Chat dans la gorge et poule mouillée

poule couve chatonsGallicismes, anglicismes, hispanismes… balade estivale façon sauts de puce et coq-à-l’âne d’idiotisme en idiotisme, ces locutions aussi astucieuses que révélatrices des cultures qui les inventent.

Du joyeux troupeau des expressions animalières, il semble bien que le chat soit le chef. Il est vrai que les francophones semblent être les seuls à souffrir de chats dans la gorge, quand d’autres (Anglo-Saxons, Allemands, Brésiliens…) y hébergent un batracien. Il arrive pourtant que les Allemands et les Slovènes « aient un chat » à leur tour, mais alors ils ont la gueule de bois. Lorsque dans notre nuit tous les chats sont gris, en Slovénie, ce sont les vaches qui sont noires, mais quand sur Paris il pleut des cordes, ou comme vache qui pisse, à Londres, c’est bien connu, « il pleut des chiens et des chats », tandis que les marins d’Amsterdam regardent « tomber des tuyaux de pipe », « des briques » ou « des vieilles commères », et que sur l’Acropole d’Athènes « il tombe des prêtres ».

Les Espagnols voient « un chat enfermé » (gato encerrado) et les Italiens « une chatte qui couve » (gatta ci cova) quand nous imaginons une anguille sous roche et que les Anglo-Saxons « sentent un rat » (smell a rat). Les Allemands, dans le même cas, jugent qu’il y a quelque chose dans le buisson (da ist etwas im Busch), ce même buisson autour duquel « tapent » les Britanniques, tandis que les Italiens mènent le chien dans la cour de la ferme (menare il can per l’aia), que les Français tournent autour du pot et les Allemands « autour de la bouillie chaude ».

Lorsqu’un mufle néerlandais « envoie son chat » (zijn kat sturen), l’indélicat de nos contrées pose un lapin et le goujat chinois « envoie un pigeon », le malotru allemand se contentant de « donner un panier » (jemandem einen Korb geben). Si en plus il a des oursins dans les poches, on y diagnostiquera « un hérisson » (ein Igel in der Tasche), en Argentine « un crocodile » (un cocodrillo en el bolsillo), en Turquie « un scorpion », tandis qu’en Angleterre, tous les animaux à piquants étant occupés, on en conclura qu’il a « les poches profondes et les bras courts » (deep pockets and short arms).

« LA MOUCHE À L’OREILLE »

A noter qu’une poule mouillée française est un « poulet » britannique (chicken) ou une « patte de lapin » allemande (ein Hasenfuss), que notre rat de bibliothèque correspond aux « vers de livres » allemand et anglo-saxon (Bücherwurm et bookworm), alors que qui s’ennuie chez nous comme un rat mort, sur l’autre versant des Pyrénées s’ennuiera comme une huître.

C’est aussi en Espagne que l’on « paie le canard » (pagar el pato) quand on porte le chapeau, et que l’on a « la mouche à l’oreille », juste là où nous avons la puce. Lorsque la France a d’autres chats à fouetter, l’Italie, plus cruelle encore, a « d’autres chattes à écorcher » (altre gatte da pelare), tandis que le Royaume-Uni a « d’autres poissons à frire » (other fish to fry). Enfin si en France ou aux Pays-Bas on s’entend comme chien et chat, en Tunisie, c’est « comme la souris et le chat ». Et, tandis qu’outre-Manche on « jette la serviette » (throw in the towel) et qu’au Maroc on « vend son âne », quand nous ne savons plus quoi dire, nous donnons notre langue au soyeux petit félin.

Muriel Gilbert

(chronique parue dans Le Monde daté 13 août 2014)

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  • matchingpoints 26 août 2014 at 9 h 48 min

    Toujours plein d’humour …en allemand, il y a encore plein d’autres chats …Katzenwäsche pour une toilette plutôt sommaire,, Katzenbuckel pour faire le gros dos, Katzentisch pour une petite table rajoutée pour les enfants…mais on a même des vers dans nos oreilles, « Ohrwurm » lorsqu’une mélodie reste dans votre tête. …

  • Béatrice 26 août 2014 at 10 h 44 min

    C’est vraiment excellent, bravo Muriel !!
    Belle journée !

  • Eve 27 août 2014 at 8 h 50 min

    Bon ça va….on n’est donc pas les seuls…..
    Il y en a de bonnes par delà nos frontières, lol…
    Merci Muriel…la rentrée s’annonce joyeuse comme ça….

  • Mulautre 27 août 2014 at 9 h 21 min

    Encoooooore !

  • nauche 27 août 2014 at 17 h 16 min

    c’est super ma mure bravo!!!!!
    bises

  • Val 29 août 2014 at 8 h 06 min

    Amis des Zanimos bonjour !! Muriel en grande forme, bravo pour ce texte !! j’aimerai bien m’ennuyer comme une huître. ( je garde cette expression mdr ) mais soleil du matin, m’en va dans le jardin tudieu !! bizatoutes zé tous.

  • Muriel Gilbert 30 août 2014 at 9 h 47 min

    @Matchingpoints : Super, je note, parce que la série pourrait bien se poursuivre !
    @Béatrice : Merci ma belle 🙂
    @Eve : C’est fait pour ça !
    @Mulautre : 9a va venir 😀
    @Nauche : Merci ma tata.
    @Val : C’est vrai, y’a plein d’expressions que j’ai découvertes que j’ai envie de garder en français.

  • Chou 31 août 2014 at 9 h 16 min

    Et quand il y a VRAIMENT anguille sous roche, on peut souligner qu’il y a baleine sous gravier ! 😉

  • Muriel Gilbert 4 septembre 2014 at 8 h 16 min

    @Chou : Oui, roo j’ai pas pu TOUS les mettre, mais parfois le choix a été un crève-coeur.

  • Fabienne 20 septembre 2014 at 17 h 30 min

    J’adore! C’est vrai qu’il y a une masse d’expressions avec le chat, c’est pas croyable! J »avais une copine qui disait : « Elle est partie en emportant le chat » et ça voulait dire en douce, sans saluer personne. Pour ta doc, mais à vérifier!

  • Muriel Gilbert 25 octobre 2014 at 14 h 51 min

    @Fabienne : Ca existe ! J’ai trouvé cette expression répertoriée : partir sans dire au revoir ! Génial, merci Fabi.