1 000 Bornes et cité pourrite


Habitante et tant du siècle n° 21, te souvient-il du jeu de 1 000 Bornes ?
Dans mon enfance, au siècle n° 20, j’étais accro. C’est donc avec un enthousiasme teinté de nostalgie que j’ai accepté une partie vespérale un récent soir d’égarement. Un petit 1 000 Bornes en famille, ça peut pas faire de mal, m’illusionnais-je. J’ignorais que, premièrement, si. Et que, deuxièmement, l’adversité allait permettre à la fontaine de subtilité (aka Bibi, aka Mumu, aka Moi je) qui éclabousse régulièrement ces roses lieux de ses gouttelettes de sagesse iridescentes d’avoir une de ces illuminations dont tu vas encore une fois webistiquement bénéficier pour pas la queue d’un radis rose.
Le principe du 1 000 Bornes, si tu te souviens, c’est de poser sur la table le plus de cartes-kilomètres possible. Maaaaais pour commencer, y te faut une carte feu vert. Yen a 14 dans le jeu.
Pas de pot, j’en avais pas.
Zéro.
Peau d’ours.
Mes trois adversaires ont posé leurs feux verts, puis des kilomètres, tandis que moi, tour après tour, je piochais une carte qui n’était pas un feu vert, et me défaussais d’une autre qui aurait pu me servir si seulement j’avais eu un feu vert.
Bref, je me faisais chier.
Et ces trois &%ù§ qui alignaient les kilomètres avec une aisance écœurante tandis que je patinais dans le couscous !
Bon, au 1 000 Bornes, il y a quand même une chose que tu as le droit de faire quand tu n’as pas de feu vert : emmerder les autres. Et vas-y que je me suis mise à balancer toutes les pannes d’essence, accidents et feux rouges possibles aux privilégiés de la circulation, qui du coup avaient bien du mal à jouer, contraints de réparer les vacheries que, faute de pouvoir avancer moi-même, je leur faisais pleuvoir dessus.
Imperceptiblement, un petit nuage de rancœur teinté d’ennui s’est installé au-dessus de la table. Plus personne n’aimait cette partie de 1 000 Bornes, plus personne ne s’amusait – mais au moins j’avais la satisfaction gris pâle de n’être plus la seule.
Et tout à coup, j’ai eu comme un flash, j’étais un de ces chiards des cités pourrites, un exclu de la circulation sociale, avec comme une soif de crever un pneu égaré ou d’exploser une cabine téléphonique ou de balancer un chat par la fenêtre. Dans la vie, au siècle n° 21, comme au n° 20, comme au n° 17, finalement, quand t’as pas eu la chance de tirer un feu vert au début de la partie, c’est pas de la tarte de montrer les belles cartes que tu as dans ton jeu. Tout ce qu’il te reste à faire, si t’es pas plus malin que moi, par exemple, c’est de faire chier les autres, histoire d’exister et de ne pas être le seul qui en chie.
Plus jamais je joue au 1000 Bornes !

© MurielGilbert.com, docteure ès philosophies de l’exclusion sociale et des feux de signalisation

 

Lire aussi...

  • Béatrice 14 décembre 2012 at 7 h 52 min

    La philo dès le matin, moi j’aime bien quand c’est Mumu la prof !!!!
    Bonne journée !

  • Mulautre 14 décembre 2012 at 11 h 23 min

    Il est génial ce billet. A diffuser et faire étudier dans les lycées !!

  • Flo 14 décembre 2012 at 11 h 48 min

    Ah, oui ! tout bon !
    d’ac avec mulautre

  • les cafards 14 décembre 2012 at 13 h 10 min

    super leçon de philo comme on aime !

  • Marc BALLAN 14 décembre 2012 at 14 h 10 min

    D’acc’ avec @les_cafards, il faut une mentalité pourrave pour trouver « sympa » 1000 bornes; en son temps (c’étaient les années ’65 ou ~, non?) ce fut un succès de cadeau de Nowël, vite enterré autour ce moi, tellement c’est khôn!

  • maviedemere 14 décembre 2012 at 14 h 16 min

    Je viens de jeter mon 1000 bornes du coup !

