De líIle-de-France ‡ líÓle de RÈ

Oh, le beau vÈlo rouge au bord de la mer ‡ l'Óle de RÈ !Vingt et uniËme siËclienne ou ien, record battu†: cette annÈe, trafic aidant, on níavait pas encore quittÈ líIle-de-France quand on a sorti les sandwiches rillettes-p‚tÈ-cornichons, sur líaire díautoroute, l‡, juste avant le premier pÈage. Líorage finissait de síÈgoutter. Entre les bagnoles en stationnement, installÈs tant bien que mal sur un banc de bÈton humide commodÈment situÈ prËs díune poubelle gÈante trois cases pour le tri sÈlectif (on est vert sur líautoroute),†en KWay fripÈs tout juste tirÈs de leur popoche, on a dÈvorÈ nos chips dans les vapeurs díessence embouteillÈes. Le bon-heur. Bouffer des chips sur un parking, cíest dÈj‡ les vacances.

Une Ètrange contrÈe†: RÈ

Au bout de la route, planquÈe derriËre son pont ‡ 16 euros (16 euros†?! tu veux dire plus de 100 vieux francs†? 10†000 anciennes balles†? mayday, mayday†!), bien ‡ líabri derriËre son barrage antipauvres, disais-je, yavait cette Ètrange contrÈe†: RÈ. Ousque mon gentil comitÈ díentreprise a eu líidÈe judicieuse de louer une cabane en bois. On a posÈ l‡ nos valises ‡ roulettes, tel Robinson ñ sauf quíon Ètait plusieurs, et quíelle est pas dÈserte, notre Óle, elle est pleine de touristes, et mÍme des pipeules y paraÓt. Lionel Jospin, Brad Pitt, DaniËle Gilbert, tout Áa. Jíen ai pas encore vu, des pipeules ñ ‡ part moi ñ, mais je suis pas physionomiste. Le seul que je reconnais, cíest Villepin, qui se dÈbrouille tout le temps pour venir courir avec moi au bois de Boulogne, mais je míÈgare, retournons ‡ RÈÖ

Bon, je vais pas te raconter tout RÈ non plus, tías quí‡ emprunter le†Guide du routard 1998 ‡ la bibliothËque de ton travail, comme jíai fait. Cíest plein de croquignolettes maisons blanches aux volets verts, et les roses trÈmiËres jaillissent dans la moindre crevasse du trottoir, un peu ‡ la maniËre des horodateurs ‡ Ivry-sur-Seine. Pas un immeuble. Pas une construction de plus díun Ètage. Le repos de líúil gris cernÈ citadin. Enfin, tu aperÁois le ciel. Et il est couleur lavande.

Deux bras, deux jambes, deux roues

Mais ce qui fait de RÈ une si insolite insularitÈ, vingt et uniËme siËclienne ou ien tiens-toi bien, cíest que les zhumains síy dÈplacent sur deux roues. Tous. Tout le temps. Les vieux, les beaux, les gros, les bÈbÈs sur un petit siËge ou dans une carriole, les petiots avec des petiotes roues en plus derriËre ou arrimÈs au vÈlo de papa. Les gens ici pÈdalent comme ils respirent. Sans les mains. En tÈlÈphonant. En prenant des photos. En tenant la main de sa chÈrie. En mangeant des esquimaux. Et, pour les plus jeunes, en se farfouillant paisiblement dans les trous de nez. Partout, ya des loueurs de vÈlos, des rÈparateurs de vÈlos, des range-vÈlos pour te garer. Et des Champs-ElysÈes de voies cyclables. Pas des voies cyclables-suicide comme en ville (voies suicyclables), ‡ partager avec les bus, les taxis, les flics en goguette et les ambulances. Non†: des voies cyclables pour les cycles. Et souvent un peu ‡ líÈcart des routes, dans les bouffÈes de figuier, des allÈes lisses comme la toile cirÈe de Mamie, qui serpentent dans les petits bois vallonnÈs. Parfois, tu jurerais que cíest Peyo qui a dessinÈ le dÈcor. Et toi, tu chantonnes†en pÈdalant dans cette page de bÈdÈ, la-laaaa-schtroumpf-la-laaa, la-la-schtroumpf-la-laaaa. Tías un petit morceau de salsepareille coincÈ entre†les dents de devant, mais tu tíen fous, tíes quíun petit bonhomme tout bleu, bleu lavande comme le ciel de RÈ.

Plage ou pÈdalage†?

Bref, jíapproche de la fin de ma deuxiËme semaine passÈe exclusivement sur deux roues, et tu veux que je tíessplique, le vÈlo, cíest comme la vie (je suis devenue philosophe de la pÈdale). Des fois, tíen chies†; cette pente, tu te dis, tu vas jamais arriver en haut. Et puis, tout compte fait, en prenant les choses doucement, en changeant de braquet, en poussant un peu, en te donnant un peu de mal, petit ‡ petit, mËtre par mËtre, finalement, tu y arrives. Et de tout l‡-haut, tu te laisses glisser, debout sur les pÈdales, le vent dans les cheveux, la laaaa schtroumpf la laaaa. Quand je te dis que le vÈlo cíest comme la vie. AprËs líeffort, le rÈconfort. Cíest mÍme quasi moral.

De líÓle de RÈ ‡ líÓle Saint-Louis

Bon, úuf corse, jíai pas mis le pied sur la plage†: le sable, Áa freine les roues. Je ne suis descendue de ma monture que pour acheter des glaces sur le port de Saint-Martin-de-RÈ. Les meilleures glaces de líunivers de ma laÔfe tout entiËre. La MartiniËre, Áa síappelle ñ comme líÈditeur, peut-Ítre que cíest son tonton. La premiËre fois, jíai pris lait díamandes pralinÈ. La deuxiËme foisÖ aussi†: si je tentais autre chose, jíavais trop peur que Áa soit pas aussi infernalement exquis. La troisiËme fois itou. Etc. Tías compris pourquoi je dois faire plus de pÈdalage que de plage. En tout cas, Berthillon et sa file díattente de líÓle Saint-Louis peuvent míattendre, jíirai plus.

Allez, vingt et uniËme siËclienne ou ien, lËche ta glace avant quíelle dÈgouline sur tes godasses. Tu obtiendras une ristourne sur prÈsentation de ton abonnement ‡ ce bloug. Ou pas. Enfin, Áa dÈpendra de ton talent, quoi.

© Muriel Gilbert

NB†: Ce billet níest PAS sponsorisÈ, mais aprËs tout, si líoffice du tourisme de líÓle de RÈ veut míoffrir deux euros de ristourne sur le passage du pont, ou La MartiniËre faire livrer une dizaine de litres de glace (lait díamandes pralinÈ) devant ma cabane en boisÖ

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