silencieux, et, comme ils sont un rien paranos – faut les comprendre, tu l’es aussi –, ils en déduisent que tu les aimes pas, ou que tu leur en veux, ou qu’ils sentent le bleu d’Auvergne : ça les stresse et ça leur donne des ballonnements.
Sans compter que, mine de rien, parler de la pluie et du beau temps, c’est aussi parler de comment tu te sens profondément, au plus profond de ton être humain. Regarde : si t’es pas malade, si t’as pas soif, si t’as pas faim, si tu te sens pas de claironner que t’es dans le rouge à la banque ou que ta fiancée t’a pas rappelé depuis la semaine dernière, finalement, que tu aies chaud, ou froid, ou mouillé, ben c’est le truc qui te concerne le plus à l’instant T.

parler météo ça prouve au gars d'en face que t'es pas dangereux

Causer, quel que soit le thème, ça remplit la fonction de l’épouillage mutuel chez les singes : ça crée des liens (tiens, ça me rappelle une excellente émission de France Inter, ça). On appelle ça du « lien social », au siècle numéro vingt et un : ça huile les rouages, ça prouve au gars d’en face que t’es pas dangereux. Et quel est le premier thème qui saute aux lèvres ? Le temps qu’il fait ! Qui présente l’avantage d’être 1/ une préoccupation que, en principe, tu partages avec le quidam qui te fait face et 2/ un sujet totalement anticonflictuel. On entend rarement en effet : « Quel beau temps, hein ? » « Vous plaisantez, j’espère, il pleut des cordes » et les baffes de pleuvoir.
Bref, cause, habitant du siècle numéro vingt et un, cause toujours. Et, si t’as pas de meilleure idée, sans complexe, cause météo.

Chronique T’as remarqué, en direct sur France Inter chaque lundi à 5 h 50, dans la joyeuse émission de Brigitte Patient, Un jour tout neuf.
Ou alors, en cliquant plus haut, sur le logo France Inter, on écoute en podcast quand on veut, youpi.

© Muriel Gilbert

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  • Cathy 23 janvier 2012 at 11 h 16 min

    Muriel tu es mon soleil du matin !

  • Kate 23 janvier 2012 at 12 h 29 min

    Je plains les personnes comme les coiffeuses, esthéticiennes… qui se tapent ça à longueur de journée. Tu me diras, si elles songent à une reconversion, ce sera dans la météo car elles seront sur-calées ! Et sinon, fait quel temps dehors ?

  • Cambroussienne 23 janvier 2012 at 12 h 41 min

    Habituellement, c’est le genre de sujet qui ne me laisse ni chaud, ni froid… Merci, Muriel, de nous apporter tes lumières sur ce thème.

  • MamyS 23 janvier 2012 at 13 h 06 min

    J’aime bien le rapprochement… Tiens, au lieu de parler du temps avec mon collègue crétin, je vais l’épouiller!

  • Covima 23 janvier 2012 at 13 h 27 min

    Je n’avais pas vu les choses sous cet angle, mais tu as raison, et ça permet de montrer aussi à l’autre qu’on a bien vu qu’il existe (si on m’avait dit que je réfléchirais sur le sens de la météo…). J’ai bien ri au passage « baffes de pleuvoir » !

  • Muriel Gilbert 23 janvier 2012 at 13 h 57 min

    @ Cathy : Je te retourne le compliment, d’autant que j’ai besoin de garder le moral : ma newsletter ne semble pas être arrivée chez les abonnés…
    @ Kate : J’ai pas dit que c’était intéressant, hein. Ca remplit une fonction qui n’est pas dans l’intérêt du fond de ce qu’on dit. Et nul n’est plus proche de l’épouillage que les coiffeuses et les esthéticiennes !
    @ Cambroussienne : Profite, c’est moins cher qu’EDF.
    @ MamyS : Oh oui ! J’attends le petit film, je le poste avec celui des singes !
    @ Covima : C’est ça. C’est plus commode que de dire ‘ »j’ai vu que vous existez, je l’accepte et je ne vous en veux pas, tiens, limite chuis contente de vous voir. Limite, hein. »

  • unehistoire 23 janvier 2012 at 14 h 35 min

    Ben oui, comme on ne peut pas socialiser en cherchant des poux, il faut bien qu’on parle de quelque chose.
    Tiens l’autre jour j’ai abordé une ravissante inspectrice des impôts, mais avec la mode actuelle en matière de coiffure intime,
    pas question de lui chercher
    un poux sur le rêve nu !