  • missrelie 14 décembre 2012 at 14 h 29 min

    salut
    rooh jen ai de vieux souvenir de ce jeux je devrais en acheter un pour mes zenfants..

    tu devrais jouer au uno ça apaise mdr!
    bises

  • FoxyMama 14 décembre 2012 at 14 h 31 min

    Le parallèle est parfait, belle leçon de philo

  • beldaran 14 décembre 2012 at 17 h 19 min

    Bien vu l’idée pour faire passer le message. Bravo pour ton billet.

  • Muriel Gilbert 14 décembre 2012 at 18 h 20 min

    @ Béatrice : Pour une fois, c’est moi l’éducation nationale 😉
    @ Mulautre : Vas-y, diffuse !
    @ Flo : Merci m’dame !
    @ les cafards : Merci mes amis à 6 pattes (et deux antennes).
    @ Marc : Mais ouiiii, on aurait jamais dû le sortir de la tombe.
    @ Maviedemère : Tu as bien fait, crois-moi.
    @ MissRelie : Je vais acheter un Uno pour Noël, OK.
    @ FoxyMama : Merci Mama 😀
    @ Beldaran : C’était même pas « pour » faire passer le message. Ca m’est vraiment venu sous cette forme en jouant…

  • Lydie 14 décembre 2012 at 19 h 32 min

    L’avantage avec le 1000 bornes, c’est que tu peux être plus chanceux à la partie suivante.

    On a parfois des deuxièmes chances aussi dans la vie ou si l’on est poissard, il faut attendre la suivante (de vie).

  • Poulette Dodue 14 décembre 2012 at 20 h 47 min

    Merci, vraiment merci Mumu pour le fou rire que tu viens de me procurer !!!
    Crois moi ma semaine fu rude et conclure avec ton billet /vidéo c’est du bonheur.
    Bises

  • Zorro 15 décembre 2012 at 17 h 07 min

    Super, ta chronique, Muriel ! Ne joue plus au 1 000 Bornes si tu veux, mais continue à avoir des flashs ! Et fais-nous-en profiter !

  • Bri 16 décembre 2012 at 0 h 30 min

    Muriel, écrire en rose, ça fait un truc aussi fort que tes chroniques… Je t’embrasse. Bri

  • Muriel Gilbert 17 décembre 2012 at 15 h 54 min

    @ Lydie : Oui, et attendre la vie suivante, ça fait long…
    @ Poulette : Tout le plaisir est pour moi. Le fou rire devrait te donner l’énergie d’affronter la semaine suivante. Et de la mettre au tapis.
    @ Zorro : Merci Don Diego 😉 Je vais continuer de flasher, OK.
    @ Bri : Gros bisous roses à toi. Mwah (son de bisou).

  • Fabienne 17 décembre 2012 at 20 h 13 min

    Spinoza, Kant, Hegel: allez vous rhabiller, bande de nazebrokes! Voici qu’a surgi Mumu the First, c’est autre chose que Michel Onfray, non?
    Par ailleurs, je te conseille de jouer au Tabou, ça c’est vraiment marrant , ou à L’assassin, jeu que j’ai inventé, où on s’assassine pour de faux dans le noir et qui fait hurler de terreur et de rire bébés et mémés!

  • Muriel Gilbert 17 décembre 2012 at 20 h 47 min

    @ Fabienne : Je suis sûre que tout ce que tu inventes ne peut être que rigolo. Quand je pense que tu m’as trouvé l’oreille musicale parce que je reconnaissais les différentes sonneries du téléphone du bureau !

  • Elodie - Cosmétoblog 18 décembre 2012 at 10 h 28 min

    J’adore!

  • Muriel Gilbert 27 décembre 2012 at 22 h 55 min

    @ Elodie : Merci 😉

  • anacoluthe 8 janvier 2013 at 10 h 05 min

    Belle métaphore, dis donc, bien trouvée ! A part ça, j’aime moyen les jeux de société, surtout avec les terribles susceptibilités de mes filles…

  • Muriel Gilbert 8 janvier 2013 at 10 h 17 min

    @ Anacoluthe : La métaphore, j’ai pas de mérite, elle m’a vraiment sauté à la gorge pendant que je m’emm.. au 1000 bornes !