Je suis de religion bordÈlique

Comment tu veux fermer cette valise, hein ?Le bordel, cíest la vie. ´ Bordel ª, comme dans chaos, bazar, souk, dÈsordre et capharna¸m ñ pas comme dans les maisons dont Marthe Richard a obtenu la fermeture en 1946, ce qui ne nous rajeunit pas, mais l‡ níest pas la question. Quoi de plus dÈprimant quíun intÈrieur propret, quíune maison bien rangÈe, o˘ ne flotte pas le plus petit poil de chien, o˘ les revues ne forment quíune seule et morne pile sur la table basse ? Quoi de plus vide de signification quíun Èvier impeccable ? Tandis quíun joli tas de vaisselle sale, voil‡ qui rappelle gaiement le chaleureux dÓner de la veille. Quoi de plus bÍte que des chaussures rangÈes deux par deux, par saison, par couleur et par hauteur de talons ? Tu te crois chez Ikea ? Quoi de plus impersonnel quíun lit tirÈ ‡ quatre Èpingles ? Tandis que, regarde : draps en pagaille, ton imagination travailleÖ (1)

Bon, OK, vous míavez dÈmasquÈe, je suis de religion bordÈlique, et tout ce qui prÈcËde níÈtait quíune pitoyable tentative de prÍchage pour ma paroisse. Pourtant, jíadorerais Ítre une femme ordonnÈe. Et si vous saviez comme je me suis amÈliorÈe. Díailleurs, une lutte de vingt ans contre ma nature chaotique a tout de mÍme fini par porter quelques fruits malingres. Du coup, le lit, la vaisselle, tout Áa, en fait, jíassure. A peu prËs.

Les vacances, jíadore ; la valise, jíabhorre

Le truc qui vraiment vraiment reste gravement coincÈ, cíest la gestion des fringues. Mon meuble ‡ chaussures, tu croirais la pyramide de godasses orphelines quíils font, une fois par an, au TrocadÈro, pour protester contre les mines antipersonnel. Tu ouvrirais mon armoire ‡ vÍtementsÖ tiens, le placard de Gaston Lagaffe, quíil remplit ‡ la pelle de chantier, Áa donne une vague idÈe. Car la pire des ´ t‚ches mÈnagËres ª (la seule association de ces deux mots me donne des plaques rouges), selon moi, cíest le pliage des vÍtements. Je dÈteste. Et JE SAIS PAS FAIRE. L‡ ! Tu me donnes une chemise ‡ plier : avec la meilleure volontÈ du monde, en y passant des tas de minutes, je te rends, avec un niais sourire díexcuse en coin, un petit boudin informe et froissÈ. Ma vie en dÈpendrait que ce serait le peloton díexÈcution direct. Jíai fini par trouver une parade partielle au problËme : les penderies bourrÈes de cintres. Cíest Áa, la rÈsilience, hein Boris ?

Mais il y a quand mÍme un pensum que je níai pas encore rÈussi ‡ contourner : La Valise. Les vacances, jíadore ; la valise, jíabhorre. Car faire (et dÈfaire) une valise, cíest plier des vÍtements, níest-ce pas ? Du coup, je la fais au dernier moment, ce qui me donne une excuse (líurgence) pour la bourrer níimporte comment en poussant bien fort avec les poings.

Un soutien-gorge síenvole, faÁon Èlastique gÈant

Et cíest ce qui explique, chËre vingt et uniËme siËclienne, cher vingt et uniËme siËclien, ce qui vient de se produire dans le TGV qui dÈmarre tout juste de la champÍtre gare de Saint-Etienne-Ch‚teaucreux. Telle que tu me vois, l‡, je suis en train díy prendre place, retour díun week-end amical en province, du cÙtÈ du Forez (moi non plus, je savais pas que Áa existait, avant). Je voyage seule. RÙÙÙÙ, ils míont mise ‡ une table de quatre, l‡. Bon, petit sourire mauvaise-fortune-bon-cúur ‡ líadresse du couple assis en face, cinquante ans grand max ‡ eux deux. Me toisent sans rÈagir. Le trajet va Ítre chaleureux. Avant de le ranger dans le porte-bagages, au-dessus de nos tÍtes, je pose mon sac de voyage sur la table, en quÍte du magazine que jíy ai glissÈ ‡ la diable au milieu de mes petites affaires. Ah, je le tiens. Mais pourquoi il ne sort pas ? Je tire, je tire, quíest-ce qui peut bien retenir cet imbÈcile, je tire comme une folle, hop il sort, et en mÍme temps, un soutien-gorge, qui le retenait dans sa bretelle, síenvole faÁon Èlastique gÈant, síÈcrase au plafond du wagon… et retombe sur les genoux du voisin díen face. PrÈcipitamment, je rÈcupËre mon bien entre ses cuisses en chuchotant vivement (pourquoi ?!) : ´ Cíest mon maillot de bain ª. Visage sans expression du voyageur et de sa nana.

