Je veux voler au-dessus des papiers gras

Je sais pas toi, bande de parents, moi, mes grandes décisions ne se prennent jamais le 1er janvier. Trop froid. Trop nuit. J’hiberne. Mes grandes décisions tendent à se prendre au printemps. Soleil entrevu. Journées qui s’allongent. Bourgeons verdissants. Collections d’été dans les boutiques… va savoir.
–         Un vé-lo, Maman ?!
Eh oui, la grande décision de cette année, c’était de faire l’acquisition d’un bicloune.
–         Mais qu’est-ce qui te prend ?!
Eh ben, comme je disais, soleil, bourgeons, nouvelles collections, quelques milligrammes à perdre, une politique parisienne de la ville verdissante qui fait pousser les voies cyclables, des voisins qui s’y sont mis et qui me doublent joyeusement dans les embouteillages…
–         Mais des rollers, c’est tellement mieux, Maman !
–         Peut-être, mais je sais pas en faire.
–         C’est pas dur, je t’apprendrai ! Les vélos, on se les fait tout le temps voler ; le roller, on peut en faire sur les trottoirs, c’est moins dangereux que de rouler entre les voitures. Allez, Maman, depuis le temps que je te dis que tu devrais te mettre au roller !

On dirait qu’il vole

Les arguments de l’héritier, qui passe sa vie sur huit roues (quand ce n’est pas sur les quatre de son fauteuil de bureau, face à l’ordi) commencent à me convaincre, je le sens… C’est vrai, il faut le voir virevolter, filer à toute vitesse sur les trottoirs, monter, descendre, sauter par-dessus les crottes de chien, les papiers gras et les boîte de Coca défoncées, on dirait qu’il vole. Oh oui, moi aussi, je veux !
–         Combien de temps il me faudrait, à ton avis, pour savoir en faire ?
–         Un mois au max, si tu en fais tous les jours.
–         Et tu me promets de m’apprendre ? Tu me donneras la main, au début ?
–         Mais oui, bien sûr, je vais t’apprendre, tu verras ça, c’est trop génial.
Deux jours plus tard, nous voilà partis, bras dessus bras dessous (là, j’exagère – disons ensemble et devisant gaiement), en direction du magasin de rollers le plus proche, celui du coin de la rue, où nous avons une carte de fidélité virtuelle depuis que l’ado qui me dépasse d’une tête a commencé le roller, dans la cour de l’école maternelle.
–         Ah non Maman, faut pas essayer d’économiser et prendre de mauvais patins, tu vas te dégoûter, ils te feront mal aux pieds… Tiens, regarde ceux-là.
–         Tu es sûr qu’elles doivent tourner aussi bien, les roulettes ? Les moins chers, les roues frottent un peu… ça serait peut-être moins dangereux d’aller moins vite, surtout au début…
–         Si c’est de la marche que tu veux faire, Maman, je te conseiller de t’acheter des chaussures.
Il s’est ligué avec le vendeur, et j’ai acheté. De retour à la maison, je me suis d’abord entraînée dans la cuisine, sous l’œil paternel du prof de roller fistonnesque. Puis, on est sortis dans la cour, puis dans la rue. On est allés jusqu’au bout de la rue, et on est revenus. Epuisée (de peur ?), j’ai décidé que ça suffisait pour un premier jour.

Ça va pas, non ?!

Le lendemain n’a pas été très différent. J’étais loin de voler au-dessus des papiers gras. Le surlendemain, lassé sans doute par le parcours, toujours le même, que je m’obstinais à faire encore et encore (cuisine, cour, rue, retour), le prof a commencé à trouver que je devrais essayer la marche arrière et le saut de trottoir.
–         Ça va pas, non ?!
–         Mais, Maman, si tu fais pas un effort, tu vas mettre un an avant de pouvoir t’en servir pour te promener, de tes rollers.
–         Et alors ?
–         Et alors, moi, je vais sûrement pas passer un an à faire des allers-retours avec toi dans notre rue !
J’en étais sûre ! Quand je pense à tout le temps que j’ai passé, moi, dos cassé, à lui tenir les deux mains parce que, à 8 mois, môssieur voulait savoir marcher avant tout le monde… Passons… Je vais me l’acheter, mon vélo. Pour faire du vélo, comme chantait la Tropézienne à strabisme, je n’ai besoin de personne. Et je continuerai mon roller ridicule, entre cuisine et rue d’en bas. Pendant un an s’il le faut. Jusqu’à ce que je vole de mes propres ailes au-dessus des papiers gras.
Allez, salut, bande de parents !
© Muriel Gilbert

