Le grand Héritier avec une chaussure noire

Le Grand Blond avec une chaussure noire, tu te souviens, bande de parents ? Moins les frisettes, c’est mon fils à moi. Si j’avais pensé, quand j’ai pleuré de joie pour la première fois devant la grave tête en l’air de Pierre Richard, quelque part dans mon enfance seventique, que je deviendrais un jour la mère d’un personnage de film comique, sûr que j’aurais moins rigolé.

Hier matin, en robe de chambre et le cheveu en bagarre, je me traîne jusqu’à la boîte aux lettres en me grattant le ventre avec philosophie, comme j’aime à le faire juste après le petit déj. Tranquillement, tu vois, et ne pensant à rien de particulier, comptant un dernier mouton, peut-être, qui sautait par-dessus la barrière des songes d’une nuit pas encore tout à fait digérée. Je glisse la main dans la boîte aux lettres. Oui, je la glisse dans la fente, la clé s’étant malencontreusement égarée voici un an ou deux – le plus délicat, c’est pour les cartes postales qui tombent tout au fond, mais on en reçoit de moins en moins, et puis j’ai trouvé la solution, une pince à cornichons, ce qui présente l’avantage de rendre une utilité à cet instrument qui l’avait perdue, à cause des dispositifs ingénieux qui équipent les bocaux à cornichons du siècle numéro vingt et un.

Dans quelle prison lui apporter des clémentines

J’en étais où, moi, déjà ? Ah oui, je glisse la main dans la boîte et qu’est-ce que j’en sors ? Une lettre à en-tête de la Préfecture de police, et adressée à mon ado. Personne n’aime recevoir de courrier de la maréchaussée. En général, il s’agit de factures pour stationnement improvisé. Mais quand le destinataire est un quidam de 16 ans, ne possédant ni moto ni auto, et quand il se trouve que tu es la mère de ce quidam, tout compte fait c’est encore plus désagréable.
Le cœur battant dans mon peignoir en peluche, tant pis, foin de bonnes manières, je déchire l’enveloppe, c’est moi qui ai réchauffé le criminel dans mon sein, tout de même. Il faut que je sache dans quelle prison lui apporter des clémentines.
Tiens, ça vient du « Quatrième Bureau – Objets trouvés ». Pffffffou ! Comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ? C’est bien mon fils à moi qui, à 3 ans, semait partout son « Dodo blanc », qui, à 8 ans, oubliait son cartable dans la cour de l’école au moment de monter en classe, qui, à 12 ans, a perdu deux fois de suite sa carte de transport à 150 brouzoufs, et à 15 ans deux fois son téléphone portable – sans oublier les colonies de chaussettes, tee-shirts et bonnets de bain dont je suis bien incapable de tenir la comptabilité. Qu’a-t-il perdu cette fois ? Suspense…

« Monsieur, écrit fort civilement la maréchaussée, j’ai le plaisir de vous informer que les objets référencés ci-dessous et paraissant vous appartenir ont été déposés au service des objets trouvés ».

Où ça, « ci-dessous » ? Ah, là, à gauche, c’est écrit : « portefeuille ».
C’est la meilleure. Il m’en a même pas parlé…
« Vous disposez d’un délai de trois mois à compter de la date de dépôt pour les retirer, 36 rue des Morillons, Paris XVe, métro Convention, bus 89, 62, PC. »

36, rue des Morillons

« Chériiiiiiiii, hurle-je dans la direction générale de l’antre filial. Tu n’aurais pas égaré quelque chose ?
–         Non, non.
–         Tu es sûr ?
Il commence à soupçonner un piège.
–         Ben, je crois pas. Pourquoi, tu as trouvé un truc à moi ?
–         Moi, non.
–         Ah ben pourquoi tu me demandes ? J’ai rien perdu.
–         Et ton portefeuille ?
–         Ah… (un instant de réflexion, un léger brin de gêne) Mon portefeuille ? Ah oui, tiens, c’est vrai, ça fait longtemps que je l’ai pas vu. Toute façon, j’avais pu de sous. »

Nous sommes allés ensemble récupérer l’« objet trouvé ». En arrivant dans la grande salle du premier étage du 36, rue des Morillons, j’ai eu l’émotion de me rendre compte que j’avais devant moi un échantillon des plus belles têtes en l’air de la place de Paris, une jolie brochette de grands blonds et de grandes blondes avec un tas de chaussures noires, sagement assis sur des bancs de bois, un petit numéro d’ordre à la main, attendant qu’on les appelle. Ils étaient émouvants. C’était un peu tous mes enfants.

Allez, salut, bande de parents !