Ce sera mon plus beau voyage en TGV. Je hoquette, toute seule, essayant de planquer derriËre un magazine agitÈ de spasmes un visage baignÈ des larmes díune crise de rire incontrÙlable. Et eux, toujours sans expression. Je parie que leurs valises sont au cordeau.

Comme quoi, le bordel, bande de vingt et uniËme siËcliennes et iens, cíest la vie. CQFD.

© Muriel Gilbert

PS : Cette histoire tout ce quíil y a de vÈridique est dÈdiÈe ‡ Charogne Stoned, ‡ qui il en est arrivÈ une du mÍme staÔle avec son sac ‡ main.

PS2 : Cette histoire est aussi dÈdiÈe ‡ mon JicÈ, qui a autant de patience avec mon bordel que moi avec son ordre. Ce qui níest pas peu dire.

(1) Dicton maison.

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  • Madame Sophie 24 février 2011 at 17 h 24 min

    J’adore! Je ris toute seule! Et moi, je connais le Forez, tiens!

  • BÈatrice 24 février 2011 at 17 h 45 min

    Je connais le Forez, la gare de Saint Etienne Ch‚teaucreux et je suis pliÈe (correctement) de rire !!!! Et tu as hoquetÈ combien de temps ???

  • PÈtoulette 24 février 2011 at 18 h 44 min

    L’histoire ne dit pas si l’eau Ètait bonne du cÙtÈ de Forez…. Quelle idÈe en plein mois de fÈvrier!

  • Begonia 24 février 2011 at 18 h 59 min

    Tu fais comme moi : tu plies en trois !! J’texplique… Tu poses le machin, tu rabas une manche ‡ l’horizontale, puis l’autre manche, puis tu ramËnes le bas du truc vers le haut… Ca n’est pas validÈ par les vraies mÈnagËres, mais c’est pliÈ non ?

  • Maya Lou 24 février 2011 at 20 h 59 min

    Je connaissais le  » soutien – gorge – fronde  » et l’histoire du slip ( ou plutÙt du non -slip ) de C haroN StoN ; mais l‡, tu m’Èpates …
    T’en loupes pas une, bordel !

  • Mentalo 24 février 2011 at 21 h 53 min

    L‡ o˘ y a pas de bordel, y a pas de plaisir. Je te vois d’ici hoqueter, et rien qu’‡ l’idÈe, je hoquette aussi.

  • bbflo 24 février 2011 at 22 h 45 min

    mouahahahahahah

  • Jaze 24 février 2011 at 23 h 15 min

    1. mon mari dit « c’est bon d’Ítre du cÙtÈ des vainqueurs » Inutile de prÈciser que le bordel Áa le connaÓt !
    2. Le Forez c’est super joli tellement que ma mÙman s’y est trouvÈ un Jules et s’y est installÈ…
    3. Je viens de boucler les bagages, ‡ peu prËs bien rangÈs (lol la honte quand Áa passe au scanner de l’aÈroport : tu vois tout le dÈtail bordÈlique)… Retour in France tomorrow aprËs avoir jouÈ la fille de l’Est…

  • anacoluthe 25 février 2011 at 10 h 24 min

    Oh mon Dieu, mon Dieu !!

    Oui, il me semble opportun de jurer catholique, rapport ‡ ton titre, mais peut-Ítre aussi parce que j’ai trouvÈ mon maÓtre/ma dÈesse en bordel…
    J’abhorre ranger aussi (mais j’ai une femme de mÈnage psycho-rigide, je me force), je hais les valises itou, mais jamais JAMAIS je n’ai vÈcu une telle aventure (j’aurais pas survÈcu, je crois… !)

  • Fleur 25 février 2011 at 11 h 35 min

    comment Áa tu ne connaissais le Forez…
    je suis quand mÍme la 5Ëme qui connait puisque que j’y vis (j’suis une Ch’ti dÈracinÈe)
    la gare de Chateaucreux est une belle b‚tisse
    racontes encore, tu me fais bien rire
    t’as jamais sorti « le protËge slip’ du sac au lieu du chËquier- moi si

    • Muriel Gilbert 25 février 2011 at 14 h 35 min

      @ Madame Sophie : Et as-tu rÈussi ‡ te ridiculiser, dans le Forez ? Hmm ?
      @ BÈatrice : J’ai hoquetÈ environ jusqu’‡ Paris.
      @ PÈtoulette : Le truc, c’est que c’est pas VRAIMENT mon maillot de bain.
      @ Begonia : Je fais juste comme toi. Mais pourquoi moi c’est tout moche ?
      @ Maya Lou : Je dois avouer que c’est une de mes meilleures bourdes.
      @ Mentalo : Tu vois mes yeux qui pleurent et mes joues qui bouillent ?
      @ bbflo : Ouais ouais ouais ouais ouais !
      @ Jaze : Welcome back en France. La pire honte, c’est quand on te fait ouvrir la valise pour vÈrifier si tu trafiques pas. J’ai presque aussi peur que les trafiquants de drogue, alors que je trafique que du bazar.
      @ Anacoluthe : On dit « le ridicule ne tue pas ». Je l’ai vÈrifiÈ.
      @ Fleur : J’attends ton billet sur le sujet ! Et effectivement, j’ai l’impression que toutes les visiteuses du blog rose passent leur temps dans le Forez. Ca mÈrite une enquÍte.