  • Poulette Dodue 23 janvier 2012 at 16 h 36 min

    Causer météo ça cimente les rapports humains ! Combien de couples sont nés d’une discussion anodine sue le temps hein ?!
    (Sinon je te confirmes pas de newsletter, mais le lundi c’est Mumu alors on passe quand même !)

  • Muriel Gilbert 23 janvier 2012 at 17 h 13 min

    @ unehistoire : J’ignorais que les inspectrices des impôts soient de telles victimes de la mode !
    @ Poulette : Suffit de prendre le temps de causer du temps. Bon, je vais peut-être retenter un envoi de newsletter, faudra m’excuser si par hasard les abonnés en reçoivent trois d’un coup. Pff, quelle galère.

  • Béatrice 23 janvier 2012 at 18 h 32 min

    Sinon, y’en a marre de ce temps pourri humide et froid … Mumu, tu peux faire quelque chose ?? 😉

  • unehistoire 23 janvier 2012 at 18 h 42 min

    @Muriel : Les inspectrices des impôts,
    à force de nous raser on ne les imagine plus avec une coupe afro…des

  • anacoluthe 24 janvier 2012 at 10 h 18 min

    Et je crois me souvenir que ça s’appelle la fonction « phatique » du langage, celle qui a pour but de maintenir le lien… (comme les cuy-cuy du Cochon d’Inde ??!)

  • jslaine 24 janvier 2012 at 11 h 47 min

    Merci mumu pour l’envoi manuel, j’ai pu lire ce post hier sur FB, t’as vu aujourd’hui c’est pas terrible, il pleut, fait gris… mais le blog rose met du baume au coeur, bonne journée le soleil est dans ton coeur et dans ta prose.

    Biz ghis

  • MamyS 24 janvier 2012 at 12 h 54 min

    Chiche?

  • dominîmes 24 janvier 2012 at 15 h 07 min

    ton beau fixe est… savoureux, belle journée !

  • Fabienne 24 janvier 2012 at 20 h 06 min

    Et dire que j’ai pour collègue un pareil parangon de philosophie, qui renvoie Platon et autres Kant au rayon des accessoires. Je suis trop fière de faire tant de jaloux!!! Et en plus, elle est vraiment gaie et sympa : un cadeau de la vie (j’espère que tout le monde est vert d’envie…).
    PS Et le « I feel good », je l’ai eu juste après elle, et je l’ai vu au moins 6 fois.

  • Mlle Mimosa - Lydie 24 janvier 2012 at 22 h 17 min

    J’aimais bien les petits échanges météo avec mon ancien voisin de 80 ans et quelques… Ils me permettaient de profiter de son sourire et de sa bonne humeur alors que nous n’avions strictement rien en commun !

    Et j’aurais préféré une discussion météo l’autre jour chez le marchand de Kebab plutôt que cette conversation (ou tentative de) totalement improbable sur la cuisson de mes merguez…

  • Muriel Gilbert 25 janvier 2012 at 19 h 44 min

    @ unehistoire : Si tu permets, je vais me contenter de ne pas les imaginer du tout…
    @ anacoluthe : Ouiii, exactement, ça me rappelle ma première année de fac. Mais bon, ch’me suis dit, chvais pas la ram’ner, personne va rien entraver. C’était oublier que l’Anacoluthe venait parfois se balader en ces roses lieux !
    @ Jslaine (et tout le monde d’ailleurs) : Pfff, t’as vu, l’envoi manuel ne fonctionnait pas non plus, du coup, désolée, j’ai spammé tous les abonnés : au bout de 48 heures, tous les envois que j’avais essayés se sont débloqués d’un coup. Plates excuses.
    @ MamyS : Envoie !
    @ Dominîmes : Et ça vient d’une habitante d’une région qui s’y connaît en beau fixe, j’apprécie 😉
    @ Fabienne : Je vais t’envoyer à la DRH. Je suis sûre que tu saurais m’obtenir une augmentation substantielle 😀
    @ Mlle Mimosa : C’est ça. Ya des gens à qui on n’a rien à dire, et pourtant on a envie de leur parler, et voilà, vive le temps qu’il fait !

  • unehistoire 25 janvier 2012 at 20 h 11 min

    Oui on l’aime bien l’ami Théo. Il a toujours le temps.

    • Muriel Gilbert 26 janvier 2012 at 10 h 32 min

      @ unehistoire : Nan mais je me demande… tu y réfléchis sans arrêt, ou ça te vient comme ça ?! 😀

  • unehistoire 26 janvier 2012 at 10 h 40 min

    @Muriel : comme une envie de pister. D’ailleurs ça me donne 2 idées de petits textes sur l’ami Théo mais je ne voudrais pas pourrir ton blog 🙂