Mon fils globe-trotte

frites belgesCet ÈtÈ, mon fils globe-trotte. Eh oui, que cela me plaise ou non, jíai engendrÈ un explorateur. Ecoutez plutÙt :
– Les deux premiËres semaines des grandes vacances, jíaurai trop de travail pour míoccuper de toi. Il y a trois solutions : tu peux aller au centre de loisirs, chez PÈpÈ et Mamie en CorrËze, ou avec MËmË en Belgique. Quíest-ce que tu choisis ?
– Cíest quoi, ´ en Belgique ª ?
– La Belgique, cíest un petit pays, au nord de la France.
– Cíest pas la France ?
– Non.
– Cíest ‡ líÈtranger, alorsÖ
– Oui.
– Je suis jamais allÈ ‡ líÈtranger. Je choisis líÈtranger. Cíest quand quíon part ?

DËs lors, le destin díaventurier de mon hÈritier Ètait scellÈ. A mon grand dam, jíappris que, dans nos rÈgions overcivilisÈes, une carte díidentitÈ Ètait indispensable au passage des frontiËres. La modÈration de mon enthousiasme ‡ la perspective des dÈmarches administratives subsÈquentes fut partiellement compensÈe par le bonheur díoffrir ‡ mon enfant un prÈsent de la plus haute valeur :
– Une carte díidentitÈ ! Je vais avoir une carte díidentitÈ ! Je parie que Matthieu a mÍme pas de carte díidentitÈÖ
A líannexe de la mairie, le prÈposÈ expliqua que ´ le titulaire ª devrait signer sa carte en revenant la chercher. Mon fils Ètait catastrophÈ.
– Maman, cíest quoi, une signature ? O˘ cíest quíon peut en avoir une ? Le monsieur a dit que, si jíai pas de signature, ma carte díidentitÈ sera pas bonneÖ et je pourrai pas aller ‡ líÈtranger !
– Pas de panique. Une signature, cíest juste une maniËre díÈcrire ton nom. Ta maniËre ‡ toi. Tu choisis. Mais cíest vrai que cíest important, parce quíil faut que tu saches la refaire pareil ‡ chaque fois quíon te le demandera.

Ont suivi trois jours de stress et de doute existentiel, durant lesquels mon fils ne sortait de sa chambre que pour prÈsenter ‡ mon jugement impartial celles de ses tentatives quíil estimait les plus rÈussies. Finalement, ce fut díune main que líÈmotion faisait trembler quíil apposa son nom sur le morceau de papier que lui prÈsentait le fonctionnaire.
AussitÙt rentrÈ, il fut de nouveau assailli par la fÈbrilitÈ :
– Oh l‡ l‡, jíai beaucoup de trucs ‡ prÈparer. Il faut pas que jíoublie mes lunettes de soleil, et puis mon maillot de bain. O˘ tías mis mon maillot de bain ? Il faudra que je fasse bien attentionÖ Quíest-ce quíil y a comme animaux dangereux, en Belgique ?
– Ben, comme en France : les chiens mÈchants, les frelons, les guÍpes et les moustiques.
– Pas de lions ? Pas de requins ?
– Pas en libertÈ, non.
– Je me demande comment on va faire pour que les gens nous comprennent. MËmË sait parler anglais. Tu crois que les Belges parlent anglais ?
– Dans la partie de la Belgique o˘ vous allez, les gens parlent franÁais.
– Ah bonÖ Et ils sont habillÈs comment ?

A líÈvidence, mon fils essayait de savoir si la Belgique coÔncidait avec les images quíil connaissait des pays díAladdin, de Mowgli ou des voyages de Tintin. DÈsolÈe, jíai d˚ lui fournir des prÈcisions qui ont Èvidemment amoindri son plaisir et les dimensions de son sourire. Ce matin, jíai tÈlÈphonÈ en Belgique pour vÈrifier si mon fiston ne souffrait pas trop du peu de mÈrites exploratoires du Plat Pays. Líaventurier est en-thou-siaste :
– Maman, tu míavais dit que les Belges, cíest comme nous, mais les Belges, cíest super, cíest pas pareil du tout, ils parlent bizarre, ils ont mÍme un roi, ils ont des jardins ‡ leurs maisons, ils ont des gaufres dures, et, dans les cafÈs, ils disent síil vous plaÓt quand on leur dit merci !
Quel exotismeÖ

Allez, salut, bande de parents !

© Muriel Gilbert

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