© Muriel Gilbert

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  • Gilbert 11 octobre 2012 at 9 h 52 min

    Rien de tel pour découvrir des services aussi méconnus qu’utiles! Pas de merci au loupiot pour cette ouverture, bravo! ……. J’ai coché pour la réponse

  • Muriel Gilbert 11 octobre 2012 at 10 h 30 min

    @ Gilbert : C’est vrai. J’ajoute un PS :
    PS : Merci, l’héritier, de me faire découvrir les merveilles de la République et du service public réunis.

  • Zette 11 octobre 2012 at 11 h 18 min

    Ah mais moi, j’ai vraiment cru que la Marée-Chaussée avait retrouvé sa virginité.

  • nauche michele 11 octobre 2012 at 12 h 06 min

    je pense que notre R—n,voulait un autre portefeuille tout simplement,avec à l’interieur un petit billet,pour ne plus l’oublier!!!!
    bises

  • mère pas parfaite 11 octobre 2012 at 13 h 27 min

    Belle brochette de pas doués quoi 😉
    aller pas grave, y’avait « pu d’sous » lol

  • missrelie 11 octobre 2012 at 13 h 38 min

    hum hum
    et dire quil y a encore des gens honete qui raportent les objets c’est aussi bon a savoir!!
    bises a pierre richard et rewelcome a toi! smiiiiilllleeee

  • Poulette Dodue 11 octobre 2012 at 15 h 07 min

    OMG l’enveloppe avec en-tête de la Préfecture de police !!!! Je crois que si (prière à vichnou pour l’éviter !) un de mes Loulous en reçoit une je me liquéfierai .Arrrrrrgh !

  • BeaLeB 12 octobre 2012 at 9 h 53 min

    snif ! ma belette (bientôt 9 ans, s’il ne les oublie pas avec son manteau / son cartable / ses lunettes / son pull / …) me prépare de grands moments…
    Solidarité pour les mères de « chaussure noire »

  • Muriel Gilbert 12 octobre 2012 at 10 h 01 min

    @ Zette : Ca serait cool, hein, qu’elle puisse retrouver des trucs comme ça ?
    @ Michèle : Tu crois ? Si c’était que ça, j’aurais bien fait l’effort financier pour m’éviter la balade Rue des Morillons…
    @ MPP : Pas grave, c’est vrai, et puis ça m’inspire…
    @ MissRelie : C’est vrai, ça prouve qu’il y a des tête en l’air et des honnêtes aussi.

  • Muriel Gilbert 12 octobre 2012 at 10 h 41 min

    @ Poulette : Moi j’en ai déjà reçu deux grâce à l’héritier. La première, c’était quand il avait 6 ans, c’est raconté là : http://www.murielgilbert.com/chroniques/les-poux-cest-chic
    @Bea : Solidarnosc !

  • Céquiaile 12 octobre 2012 at 12 h 10 min

    Mise à part la jolie petite histoire qui signe (EUREKA!) le retour du blog tout rose, j’ai tout particulièrement goûté l’instant poétique: « un dernier mouton, peut-être, qui sautait par-dessus la barrière des songes d’une nuit pas encore tout à fait digérée », ainsi que l’évocation de cet objet devenu désuet malgré lui, auquel tu réussis à donner une nouvelle verdeur: la pince à cornichons!
    Mais bravo pour ce mouton-là qui finira pas en brochettes!

  • les cafards 12 octobre 2012 at 19 h 08 min

    contents de voir qu’on reprend du service dans ce siècle N° 21 !
    PS : et vive les pinces à cornichons !
    re PS : Quid de la radio de service public ?

  • vivi 13 octobre 2012 at 14 h 40 min

    On s’y croisera peut-être un jour, avec mon grand blond à moi, qui sait ?

  • Dominîmes 13 octobre 2012 at 23 h 55 min

    Oh, ma belle, que je suis contente de te sa voir de retour….
    La pince à cornichon met sert de pince à toast pour éviter de brûler mes petits bouts de doigts (si précieux pour t’écrire) quand je dois extirper ces maudites tartines de ce stupide grille pain qui ne remonte jamais assez haut !

    • Céquiaile 17 octobre 2012 at 17 h 59 min

      Voilà une idée qu’elle est bonne! On pourrait faire une liste de tout ce que ça peut servir à faire. Du genre: s’épiler les sourcils, certes non; mais attraper une rose bien piquante, décrocher une toile d’araignée de son rétro, etc, etc …
      Ya surement plein d’autres trucs qu’on pourrait réactiver. Du style quand j’étais petite, si on m’envoyait chercher un élastique à la cave, ça voulait dire aller couper avec les ciseaux bien pourraves qui étaient à côté une languette de la vieille chambre à air suspendue à un clou par une ficelle. Devenue inutilisable pour le vélo, elle avait gardé une jeunesse bis.
      Autrement dit on gâchait pas!
      Sans aller jusque-là, on pourrait…