´ JíhÈrite ? ª

Coffre au tresor pour enfant– Maman, tu veux un verre d’eau ? Tu as pas faim ? Si tu as faim, je peux te faire des nouillesÖ Non ?… Tu veux que je te prÍte un Lucky Luke, alors ?
Áa vous rÈchauffe le cúur, un dÈvouement filial pareil, hein ? Eh ben non. Pas chez nous. Au contraire, ces tombereaux de prÈvenance m’inquiËtent au plus haut point.
Tombereaux de prÈvenance
Je m’essplick. Je sais pas les vÙtres, mais mon fiston ‡ moi, s’il y a un truc qu’il dÈteste, c’est de me savoir malade. Vous me direz, il est naturel d’Ítre dÈsolÈ quand ceux que nous aimons traversent une mauvaise passe. Certes. Mais non. Loin de mon garÁon l’idÈe saugrenue de se morfondre sur le sort de sa pauvre maman malade, comme Áa se faisait pourtant couramment aux alentours de 1910, au temps o˘ les enfants Ètaient des modËles de piÈtÈ filiale, voici-des-roses-blanches-tiens-ma-jolie-maman et tutti quanti. Pas du tout. La plupart du temps, c’est bien simple, la stratÈgie de mon hÈritier consiste ‡ faire semblant que je ne suis PAS malade. Exemple :
– Maman, tu avais dit que ce week-end, on irait ‡ l’AquaboulevardÖ
– En effet, mon chÈri, mais tu sais bien que j’ai une angine. On ira la semaine prochaine.
– Ah, ben Áa m’Ètonne pas, faut toujours que tu trouve un prÈtexte pour pas y aller. J’en ai marre, tu avais promis !
Et il se prÈcipite dans sa chambre, claquant la porte.
Bref, je ne peux pas Ítre assommÈe de fiËvre sans que mon fiston plutÙt sympathique ne se transforme presto en Mister Hyde Junior, poussant ‡ fond le son de sa console de jeux vidÈo, refusant de manger, de faire ses devoirs, ouvrant ‡ deux battants toutes les fenÍtres de l’appartement, que sais-jeÖ Comme s’il s’acharnait, avec l’Ènergie du dÈsespoir, ‡ arracher ‡ cette loque tremblante (moi) une rÈaction quelconque, musclÈe si possible, bref une preuve incontestable qu’elle n’est pas tout ‡ fait encore ‡ l’article de la mort.
Huit jours de mÈduse ÈchouÈe
Or, la semaine derniËre, ayant fait fi des conseils rÈitÈrÈs mÈdiatico-gouvernementaux en faveur du vaccin antigrippal, je me trouvai ÈquipÈe d’un spÈcimen particuliËrement vigoureux du virus de cette annÈe. RÈsultat : huit jours de mÈduse ÈchouÈe sur mon lit. Le premier jour, mon garÁon appliqua sa stratÈgie habituelle. Idem le deuxiËme jour. A partir du troisiËme, je sentis faiblir sa belle Ènergie. Et c’est au soir du quatriËme jour d’inertie totale de l’amas tremblant de couvertures maternel, une durÈe de knock-out ‡ laquelle il n’Ètait pas habituÈ, que j’eus la stupÈfaction d’entendre mon fils me proposer de m’apporter ‡ boire SANS QUE JE LE LUI DEMANDE.
Soit il est devenu quasi humain, songeai-je ‡ part moi dans un brouillard fiÈvreux, soit cette suspecte sollicitude annonce un drame.
– D’accord pour le Luck Luke, chÈri, c’est gentil. Mais dis-moi, qu’est-ce qu’il y a ? J’ai l’impression que tu es inquietÖ Tu as des soucis ?
– Maman, il y a un truc que je voudrais te demanderÖ
– Oui ?
– Voil‡, crois pas que je le souhaite, maisÖ (il hÈsite longuement, puis se lance dans un souffle)Ö qu’est-ce que je deviens, si tu meurs ?
– Hein ?
– Ben oui, par exemple, est-ce que j’hÈrite de l’appartement ?
Si je meurs ‡ l’issue d’une longue maladie, en tout cas, il n’est pas impossible que mon hÈritier se trouve dÈshÈritÈ.

Allez, salut, bande de parents !

© Muriel Gilbert

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