Plus tu comprends rien, plus tu rajeunis

Logo du mÈtro londonienDÈcembre aprËs novembre, cíest trop pour toi ? MÍme le Supravitaminor 125 vitamines 88 minÈraux, il te fait plus rien ? Tu te sens las(se), crevÈ(e), usÈ(e), antÈdiluvien(ne) ?

Tu veux une cure de jouvence ? Si tías pas les moyens (ou pas le cúur) de te faire une empreinte carbone taille XXL en allant bronzer une semaine aux Maldives avant quíelles ne disparaissent sous les eaux du rÈchauffement climatique (1), saute dans líEurostar. Ou passe níimporte quelle frontiËre ‡ portÈe de main : habitant de Strasbourg, file en Allemagne ; citoyen de Perpignan, traverse les PyrÈnÈes, Lillois, va te faire voir chez les Belges (2). Bref, tu mías comprise. Emigre. Demande líasile neurasthÈnique ‡ líÈtranger.

´ Cíest where, le mÈtro ? ª

Mon JicÈ et moi, on est allÈs passer le ouiquËne ‡ London.

Alors, quand tíarrives ‡ líÈtranger, au dÈbut, tu pourrais croire que finalement líidÈe níÈtait pas si bonne que Áa. MÍme si tu causes bien la langue autochtone, comme cíest pas pour me vanter mais cíest mon cas, et mÍme si cíest pas la premiËre fois que tu traverses le Channel, ben objectivement, tíes quand mÍme allÈ te fourrer dans une galËre.

Tíes l‡, avec ta valise ‡ roulettes qui te suit comme un chien arthritique (un chien en bonne santÈ, il te tire, mais il contient pas assez de vÍtements de rechange), et ton pauví cerveau dont les genoux flagellent est assailli de questions :

– cíest where, le mÈtro ?

– cíest what, les tickets quíil faut acheter, pour trois jours ?

– Áa se read dans quel sens, le plan de líUnderground ?

– why, sur le quai de la circle line, depuis twenty minutes, ya pas de mÈtro quíarrive ? Ah, ils profitent du ouiquËne pour faire des travaux. Dommage, parce que tíavais choisi un hÙtel tout prËs du mÈtroÖ de la circle line. OK. Tu prends un autre mÈtro, et pis tu traÓnes ta valise ‡ roulettes en surface, pour changer. Two miles quand mÍme. Il y avait peut-Ítre une station plus prËsÖ

Of course, il pleut des chats et des chiens, comme disent les indigËnes ñ ce qui aprËs tout níest pas plus insolite que des cordes ñ, avec en prime un vent ‡ dÈcorner les búufs, pour rester dans la mÈtÈo animaliËre. On a dÈj‡ une fracture ouverte au parapluie, on dirait un corbeau mort, hop direction trash can. Pas rancuniers, on síen rachËte un plus beau, avec líUnion Jack dessus.

Quíil pleuve, remarque, cíest pas une surprise, puisque la Grande-Bretagne, cíest comme la petite, mais encore plus ‡ líouest. Dans ma tÍte, le climat europÈen, cíest comme Áa : ouest-pluie, nord-froid, sud-chaud, est-froid aussi (sauf sud-est : chaud). Mais, comme jíai oubliÈ de rÈviser ma gÈo avant de partir, jíavais nÈgligÈ le fait que London, en plus díÍtre ‡ líouest, cíest au nord : donc pluie ET froid. Les jeans dÈtrempÈs glacÈs nous collent aux mollets, jíai les doigts rougis et boudinÈs de froid, et pourtant, pourtant, un sourire benÍt síaccroche ‡ mon visage. Quíest-ce qui míarrive ?

Un rare cas de transsexualitÈ communale

Pendant que je me pose la question, un bus rouge ‡ impÈriale tente de me transformer en apple pie. Ah oui, les Rosbifs conduisent ‡ gauche. Mais ils ont díautres coutumes Ètranges. Dans chaque chambre díhÙtel, par exemple, tu trouves de quoi te faire un thÈ bien chaud ñ une nÈcessitÈ mÈtÈorologique, je commence ‡ le comprendre. Leur parcs sont bourrÈs díÈcureuils, si tu approches la main, ils te la tripotent pour voir si tías pas une miette, et toi, tu te prends pour Blanche-Neige. Mais surtout, les Rosbifs, ils causent líenglish comme des dieux. Y compris les tout petits Rosbifs, hein. «a míÈpate autant que quand un rase-bitume de 4 ans freine en dÈrapage gerbe de neige au bas díune piste noire. MÍme les gros skinheads tatouÈs cloutÈs ont cet accent prÈcieux qui leur donne líair chic, snob, un rien effÈminÈ.

Et puis, au lieu díÍtre ruineux, leurs musÈes sont gratuits : tu entres au British Museum comme si tíÈtais la queen herself, tu te balades, quand tíen as marre, tu sorsÖ et si Áa te chante, tíy retournes, revoir un truc que tías pas bien vu, ou pasque ton chÈri veut pas te croire que la pierre de Rosette, elle porte le nom díun monsieur Rosette qui lía dÈcouverte lors de la campagne napolÈonienne díEgypte, si mÙssieur ñ et en fait non, tu tíes gourÈe, la pierre síappelle Rosette díaprËs le nom de la ville o˘ elle a ÈtÈ dÈcouverte, une ville qui en vrai síappelle Rashid ñ un rare cas de transsexualitÈ communale (3).

Mais pourquoi, saperlipopette, me sens-je si guillerette, me rÈpÈtais-je derechef ‡ part moi, aprËs dÈvalisage en rËgle de la librairie de la Tate Modern Gallery (si tíes in, tu dis juste Tate Modern ñ moi, je le dis). Arpentant ‡ míen faire exploser les mollets London glacÈe et dÈtrempÈe, díun coup, jíai trouvÈ. A líÈtranger, tíes tout le temps perdu, tu sais pas ‡ quelle station il faut descendre, tu comprends pas tout ce quíon te dit, ce que tu vois, ya des trucs sur la carte des restaurants, tías pas la moindre idÈe de ce que cíest mais tías toujours un peu peur que ce soit de la panse de brebis farcie, des fois le serveur fait une blague, il rigole, et tu souris mais en fait tu sais pas ce quíil a ditÖ bref, ‡ líÈtranger, tíes tout curieux, mais tu comprends rien : comme quand tíÈtais petit. Et, vu que tíes grand depuis loooongtemps, ben Áa te fait des vacances. Plus tíy comprends rien, plus tu rajeunis. A líÈtranger, tías 5 ans presque et demi. Une vraie cure de jouvence, je te dis.

© Muriel Gilbert

(1) TíinquiËte pas, cíest juste líambiance forum de Copenhague : Áa booste le moral.

(2) Je sais, jíai rien prÈvu pour les habitants du Massif central. Quíest-ce que tu veux que je te diseÖ prends le train, monte ‡ Paris, tu verras, cíest comme líÈtranger : les gens causent bizarre, y courent partout, tíy comprendras rien tout pareil.

(3) WikipÈdia explique tout Áa drÙlement bien : http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_de_Rosette

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  • Lost in London 15 février 2011 at 0 h 00 min

    J’adore le concept de transsexualitÈ communale !