Mon fils, il a la vocation plurielle

dÈguisement gendarmeAu nombre des quelques dizaines de carriËres que mon fils a rÈsolu d’embrasser, une fois sorti d˚ment diplÙmÈ de la maternelle, figure en bonne place celle de policier. Si je me souviens bien, cette vocation lui est venue en septiËme position, derriËre celles de Mac Do (c’est le beau mÈtier qui consiste ‡ vendre des hamburgers), d’Èboueur, de garagiste, de conducteur de bateau, de grue et de camion.
– Et qu’est-ce qui te plaÓt, mon chÈri, dans le mÈtier de policier?, m’informai-je, le jour o˘ il annonÁa cette nouvelle vocation inÈbranlable.
– C’est que j’aurai plus besoin d’avoir peur des policiers. Et puis, j’aurai jamais d’amendes et toi non plus.
C’est gentil d’avoir pensÈ ‡ moiÖ
Une sorte de surdouÈ

J’attendais une rÈponse du genre normal : ´ Parce qu’ils ont des pistolets et qu’ils attrapent les mÈchantsÖ ª J’avais oubliÈ que mon fils est dÈfinitivement ‡ classer du cÙtÈ des anormaux. J’oublie tout le temps.
Il est vrai que mon hÈritier a acquis dËs son plus jeune age cet Ètrange sentiment dont la plupart de nos contemporains partagent certes le secret, mais rarement avant l’age de raison : la peur du gendarme. Bref, mon fils est une sorte de surdouÈ. Je raconte pas Áa pour me vanter, c’est la pure vÈritÈ. Et je le prouve :
Il y a un an ou deux, on dÓnait ensemble dans un restaurant. Il n’avait rien mangÈ, jusqu’‡ mÈpriser ses frites ! Lorsqu’il a refusÈ une mousse au chocolat, je lui ai demandÈ s’il se sentait bien, et quand il a rÈpondu qu’il Ètait juste fatiguÈ et qu’il voulait rentrer tout de suite se coucher, j’ai posÈ la main sur son front. Pas de fiËvre.
Il faut parfois un temps infini ‡ une mËre pour se rendre compte que son enfant est en train de traverser une terrible Èpreuve : c’Ètait un de ces jours-l‡. Mon fils demandait ‡ aller se coucher. Jamais il ne s’Ètait produit semblable ÈvÈnement.
AlarmÈe, j’enquÍte.
Et je dÈcouvre quoi ? Que s’il ne peut rien avaler, s’il dÈclare Ítre fatiguÈ, c’est parce qu’en garant ma voiture prËs du restaurant, j’ai mentionnÈ qu’elle Ètait en stationnement interdit. Il veut que nous partions parce qu’il est terrifiÈ ‡ l’idÈe que nous rÈcoltions une amende !
On ÈlËve les surdouÈs qu’on peut
J’ai compris plus tard qu’il imaginait, sans doute pour avoir assistÈ aux ruses de Sioux que je dÈploie pour Èviter d’en recevoir, qu’une amende Ètait un truc trËs grave, du genre mise au pilori ou lapidation jusqu’‡ ce que mort s’ensuive.
En prenant conscience de ce don prÈcoce de la peur du gendarme que j’avais rÈussi ‡ inculquer ‡ mon fils, je m’Ètais dit que, peut-Ítre, je devrais profiter de cette capacitÈ ‡ gÈnÈrer le gÈnie pour lui en transmettre de plus crÈatifs. J’ai essayÈ. J’y arrive moins bien. On ÈlËve les surdouÈs qu’on peut.
Depuis, j’ai tentÈ de me consacrer ‡ lui dÈmontrer l’utilitÈ de la marÈchaussÈe et sa relative indulgence vis-‡-vis des enfants, mÍme des pas sages. Aujourd’hui, il est un peu tranquillisÈ. Il a compris que la tendresse de son ‚ge le protËge encore de cette intolÈrable violence policiËre pudiquement dÈnommÈe ´ verbalisation ª. Jusqu’‡ l’obtention de son permis de conduire en tout cas. Affaire classÈe.
Restait un problËme : chaque nouvelle vocation inÈbranlable s’ajoutant ‡ la prÈcÈdente sans la chasser, mon fils avait alors le projet de mener sept carriËres de front. AprËs m˚re supputation sur le nombre d’annÈes d’Ètudes supÈrieures nÈcessaires ‡ l’exercice de si nombreux sacerdoces, je rÈsolus de lui exposer qu’il serait opportun de se rÈsoudre ‡ opÈrer un choix, aussi dÈchirant soit-il.
Il y a quelques jours, alors qu’il Ètait couchÈ, il me convoqua sur le ton de l’urgence la plus absolue :
– Maman !
Je cours, je vole, j’arrive. Il est tombÈ du lit ou quoi ?
Non. Il jubile. Un sourire gÈant Èclaire la chambre.
– J’ai trouvÈ ce que je vais faire comme mÈtier !
– Oui ?
– Je vais faire spectacle, comme Áa, je pourrai faire tous les mÈtiers dans mon mÈtier.
J’ai dit que c’Ètait une brillante idÈe.
D’ailleurs, je ne doute pas que mon fils devienne un excellent spectacle. Il sera parfait dans le remake du Gendarme de Saint-Tropez.
Allez, salut, bande de parents !
© Muriel Gilbert

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  • Evelyne 6 mars 2011 at 22 h 11 min

    Ma fille voulait Ítre reine et fermiËre (connaÓt-elle Marie-Antoinette ?), reine et ÈcuyËre (il est vrai que les reines montent souvent ‡ cheval) et rÈcemment elle a dÈcidÈ d’Ítre artiste…

    Et un mÈtier normal, non ???