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  • fannette 24 mai 2012 at 9 h 28 min

    Ah là là les rollers…. j’ai tenté et… j’voudrais pas te faire peur mais le résultat a été une fêlure du coccyx… Depuis… j’fais d’la rando!! 🙂

  • missrelie 24 mai 2012 at 9 h 33 min

    hello
    bravo en tout cas je nai pas des grands enfants pour m’apprendre mais je sent que jy aurais vite droit aussi a leur apprendre sans savoir moi meme quand au velo.. il faudrait aussi! bravo a toi apres la nlle problematique c’est que des rollers ça prend moins de place qu’un velo!
    bises

  • Radegonde from Broceliande 24 mai 2012 at 10 h 23 min

    JE FERAI DU ROLLER QUAND ILS SORTIRONT LA VERSION YOUPALA POUR ADULTES ( j’en ai eu une attaque de majuscules ) ( non pas un déambulateur )

  • Mme Statler 24 mai 2012 at 10 h 33 min

    le roller c’est pas si compliqué
    j’arrive super bien à en faire : sur route plate, quand il n’y a personne, et quand il y a des poteaux sur lesquels je me « jette » pour pouvoir freiner…

  • FoxyMama 24 mai 2012 at 11 h 01 min

    Le vélo c’est beaucoup plus sympa que le roller, avoir ces gros trucs aux pieds et ne pas pouvoir les enlever quand on veux sous peine de se trimballer en chaussettes c’est trop pour moi.

  • Béatrice 24 mai 2012 at 13 h 00 min

    Mes rollers prennent la poussière dans le fond du placard … !!!

  • MamyS 24 mai 2012 at 13 h 41 min

    Le roller et la guitare, c’était la promesse que mon héritier à moi m’avait faite. Promis-juré-craché il allait m’apprendre….. Mon don naturel pour l’équilibre a is fin aux cours de roller au bout de…………. Au moins 10 minutes! Quant à la guitare, il m’a bien appris pendant 12 minutes… Au moins! Heureusement pour le vélo, je savais en faire avant lui, non mais!

  • Poulette Dodue 24 mai 2012 at 14 h 04 min

    Y a aussi la possibilité de faire de belles balades toi à vélo et l’héritier en roller !! Hé ouais !

  • Céquiaile 24 mai 2012 at 14 h 24 min

    Quoi la bigleuse de St Trop. Qu’elle ait eu des ennuis aux quinquets peut-être mais qu’elle soit bigleuse, où t’as vu ça? ??
    Tu fais une fixette sur le thème ou une confusion (au choix) avec Mylène Demongeot, Dalida OU… Jo Dassin.?

  • Muriel Gilbert 24 mai 2012 at 19 h 39 min

    @ Fannette : Je sens déjà ma motivation chuter… si pas mon séant !
    @ Missrelie : Je te conseille d’apprendre en même temps qu’eux, tant qu’ils sont petits, c’est ce que j’aurais dû faire…
    @ Radegonde : UN DEAMBULATEUR A ROULETTES ! Quelle belle idée 😀
    @ Mme Statler : Je sens comme une communauté de niveau avec toi.
    @ FoxyMama : Arrête. Je me sens mollir…
    @ Béatrice : Bon, ya une place à côté pour les miens ?
    @ MamyS : Tu crois qu’on peut en tirer un enseignement ? Genre les parents peuvent apprendre des tas de trucs à leurs moutards, mais n’apprennent jamais rien d’eux ?
    @ Poulette : Je reconnais bien là ton pragmatisme optimiste.
    @ Céquiaile : Elle a un strabisme. Léger mais qui a toujours été évident pour moi. En fait, il paraît qu’elle ne voit rien d’un oeil.

  • MamyS 26 mai 2012 at 18 h 48 min

    Si on doit vraiment en tirer une leçon (mais doit-on?) c’est que les parents sont plus patients que leur progéniture….