Devine cíest bientÙt la fÍte des quoi

CíÈtait líannÈe derniËre. Jíavais bien remarquÈ líattitude lÈgËrement inhabituelle de mon fils, ‡ la sortie de líÈcole. Les joues rouges plus rondes encore que díordinaire, les lËvres pincÈes, les yeux brillantsÖ Il dÈployait un bizarre mÈlange de silence et díagitation de tout le corps.

Je le regarde se tortiller. Il se lËve, se rassied, se gratte, ouvre la bouche, ne dit rien, soupire, pince les lËvres de nouveau, tape dans ses mains, Ùte ses basketsÖ Je ne dis rien, jíobserve.

– Mais maman, mais pourquoi tu me demandes mÍme pas ce que jíai fait ‡ líÈcole, aujourdíhui ?

Hein ? Ce quíil a fait ‡ líÈcole, il y a belle lurette que jíai perdu líhabitude de le lui demander, la rÈponse se limitant invariablement ‡ un ´ Je míen rappelle pas ª agacÈ. Mais je suis bonne p‚te :

– Tiens, cíest vrai, mon chÈri : quías-tu fait ‡ líÈcole aujourdíhui ?

– Eh-ben-je-te-le-dirai-pas-euh ! (‡ chanter sur líair des lampions)

– Tu ne tíen souviens pas ?

– Si-je-míen-souviens-mais-je-te-le-dirai-pas-euh (mÍme chanson).

– Tu ne veux pas me le dire ?

– Non-non-non-euh.

Et l‡, je reconnais que je suis vache. Je profite de la supÈrioritÈ de mon expÈrience. Jíai dÈj‡ compris quíil síÈtait promis de ne rien me dire, mais que le silence lui est insupportablement douloureux. Je sais Ègalement que je lui grille les orteils ‡ petit feu en faisant mine de me dÈsintÈresser de la question. Bref, je le torture de mon indiffÈrence et observe la progression de son calvaire.

AprËs force trÈmoussements :

– Cíest pas que je veux pas te le dire, cíest que jíai pas le droit.

Moi, trËs dÈtachÈe :

– Si tu níen as pas le droit, ne dis rienÖ

Un silence, re-trÈmoussement, puis :

– Bon, tu sais que cíest bientÙt la fÍte de quelque choseÖ

– La fÍte de líÈcole ? (vraiment, quelle peste !)

– Mais non ! Devine la fÍte des quoiÖ

Il est tendu comme un arc. Je sens quíil faut que je líaide un peu.

– Ah, jíai trouvÈ : la fÍte des mËres ! Dis donc, toi, tu ne serais pas en train de me fabriquer un cadeau ?

Il rougit, son sourire síÈlargit au point que je crains un dÈchirement de la commissure des lËvres.

– Je-dis-rien-euh.

– Ö

– Ou alors, si tu veux vraiment savoir, tout ce que je peux te dire, cíest que cíest trËs fragile.

– Ö

– Et quíon peut se voir dedans. Mais aprËs, je te dis plus rien.

– Alors l‡, mon chÈri, je suis trop impatiente ! Cíest fragile et on peut se voir dedans : je me demande ce que Áa peut bien ÍtreÖ

– Tant pis pour toi, je peux rien te dire. Il faudra que tíattendes.

Le soir mÍme, jíinventoriais le contenu du tiroir de ma table de nuit :

– Un pendentif en p‚te ‡ modeler durcie blanc sale, incrustÈe de particules de plastique colorÈ ;

– Un second pendentif, en terre cuite brute, de dix centimËtres de diamËtre et un centimËtre díÈpaisseur pour un poids díune demi-livre ;

– Un collier de boules díun matÈriau non identifiable, roses et mauves, enfilÈes sur un cordon en skaÔÖ

Jíinventoriais avec quelque crainte : le tiroir est petit, et dÈj‡ plein de ces bijoux dimensionnÈs pour une femelle hippopotame. O˘ fourrer le nouveau cadeau ?

Allez, salut, bande de parents !

PS : Eh bien, figurez-vous quíil Ètait tout ‡ fait prÈsentable. Un trËs joli miroir ovale encadrÈ d’aluminium repoussÈ. Dommage que mon hÈritier me líait repris, aprËs quelques diffÈrends entre nous au sujet díune assiette de petits pois ‡ terminer.

© Muriel Gilbert

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