  • Fabienne 25 février 2011 at 19 h 22 min

    Au coin les coincÈs, vous auriez tellement pu vous amuser tous les trois, une partie de rigolade complice, c’est si dÈlicieux…
    Moi, j’aime beaucoup m’occuper du linge, propre s’entend: l’Ètendre quand il sent bon la lessive, le repasser, le ranger dans l’armoire avec des savons odorants ou dans les tiroirs en mÍme compagnie. C’est vraiment la t‚che mÈnagËre que j’aime, mais c’est parce que je suis si friande d’odeurs, de bonnes odeurs de frais…

    • Muriel Gilbert 25 février 2011 at 22 h 54 min

      @ Fabienne : Ouiiii ! Et en plus ils Ètaient tout jeunes ! Bon, peut-Ítre qu’ils venaient de s’engueuler… Ah, et dans le genre t‚ches mÈnagËres, moi aussi, j’aime un truc, ‡ cause de la bonne odeur : Ètendre le linge. Mais j’aime surtout quand c’est sur un fil, dehors. C’est bÍte, j’ai bien un microjardin, mais c’est stupidement interdit d’y faire sÈcher du linge.

  • Raquel 26 février 2011 at 0 h 32 min

    ahahaaha, c’est o˘ pour se faire baptiser ? Je suis Ègalement pratiquante de cette religion, mais je n’ai jamais fait aussi fort !

    • Muriel Gilbert 26 février 2011 at 9 h 10 min

      @ Raquel : Je donne des cours, si tu veux te perfectionner…

  • CecileInParis 26 février 2011 at 19 h 42 min

    HÈ, mais je dÈcouvre et j’adore ce blog. En plus je suis comme toi, je ne sais pas ranger, je ne sais pas plier, je ne sais pas prÈparer mes valises au carrÈ.
    EN fait ce don a ÈtÈ donnÈ ‡ la naissance ‡ mon frËre, lui tout est nickel, plier en angle droit… bon bin voil‡, on ne nous a pas mis l’option « rangement » et puis c’est tout!

  • Clarabelle 26 février 2011 at 21 h 08 min

    J’en pleure de rire ! ET l’image des deux coincÈs en face, je rire encore ! Merci pour ce bon moment !

  • Willam 27 février 2011 at 2 h 11 min

    C est plein de veritees . Une nana qui parle de vivre dans la pagaille sur un blog bien propre , bien range , avec des dessins geometrique , une histoire racontee dans l ordre , dans un grand rectangle , avec des reponses bien rangees dans des petits rectangles bien alignes

    Dans ta religion comme dans les autres , si dieu exsiste il exagere

    Dans pagaille il y a le mot tapon , ce qui veut tout dire et ne rien dire…

    • Muriel Gilbert 27 février 2011 at 16 h 16 min

      @ CÈcileInParis : Welcome ici ! Heureusement que mon frËre n’est pas comme le tien, je serais trop jalouse !
      @ Clarabelle : Merci ‡ toi, reviens pleurer quand tu voudras 🙂
      @ William : L’Ítre humain n’est pas tout d’un bloc, heureusement. Il faut dire que le blog, c’est pas moi qui l’ai ÈlaborÈ… mais quelqu’un d’encore beaucoup plus bordÈlique que moi, souvent dÈsignÈ en ces pages sous le nom de l’hÈritier. Quant ‡ « dans pagaille il y a tapon », en effet, pour moi, Áa ne veut rien dire.

  • Evelyne 6 mars 2011 at 21 h 43 min

    Sur le bureau d’un mÈdecin gÈnÈraliste j’ai vu l’affiche suivante : « un bureau bien rangÈ est le signe d’un cerveau dÈrangÈ »

    J’adore, mais le problËme c’est que chez moi la maison entiËre tÈmoigne d’un cerveau censÈ Ítre un modËle d’Èquilibre et de bonne santÈ…

    Je n’irai pas prÈtendre que c’est vrai…

    • Muriel Gilbert 7 mars 2011 at 14 h 08 min

      @ Evelyne : Mais si, mais si, c’est vrai. Que voil‡ un sage praticien !