La magie de NoÎl, version chez nous

Je ne sais pas vous, mais moi, je trouve que NoÎl, Áa commence ‡ bien faire. Et ne croyez pas que je fasse partie de la bande de dÈpense-triste qui nous assËnent chaque annÈe le procËs de la dÈbauche consommatrice qui fait exploser nos dÈcouverts bancaires. Pas du tout. MËre depuis huit ans trois quarts, jíai neuf ans díexpÈrience du dÈcouvert de janvier, et, si cela a ÈtÈ dur au dÈpart, je míy suis parfaitement habituÈe. Ma banque aussi.

Bref, comme la plupart de mes collËgues parents, je me ruine gai. Avec pour seule excuse le plaisir que jíÈprouve ‡ voir briller líexcitation dans les yeux de mon rejeton.
Mais voil‡, l‡ o˘ jíen ai marre, cíest que mon fils, lui, ne joue pas le jeu. Cíest vrai, quoi : dÈj‡, du temps o˘ le PËre NoÎl existait encore, on a eu la phobie du vieillard síintroduisant subrepticement dans la maison. ´ Maman, síte plaÓÓÓÓt, dis-lui quíil vienne pas, au PËre NoÎl ! ª Phobie qui síÈtait soldÈe par un accord avec le barbu qui, renonÁant ‡ la cheminÈe, avait d˚ garnir nos souliers dÈposÈs ‡ líextÈrieur, devant la porte díentrÈe.
Nous avons ensuite survÈcu ‡ líÈpoque glorieuse des commandes ‡ rallonge, avec croix de sÈlection au feutre rouge sur chacun des articles des 154 pages du catalogue de jouets, et dÈception mÈmorable chaque 25 dÈcembre ‡ líappel des absents ñ depuis les peluches ´ pour si jamais un jour jíai un petit frËre ª jusquíaux piles ´ parce quíon en a toujours besoin, de piles ª. GÈnÈrositÈ et prÈvoyance de mon hÈritier que, croyez-le, je respecte dans níimporte quel autre contexte.

Depuis deux ans, le PËre NoÎl níexiste plus : mon fils est devenu raisonnable, et les listes ont raccourci. On pourrait croire que notre famille fÍte enfin NoÎl comme toutes les autresÖ nonobstant le fait que mon rejeton dÈteste le foie gras, le saumon, les huÓtres et les marrons, ce qui nous laisse comme possibilitÈ de menu de rÈveillon une dinde light (sans marrons) et la b˚che (que jíabhorre). Mais nous níen sommes pas quittes pour autant. Ecoutez plutÙt :
– Aaaaaaaaaahhhh !
Il est 1 h 30 du matin. Cíest la troisiËme nuit que ce cri díhorreur digne des thrillers les plus saturÈs en hÈmoglobine dÈchire mes rÍves tranquilles. Bien s˚r, je possËde cette magnifique adaptabilitÈ de líÍtre humain, qui síhabitue ‡ tout : je saute nettement moins haut dans mon lit que la premiËre fois, et je cours un peu moins vite ‡ la source du hurlement. Il níempÍche que, la troisiËme nuit, je vous assure, Áa manque díagrÈment. Mais ce cri, cíest quoi ?, vous demandez-vous. Eh bien ce cri, cíest toute la magie de NoÎl, version chez nous.

Comme les deux nuits prÈcÈdentes, je me prÈcipite auprËs de mon fils. Comme les deux nuits prÈcÈdentes, il a les yeux ÈcarquillÈs par la terreur et la voix pleine de sanglots :
– Jíai encore rÍvÈ que jíavais pas de cadeaux pour No-ÎÎÎÎl !
– Exactement le mÍme rÍve ?
– Non, cette fois, il y avait les cadeaux, mais quand je les ai ouverts, il y avait rien dedan-an-ans.

Hier et avant-hier, jíai essayÈ de le rassurer. Aujourdíhui, je capitule : foin de magie de NoÎl, ‡ deux heures du matin, je viens de vider ma planquette secrËte, et voil‡ tous les cadeaux sous le sapin, avec prËs díune semaine díavance. AprËs avoir d˚ment soupesÈ et secouÈ chaque emballage, mon fils síest recouchÈ, tranquille. Jíadorerais en faire autant, mais deux questions me taraudent :
1/ Est-ce quíune seule fois, en huit ans trois quarts, jíai eu la cruautÈ de le menacer de le priver de cadeaux ?
2/ Mais quíest-ce que jíai fait au PËre NoÎl ?!

Allez, salut, bande de parents !

© Muriel Gilbert

Lire aussi...