Le problËme avec dÈcembre

Le monde est mal fait. Ya la guerre quíest chevillÈe au corps díHomo sapiens depuis quíil a lí‚ge de pierre, ya le cancer et la cirrhose du foie qui líassaillent (son corps) síil a pas ÈtÈ dÈmoli par le moyen prÈcÈdent (la guerre ñ tu suis, oui ?), ya la misËre, des trucs comme Áa. Mais tu sais bien, vingt et uniËme siËclienne, vingt et uniËme siËclien, quíici on ne síintÈresse quíaux dÈtails. Cíest complexant, mais cíest ainsi : jíai líesprit petit-bout-de-la-lorgnettal. Alors voil‡, parmi les trucs du monde ‡ changer, selon moi, ya dÈcembre.

DÈcembre, il fait nuit tout le temps, il fait froid, et entre les deux, il pleut. Des fois, pour que tout le monde se mette pas tout de suite une balle collective dans la tÍte, il neige. «a fait joli et Áa occupe : tu fabriques un bonhomme de neige, tu dÈgages líentrÈe du garage et le pare-brise de la voiture. Comme il pouvait pas neiger tout le temps, on a inventÈ NoÎl avec ses loupiotes qui clignotent, et le jour de lían, avec ses nez rouges. Cíest dÈj‡ Áa. Mais Áa ne rachËte pas dÈcembre.

Le problËme de dÈcembre, cíest novembre

En fait, tu veux que je te dise ? Le problËme de dÈcembre, cíest quíil vient juste aprËs novembre, qui lui-mÍme arrive pile derriËre octobre. Tu crois que cíest malin, Áa, comme conception ? Pire : dÈcembre est suivi, irrÈmÈdiablement, inÈluctablement, imperturbablement, et chaque annÈe depuis que tíes nÈ, par janvier. Puis fÈvrier. Quand il ne neige plus, que tías pliÈ le sapin en plastique recyclable et tes escarpins dorÈs de la Saint-Sylvestre avec les talons níimporte-quoi-qui-cíest-qui-peut-marcher-avec-Áa-sans-parler-de-danser, ben il te reste prËs díun trimestre díhiver. Interminable.

Bref, le problËme de dÈcembre, cíest líhiver. Sans compter líautomne. Car figure-toi quíon vient ‡ peine de sortir officiellement de líautomne, nom de dieu. Líautomne, au dÈbut, quand tíes pas habituÈ, tu pourrais croire que Áa va Ítre une saison sympa, les cartables tout neufs, les feuilles rousses, les marrons quíon ramasse quíon síen met plein les poches, on níen fait rien mais cíest marrant et aprËs Áa se dessËche dans une coupe ‡ fruits. Mais, assez vite, les jours raccourcissent, síassombrissent, les trottoirs se remplissent de parapluies noirs, et paf cíest dÈcembre.

Ze soloucheune : líalternance calendaire mensuelle

Oui mais. Tu te souviens de líÈtÈ ? Cíest chouette, líÈtÈ. Tu enfiles une petite robe, des Havaianas, et hop, tu sors. Il fait chaud. Tu transpires. Tu nages. Tu bois líapÈro en terrasse. Tu invites les voisins ‡ barbecuter au jardin. Tu te balades jusquí‡ onze heures du soir comme en plein jour. Des fois, il fait trop chaud. Cíest la canicule. La nuit, tíarrives pas ‡ dormir, tu Ètouffes et les vieux meurent. Tíes obligÈ díaller vÈrifier tous les jours que ta voisine nonagÈnaire ait bien descendu son litron díEvian. En fait, líÈtÈ, au bout díun moment, cíest monotone ñ tout jeu de mot avec une saison existante et moyennement agrÈable serait fortuit et involontaire. Je vais te dire : líÈtÈ, ‡ la fin, tíen a ras le bol. Tu rÍves díune bonne petite tempÍte de neige.

Ce qui est vraiment bien, en rÈalitÈ, cíest les changements de saison. Et cíest l‡ que jíai ze soloucheune. Líalternance. La dÈmocratie calendaire mensuelle : je propose quíon alterne les mois moches et les mois beaux ñ novembre, puis juin, suivi de dÈcembre, qui prÈcÈderait juillet, janvier síenquillant juste derriËre ao˚t. Ce serait nettement plus vivable. Un coup de chaleur, un coup de frais, un mois de marmottage, un mois de bronzage, une bataille de boules de neige, une opÈration p‚tÈs de sable.

Redistribuons le climat

Je suggËre Ègalement, tant quíon y est, quíon redistribue plus Èquitablement le climat en fonction de la latitude. CommenÁons modestement par notre Hexagone ‡ nous. Pourquoi ce serait au nord, l‡ o˘ ya le plus de pauvres et de chÙmeurs, le moins de mÈdecins, le plus de terrils abandonnÈs, quíen plus il fait tout le temps gris et froid ? Tandis que, en Corse, par exemple, dont dÈj‡ les indigËnes arpentent des paysages magnifiques o˘ gambadent fromages fabuleux et cochons sauvages au bord díune mer tiËde et transparente, ils ont tout le temps du soleil. Sans rigoler, cíest juste, peut-Ítre ? OK, les Corses ont aussi le FLNC. «a compense. Mais je me demande si les habitants de Valenciennes ou de Tourcoing, par exemple, ils adopteraient pas le FLNC, cagoules et tout (eh, les cagoules, dans le Nord, ce serait quand mÍme moins crÈtin), en Èchange de 300 jours de soleil par an ?

MÈtÈorologiquement parlant, il y a une rÈvolution ‡ faire. Vingt et uniËme siËcliennes et iens, on síy met ? Sous les claviers mouillÈs, la plage ?

© Muriel Gilbert

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