ChÈri, díaller te coucher líheure c’est !

Martin Luther King, cíest moi. La nuit derniËre, jíai fait un rÍve. Un rÍve de paix, tout simple et quotidien. «a commence comme Áa : ´ ChÈri, cíest líheure díaller au lit ! ª Et l‡, l‡, jíentends un bruit inhabituel. Tout doucement, je quitte mon fauteuil, je traverse le couloir et glisse un úil furtif dans la chambre de mon hÈritier. Vous níallez pas le croire : il est en train díenfiler son pyjama. ChoquÈe, la main crispÈe sur mon cúur qui síaffole, je míappuie contre le mur, prËs de dÈfaillir. Alors, je le vois passer devant moi, síenfermer dans la salle de bains, en ressortir Ètincelant et fleurant bon le dentifrice ‡ la chlorophylle, puis síengouffrer sous ses draps, appelant : ´ Bon, maman, tu viens me le faire, ce bisou ? Je suis fatiguÈ, moiÖ ª Cíest l‡, Èvidemment, que jíai eu un arrÍt cardiaque.
Et je me suis rÈveillÈe.

Bien entendu, cet aperÁu de líEden nía fait que me rendre plus douloureuse la cruelle rÈalitÈ de ce bas monde. Car ce soir, cíest avec quelque espoir que, comme chaque soir lorsque le coucou a coucoutÈ neuf fois dans le sÈjour, je lance cette information en direction de la chambre o˘ mon garÁon fait je ne sais quoi :
– ChÈri, cíest líheure díaller au lit !
– Ö
Jíai beau tendre líoreille, aucun bruit douteux. Je dois me rendre ‡ líÈvidence, mon espoir Ètait fol : ce rÍve níÈtait en rien prÈmonitoire. Tant pis, reprenons opini‚trement le scÈnario de notre sketch ‡ deux personnages :
– ChÈri, tu míentends ? Cíest líheure díaller te coucher.
– Ö
AprËs trois rÈpÈtitions, restÈes sans rÈponse, des mÍmes phonËmes dans des ordres diffÈrents (´ Míentends-tu, chÈri ? Díaller te coucher líheure cíest ! ª), comme indiquÈ dans le script, je rejoins la chambre fistonnienne :
– Tu ne míentends pas ?
– Ah non, jíai pas entendu parce que je dessine.
Et il dit la vÈritÈ, puisque, effectivement, cíest indÈniable : il dessine. Il dessine mÍme un de ces personnages aux membres si musculeux quíon les jurerait atteints díune maladie abominable, un homme puissant ‡ qui je doute que sa maman ait jamais enjoint díaller au dodo. Tout de mÍme, cíest curieux cette baisse de capacitÈ auditive dont souffre mon descendant passÈ 21 heuresÖ

Enfin, jíinstalle mes mains en porte-voix pour exposer líobjet de ma visite :
– Je disais, mon petit chÈri, que cíÈtait líheure díaller au lit.
– Oh manman, síte plaÓt, síte plaÓt, 5 minutes, pour que je finisse mon dessin !
Vient ensuite la lutte mËtre par mËtre pour le dÈshabillage et le brossage des dents. Et, en gÈnÈral, il faut reconnaÓtre que mon hÈritier ne mÈgote pas sur le bouquet final, produit en position horizontale :
– Maman ! Jíai soif (ou faim, ou les deux).
– Maman, jíai oubliÈ díapprendre ma poÈsie !
– Maman, tu avais promis quíon ferait une expÈrience de chimieÖ
– Maman, ya des miettes dans mon lit !
– Maman, ya un bruit.
– Maman, tu peux míamener le chat ?

En gÈnÈral, au cinquiËme rappel, jíoscille entre líÈtat de mort clinique et líimplosion. Pas vous ? «a-ne-peut-plus-durer ! Jíai une proposition ‡ vous faire : parents de tous pays, unissons-nous. Je sais pas, moi, Ètablissons la charte des parents fatiguÈs de coucher. Ou bien, tiens, jíai une idÈe : ne les couchons plus. Ils seront bien embÍtÈs.

Allez, salut, bande de parents !

© Muriel Gilbert

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