Líantigastronome en culottes courtes

DíaprËs les rÈsultats díun sondage rÈalisÈ en toute objectivitÈ par moi auprËs díun Èchantillon reprÈsentatif díadultes de ma connaissance, parmi les traumatismes le plus frÈquemment imposÈs par des enfants abusifs ‡ leurs parents sans dÈfense, celui de la pauvretÈ de líÈventail gastronomique des moins de 10 ans remporte la palme de la contrariÈtÈ.

McDo, nouilles, frites, úufs sur le plat, saucisses en plastique et beefsteak hachÈ sont les six mamelles de la gastronomie enfantine. Cíest bien connu, pourtant il me semble que mon fils, l‡ encore (pardonnez moi, mais cíest la vÈritÈ), est une sorte de champion.

En effet, parmi les enfants aux repas desquels jíassiste rÈguliËrement, il est le seul ‡ níavaler díaliment salÈ, en dehors des six susmentionnÈs, quíadditionnÈ de tonnes de sel lacrymal. Peut-Ítre devrais-je Ítre plus claire ? Lorsque, poussÈe par un louable souci diÈtÈtique et un tas de messages alarmants du ministËre de la santÈ, je tente de lui faire avaler autre chose, son dÈsespoir est tel que le mets dÈlicat artistement prÈsentÈ dans son assiette termine invariablement sa pauvre existence noyÈ dans un jus de larmes tiËdes et salÈes, pour Ítre ensuite enseveli dans la plus proche poubelle. Cíest alors que je mets quatre saucisses en plastique dans une casserole díeau chaude, au grand soulagement de mon hÈritier, dont le regard encore humide semble me demander pourquoi nous níavons pas commencÈ par l‡, Áa aurait ÈtÈ tellement plus simple.

Jíavoue que, de plus en plus souvent, je suis de son avis : mes tentatives se rarÈfient beaucoup avec le temps. En bref, il est dorÈnavant frÈquent que je saute le premier chapitre pour passer directement ‡ líÈpisode saucisses. Cíest mal, je sais. Mais mon fils est trËs content. Pourtant, il parvient encore ‡ míÈtonner. Líautre jour, par exemple, au supermarchÈ :
– Je veux ces yaourts-l‡.
– Pourquoi veux-tu que je rachËte des yaourts : le rÈfrigÈrateur en est plein !
– Parce que ceux-l‡, je les mange pas.
– Et pourquoi tu ne les manges pas ?
– Parce quíils sont pas bons.
– Mais enfin, cíest des yaourts aux fruits sans aucun vrai fruit dedans, comme tu les aimes, avec le parfum chimique et toutÖ
– Oui, mais ils sont pas bons.
– Ecoute, chÈri, jíen ai mangÈ, moi, et ils ont exactement le mÍme go˚t que les autres !
– Je sais.
– Alors pourquoi veux-tu que jíen achËte díautres, ‡ la fin !
Il Èclate en sanglots nerveux :
– Mais parce que, mais parce que, mais parce que ceux qui sont dans le frigo, les fruits sont en photo dessus, au lieu díÍtre dessinÈs, et moi Áa me donne líimpression quíil y a des vrais bouts de fruits dedans, alors je peux pas les manger !
Figurez-vous que jíai obtempÈrÈ. Díailleurs, si quelquíun acceptait de míaider ‡ finir les seize yaourts chimiques rÈpudiÈs (avec des fruits en photo dessus)Ö jíen ai la nausÈe.

Une autre aventure rÈcente mía sidÈrÈe. Nous passions le week-end en Normandie. Un matin, de bonne heure, jíai surpris la conversation suivante :
– Tu viens avec moi ‡ la pÍche ?, proposait líun des amis qui nous accueillaient.
– Oh oui, rÈpondait mon fils, enthousiaste, sautant sur ses pieds.
– Tu aimes le poisson, au moins ?
– Oh oui !
– Eh bien, ce soir, on mangera les poissons quíon aura pÍchÈs, díaccord ?
– Oh oui !
Et tandis quíils sortaient ensemble de la maison, juste avant que la porte ne claque dans leur dos, jíai pu entendre mon antigastronome ajouter cette derniËre petite phrase :
– JíespËre quíon va pÍcher des poissons panÈs, parce que les autres, je les mange pas.

Allez, salut, bande de parents !

© Muriel Gilbert

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