Je suis qu’une fausse verte

Bande de vingt et uniËme siËcliennes et iens, jíai honte. Une fois de plus, je suis mal dans mon bio. Au-dessous de ma verdure. De guingois dans ma naturophilie. Not en peace dans mon green. Pas bien dans mon WWF.

Bon, cíest pas comme si jíavais pas líhabitude. Les premiers symptÙmes sont apparus dËs lí‚ge le plus tendre. Je chÈrissais les poules de mon pÈpÈ, qui picoraient le bon grain en dandinant leurs grosses fesses plumeuses. Je raffolais par ailleurs, et pour de tout autres raisons, du poulet rÙti de ma mamie. Avec le jus, l‡ ñ brun au fond, dorÈ au-dessus. Du poulet de la campagne, tu meurs tellement cíest bon. Enfin, surtout, cíest lui qui meurt.

Cíest bien l‡ le problËme. DËs que jíai disposÈ díassez de connexions neuronales pour poser líÈquation ´ la poule ‡ pÈpÈ = le poulet ‡ mamie ª, jíai commencÈ de ressentir des tiraillements. «a ne síest pas arrangÈ quand jíai compris que la mÍme relation existait entre la vache et le steak hachÈ. La vache, dans son joli prÈ tout vert, l‡, avec son gros nez humide et ses beaux yeux marron, comment tu peux avoir le cúur de la boulotter ?

Ben si. Le cúur, peut-Ítre pas ; líappÈtit, si. DËs lors, jíai su que jíÈtais un monstre : convictions de vÈgÈtarienne, papilles díogresse. Bon, le lapin, le veau, le cheval, quand mÍme, je les Èvite. Le gibier aussi. Tu tíimagines, manger de la biche ? BAMBI ?! Pourtant, si jíassume pÈniblement ma position díHomo sapiens superprÈdateur, royalement trÙnant au top de la chaÓne alimentaire, jamais je níai rÈussi ‡ devenir herbivore. Bref, tías saisi le dilemme.

Ma conscience serait encore relativement en repos entre les heures des repas, si ce dÈchirement entre convictions vertes et noirs agissements se limitait† ‡ líalimentation. Mais tous les domaines de ma vie sont envahis. Prenez les dÈplacements. Certes, je VÈlibí (on en recausera), mais je suis aussi propriÈtaire díune voiture. Pire : je líaime (voir ci-contre la chronique ´ Patience, RenÈ, cíest une gonzesse ª). Or, Èvidemment, et de maniËre tout ce quíil y a de contradictoire, je suis terrifiÈe par líamincissement de la couche díozone, le rÈchauffement climatique et la banquise qui fond sous les ours blancs. Des fois ñ je rigole pas ñ Áa míempÍche de dormir. Pourtant, jíutilise ma voiture. Et, total pÈchÈ, jíy prends du plaisir. Un plaisir coupable, Áa va sans dire. Je continue aussi de voyager en avion. Et, pour causer ÈlectricitÈ, alors que les dÈchets nuclÈaires me donnent des palpitations, je ne me suis pas davantage rÈsolue ‡ míÈclairer ‡ la chandelle. Ni ‡ passer ‡ líordinateur ‡ pÈdales.

Attention, si ma voiture roulait ‡ la vapeur díeau, je líaimerais encore davantage ; Èvidemment, je ferme le robinet en me brossant les dents, jíÈteins la lumiËre quand je sors díune piËce, je ne jette rien hors des rÈceptacles prÈvus ‡ cet effet, et les trois mËtres carrÈs que jíai la vanitÈ díappeler ma cuisine sont overpeuplÈs par les douze poubelles du tri sÈlectif. Sans compter que, depuis que mes grands-parents sont morts, cíest beaucoup moins difficile de rÈsister au poulet. Le poulet sous cellophane, l‡, Áa te donne des envies de haricots. Verts.

Beuh alors, quíest-ce qui peut bien lui provoquer cette remontÈe de mauvaise conscience ?, vous interrogez-vous non sans raison. Ben voil‡. En me baladant sur Lemonde.fr, ce matin, je suis tombÈe sur un article qui enfin, faisait de moi Greenpeace personnifiÈe. Une sorte de Marianne de líÈcologie. ´ Faire pipi sous la douche pour sauver la planËte ª, Áa síappelait. Pour une fois, jíÈtais ‡ la pointe de líÈcologiquement correct. Selon líarticle, ´ ce sont les petits gestes cumulÈs qui comptent ª, et ´ chaque personne qui Èvite de tirer la chasse díeau une fois par jour, en profitant de líeau utilisÈe pendant une douche, Èconomise 4 380 litres d’eau potable par an ª. Moi qui le fais depuis des annÈes, jíai d˚ Èpargner des millions de litres díeau potable. Les guerres de líeau qui se profilent, tiens, Áa, au moins, jíy serai pour rien, je me disais ce soir, faisant pipi sous ma douche avec un soulagement naturel doublÈ de bonne conscience youpie. Mais finalementÖ cette douche est drÙlement bonne, quelle dÈtente, moi qui suis si tendue en ce moment, comme un Èlastique díavion ‡ hÈlice de ´ Pif gadget ª, je vais míenvoler et rester coincÈe dans un arbre, si Áa continueÖ Alors, aprËs míÍtre douchÈe, lavÈe et tout, hein, je me dis oh, comme ce serait bon, un bain. Et paf, je mets le bouchon, et je míenfile une douche ET un bain. EuhÖ l‡, jíai honte. Je serai jamais quíune vert p‚le.

© Muriel Gilbert

PS : En parlant de couleurs, je viens de míacheter un vernis ‡ ongles de la M ME couleur rouge-orangÈ magnifique que ma voiture. Trop la classe quand je fais des signes de la main par le toit ouvrant.

PS-bis : Ah, et pour ceux zÈ celles qui piaffaient pour avoir la solution de líÈnigme du modËle de líautomobile, jíai postÈ la rÈponse dans les commentaires de la chronique idoine, cliquez dans la colonne de droite, l‡ : ´ Patience, RenÈ, cíest une gonzesse ª.

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