Ce qui me manque, dans la vie, cíest les Triscotte

Il y a un truc qui me manque, dans la vie, cíest les Triscotte. Cíest ce que je me disais líautre jour en poussant mon Caddie, rayon biscottes. (Quand tu pousses ton Caddie, cíest le moment de penser aux trucs importants.) CíÈtait bien, les Triscotte. Le slogan, cíÈtait ´ Triscotte, líirrÈsistible petite tartine ª, sauf que cíÈtait pas une tartine, cíÈtait une biscotte, mais une biscotte lisse. Un jour, Áa nía plus existÈ. Disparues sans laisser díadresse, les Triscotte (1). JíÈtais l‡, nostalgique ‡ tonalitÈ biscottes, quand paf, sans crier gare et profitant de la brËche, un tas díautres trÈpassÈs se sont mis ‡ faire des bulles ‡ la surface de ma mÈmoire.

Le petit Ècouteur rond derriËre le tÈlÈphone gris, par exemple, tu te rappelles ? CíÈtait drÙlement pratique. Quand tíentendais mal ton correspondant de líoreille droite, tu prenais líÈcouteur pour une rescousse de líoreille gauche. Ou alors, ma Mamie tenait le gros combinÈ quíon peut causer dedans, avec son fil rigolo en tire-bouchon, et mon PÈpÈ avait droit au petit Ècouteur rond ñ il criait ses impressions, et tu captais sa petite voix au loin.

Autre avantage indÈniable du matÈriel de líÈpoque par rapport ‡ nos appareils maudernes : on níÈtait pas sans arrÍt en train de chercher son tÈlÈphone. Il Ètait ‡ sa place, sur le napperon, solidement soudÈ au mur par son bon gros cordon.

Pousse, mais pousse Ègal

Gare quand mÍme ‡ líexcËs de cíÈtait-mieux-avant. ´ Pousse mais pousse Ègal ª, comme disent les QuÈbÈcois : ya un tas de trucs qui níexistent plus et cíest tant mieux, comme les dimanches sur canapÈ avec Jacques Martin dans le poste, et ces gosses qui oubliaient les paroles des chansons, et qui repartaient quand mÍme des cadals plein les bras (jalouse, moi ?).

A dÈgager aussi, les siËges de voiture en plastique. Quand tu tíasseyais dessus en maillot de bain au retour de la plage ñ laissez-moi faire, Áa me rÈchauffe de parler plage en dÈcembre ñ, tu te retrouvais les cuisses frites, sans compter que cette odeur de plastique bouilli aurait collÈ la nausÈe au capitaine Haddock soi-mÍme. Et en parlant de nausÈe, un autre truc que je ne regrette pas, cíest la cervelle. Merci la vache folle : plus personne síattend ‡ ce que tu manges de la cervelle. AllÈluia.

Bon dÈbarras itou, les sous-pulls en nylon (on regrettera nÈanmoins les Ètincelles quand on les retirait dans le noir, et les cheveux debout sur la tÍte quand on rallumait la lumiËre). Et, puisquíon cause ÈlÈgance et raffinement, les K-Way quíon attachait autour de la taille par leur petite ceinture ÈlastiquÈe, et qui te faisaient une jolie boule verte, rouge ou bleue au-dessus des fesses, cíÈtait pas le bonheur, Áa ? Mon petit frËre et moi, on avait des Salik. Une sous-marque de supermarchÈ. Les vrais K-Way, leur fermeture Eclair avait un K ; nous, elle avait un S. On a souffert, dans notre enfance, mon petit frËre et moi. Heureusement, on avait la coupe de cheveux ´ ‡ la Stone ª ñ aujourdíhui, on dirait ´ Playmobil ª. Tout le monde Ètait coiffÈ comme Áa, avec une boule de couleur au-dessus des fesses, une boule de cheveux sur la tÍte. Imagine la cour de rÈcrÈ.

Rien, cíest quand mÍme mieux quíEvelyne Leclercq

A cÙtÈ de Áa, supputais-je en traversant le rayon boissons, ya plein de trucs qui ont disparu, et on síen fiche, comme le Cacolac ou la grenadine, les speakerines ou les cassettes, audio et vidÈo. Avec leurs magnÈtophones, scopes et autres Walkman. «a manque ‡ qui ? A personne. Qui les dÈtestait ? Personne. Des objets bof. Reste quand mÍme quíun CD, cíest mieux quíune cassette, un iPod quíun Walkman, rien quíEvelyne Leclercq. Ya des fois, tu peux pas contester quíil y a du progrËs. Cíest comme les valises ‡ roulettes. Quand jíÈtais enfant, on níen voyait pas. Comment on faisait ? Y avait des esclaves, ou quoi ?

Le progrËs, en fait, cíest comme le bonheur ‡ la Poulain (AmÈlie, pas le chocolat), il est dans les petits trucs : les roulettes, les Vache qui rit vachement plus faciles ‡ ouvrir (quand jíÈtais petite, tíen laissais la moitiÈ dans líemballage, líautre moitiÈ sur les doigts), et les boÓtes de conserve avec un anneau dessus pour les ouvrir de líindex. «a, cíest malin. «a me rÈjouit, moi, quand je vois quíun type a trouvÈ une solution ‡ un petit machin qui míÈnerve depuis des annÈes. Cíest pas Pasteur ou Luc MontagniÈ (tiens, le sida, voil‡ un truc quíest pas exactement un progrËs), mais quand mÍme.

Bon, me rÈcapitulais-je intÈrieurement en faisant la queue ‡ la caisse, il reste une catÈgorie. AprËs :

– les trucs qui ont disparu et quíon regrette,

– les trucs qui ont disparu et cíest tant mieux,

– les trucs qui ont disparu et quíon síen fiche,

– et les trucs nouveaux qui sont bien,

– ya la catÈgorie des trucs nouveaux que tu te demandes o˘ est le progrËs.

Mais Áa, vingt et uniËme siËclienne, vingt et uniËme siËclien, je tíen causerai la semaine prochaine, sinon cette chronique va Ítre trop longue. Et toi, cíest quoi tes meilleurs et tes pires objets díantan ?

© Muriel Gilbert

PS : En attendant, rendez-vous sur Fesse-bouc.

(1) Ils ont ressorti un nouveau truc qu’ils ont appelÈ Triscotte, mais c’est de l’arnaque ‡ la nostalgie. Le go˚t n’a rien ‡ voir.

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