Cíest froid, cíest mouillÈ, Áa glisse

– Maman, quand cíest quíon y retourne, au ski ?
– MmmÖ sais pas, chÈri.
– Cíest pas une rÈponse !
– Sais pas, moi. Pas cet hiver, sans doute.
– Maman-mais-on-níy-est-allÈs-quíune-seule-fois-dans-toute-ma-vie !

Il trÈpigne. Líamateur díalpages síagace vite, cette annÈe. La joue rouge, líúil brillant : soit cíest la fiËvre, soit il se scandalise. Lían dernier, si je me souviens bien, son dÈsir de pentes neigeuses Ètait moins vindicatifÖ Enfin, bien obligÈe, je soupire et pose sur mes genoux le bouquin que jíÈtais en train de lire.
– On y est allÈs il y a deux ans, Áa ne fait pas si longtempsÖ
– Maman, mais moi, jíadoooore Áa, cíest le truc que jíaime le plus au monde, et puis CÈdric y Ètait aussi líannÈe derniËre et mÍme líannÈe díavant, et il y retourne tout le temps, alors tu trouves Áa juste ?

Dommage que le jogging ramollo soit un costume si pauvre en effets de manches, parce que mon fiston, en cet instant, vaut les plus expressifs des avocats díassises.
– Le ski, tu vois, ce sont des vacances qui co˚tent cher. Si on y allait tous les ans, on ne pourrait pas toujours, par exemple, aller ‡ la mer pendant líÈtÈÖ
Il retombe comme un soufflÈ.
– Jíaime bien aussi la mer, moiÖ
Je me fends díune petite moue díimpuissance et, miraculeusement, il disparaÓt. Ouf ! Sans rire, vous aimez Áa, vous, les sports díhiver ?

Cíest froid, cíest mouillÈ, Áa glisse, cíest farci de frimeurs en lunettes miroirs et salopettes matelassÈes criardes, qui vous aspergent de glace pilÈe en dÈrapant au ras de vos Moon BootsÖ Et moi ñ faut-il vraiment que je vous líavoue ? Oui ? BonÖ ñ moi, jíai la trouille. L‡ ! De me casser tous les membres, de me perdre dans le brouillard, díÍtre emportÈe par une avalanche ou avalÈe par le yÈti, que sais-je ?, líun ou líautre ou tout ‡ la fois. Cíest dangereux, la montagne. Vous savez combien il y a de blessÈs, chaque annÈe ? Sans parler des morts. Et puis, cíest vrai que cíest ruineux, et que je prÈfËre investir mes congÈs payÈs dans de líeau ‡ líÈtat liquide. Une mer tiËde, par exemple.
Enfin, quel soulagement, cette annÈe encore, jíÈchappe aux engeluresÖ

Je crois bien que je níavais pas fini de míen fÈliciter lorsque le tÈlÈphone a sonnÈ, quelques jours plus tard. Bizarre que líoffice du tourisme des Hautes-Alpes veuille me causer, ‡ moi qui níy ai jamais mis mes aprËs-skis, dans les Hautes-Alpes. Celles de Haute-Provence, ‡ la limite, ou les MaritimesÖ

Figurez-vous que les enfants des Ècoles de Paris avaient ÈtÈ invitÈs ‡ participer ‡ un concours.
Figurez-vous que mon fiston avait gagnÈ le gros lot.
Figurez-vous que cíÈtait un sÈjour pour quatre personnes aux sports díhiver.

Allez, salut, bande de parents !

PS : Bien s˚r, on y est allÈs ñ pour une fois quíon gagne un truc. Eh bien, figurez-vous quíils prÈparent un petit vin chaud tout ‡ fait agrÈable, dans les Hautes-Alpes. Telle que vous me voyez, l‡, je suis en train díen siroter un verre, parfumÈ ‡ la cannelle avec une tranche díorange accrochÈe au bord, attablÈe ‡ la terrasse bien chauffÈe díun cafÈ qui surplombe la piste glacÈe. La nuit tombe. Elle est dÈserte, la piste. Sauf deux enfants, ÈquipÈs de ces luges ridicules en forme de poÍle ‡ frire, qui remontent frÈnÈtiquement aprËs chaque glissade. Je les connais plutÙt bien. Surtout celui avec les joues Ècarlates et le sourire plein de dents.

© Muriel Gilbert

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